Cinq parlementaires Les Républicains sont allés en Syrie : mais pour quoi faire ?

Au lendemain de leur rencontre avec Bachar Al-Assad, quatre d'entre eux ont répondu aux questions de francetv info.

Des députés français, dont Thierry Mariani (Les Républicains), sont reçus, le 27 mars 2016, par le président syrien, Bachar Al-Assad, à Damas (Syrie).
Des députés français, dont Thierry Mariani (Les Républicains), sont reçus, le 27 mars 2016, par le président syrien, Bachar Al-Assad, à Damas (Syrie). (STRINGER / SANA)
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Une visite en forme de pied-de-nez à la diplomatie française. Cinq parlementaires du parti Les Républicains se sont rendus en Syrie à l'initiative de Thierry Mariani, député des Français de l'étranger, à l'occasion du week-end de Pâques. Un déplacement à Damas organisé "en solidarité avec les chrétiens d'Orient", affirme l'élu, mais qui aura surtout été marqué par une rencontre, dimanche 27 mars, avec le président Bachar Al-Assad. Quatre des députés racontent à francetv info leur expérience dans la capitale d'un pays en guerre depuis cinq ans.

Une visite organisée par une intime d'Al-Assad

Le déplacement était en préparation "depuis un bon mois, en collaboration avec SOS chrétiens d'Orient" explique Thierry Mariani. L'ONG, qui se présente comme apolitique mais dans laquelle militent plusieurs membres de l'extrême droite radicale, comme l'expliquait Buzzfeed en mai 2015, a organisé le déplacement avec l'association syrienne Al-Karma ("la vigne", en arabe). "C'est elle qui a financé le voyage, qui a été déclaré, conformément à la règle, au déontologue de l'Assemblée nationale", précise Valérie Boyer, députée des Bouches-du-Rhône qui faisait partie de la délégation composée d'une trentaine de personnes.

Al-Karma, qui "œuvre en faveur de la coexistence des confessions en Syrie", est également loin d'être neutre politiquement, reconnaît Thierry Mariani. Sa présidente, Hala Chaoui, était présentée en mai par le magazine "Complément d'enquête" (à partir de 23 min 30 s) comme une amie intime du président Bachar Al-Assad. Parfaitement francophone, elle s'est déjà rendue à l'Assemblée nationale française pour y défendre les intérêts du régime, avec lequel la France a coupé ses relations diplomatiques depuis 2012.

L'opération séduction orchestrée par Al-Karma était d'ailleurs destinée à un public diversifié. Outre les députés d'opposition, la délégation comportait un grand reporter de L'Humanité, un certain nombre de journalistes étrangers, le président d'un groupe de réflexion partisan d'un rapprochement France-Russie, ou encore Julien Rochedy, ex-président du Front national de la jeunesse.

"Nous ne représentons pas le gouvernement, mais les Français !"

Valérie Boyer s'agace lorsqu'on lui fait remarquer que le Quai d'Orsay avait désapprouvé cette visite de parlementaires dans le fief de Bachar Al-Assad, qualifié de "boucher" par Manuel Valls il y a un peu plus d'un an. "Nous sommes députés, nous ne représentons pas le gouvernement, mais les Français ! Il serait parfois utile de rappeler que nous sommes dans une démocratie parlementaire !"

Comme son homologue du sud de la France, le député de Moselle Denis Jacquat martèle que l'objectif principal de la visite était de "témoigner son soutien" aux chrétiens d'Orient. "Pâques est une période chargée de symbolique pour ceux qui, comme moi, sont catholiques. Je trouvais qu'être présent à la messe de Pâques dans un pays en guerre, où cette population est opprimée, avait plus de sens que de rester à Metz", explique le parlementaire à francetv info.

"La messe organisée dimanche dans l'église du Vieux Damas était très émouvante, se souvient Valérie Boyer. Le patriarche nous a demandé de dire à François Hollande que les Syriens aimaient la France. Nous avons senti chez eux un vrai sentiment d'abandon."

"Il faudra compter avec Al-Assad pour la suite"

C'est immédiatement après l'office religieux qu'a été organisée la rencontre avec Bachar Al-Assad. Les personnalités invitées par l'association proche du régime ont entendu pendant plus d'une heure le président syrien louer la collaboration de son armée avec l'aviation russe, qui a permis de déloger les jihadistes de l'organisation Etat islamique de la cité antique de Palmyre. Tous décrivent "un hôte courtois et à l'écoute", conscient de la nécessité de convaincre son auditoire.

"Il a commencé son propos en disant sa peine après les attentats de Bruxelles, avant de dénoncer l'absence de poids de l'Europe dans le dossier syrien", raconte Thierry Mariani. "Pour lui, la Russie et les Etats-Unis sont les seuls maîtres des négociations sur ce sujet. Et la coalition occidentale ne fonctionnera pas tant qu'elle ne travaillera pas avec l'armée syrienne au sol", relate encore l'élu. 

Devant les représentants français, le président syrien a évoqué une "victoire probable" face à l'Etat islamique, et s'est projeté vers un avenir placé sous le signe de la "réconciliation". "Il est conscient qu'il est plus difficile de gagner la paix que la guerre, mais, entre les lignes, il signifiait clairement qu'il faudrait compter avec lui pour la suite", conclut Thierry Mariani. Lors des négociations à Genève, le sort de Bachar Al-Assad est l’une des principales pommes de discorde entre le régime syrien, allié à la Russie, et l’opposition qui exige, comme la France et les Occidentaux, son départ à plus ou moins longue échéance. 

"Aujourd'hui, c'est lui ou personne d'autre"

De retour en France, les élus semblent convaincus par le discours du président syrien. "Je ne suis pas dupe, je sais que Bachar Al-Assad n'est pas un enfant de chœur, mais, de son côté, l'opposition n'a pas non plus fait la guerre avec des pâquerettes, juge Valérie Boyer. Il faut être réaliste : c'est l'Etat islamique qui nous a déclaré la guerre, pas la Syrie. Nous devons nous poser la question de la recomposition de nos alliances."

"Nous avons tout intérêt à faire preuve de réalisme dans ce dossier : aujourd'hui, les seuls combattants laïcs de Syrie se trouvent dans les rangs des forces régulières", ajoute Nicolas Dhuicq, député Les Républicains de l'Aube et secrétaire du groupe d'amitié France-Russie à l'Assemblée. L'élu évoque en outre un intérêt économique pour la France, dont les entreprises pourraient conquérir des marchés publics lors de la reconstruction du pays.

"Parfois, il y a peu de place pour la nuance, abonde Thierry Mariani. Je n'ai jamais considéré Bachar Al-Assad comme un modèle politique, mais au moins, sous son régime, les chrétiens peuvent fêter Pâques en Syrie. La situation n'est pas forcément idéale, mais aujourd'hui, c'est lui ou personne."