La mère, les deux frères, la sœur, l'épouse, le beau-frère, les cousins…  Avec ses jeux d'influence opaques et ses rôles, le clan Al-Assad est le mortier du régime syrien. Une recette qui permet à la famille de garder la main sur le pays depuis plus de quarante ans. Passage en revue des principaux acteurs.

• Le chef, Bachar

Ce n'était pas le successeur désigné. Ce devait être Bassel, l'aîné du président Hafez Al-Assad. Un play-boy dont les portraits ornaient la ville de Damas. Bassel est élevé dans l'idée de devenir un jour le chef. Mais le 21 janvier 1994, à 33 ans, il meurt au volant de sa voiture sur la route menant à l'aéroport de Damas.

Bachar étudie alors l'ophtalmologie à Londres. Né en 1965, il n'a pas du tout le profil. Il n'a reçu aucune formation politique ou militaire dans un pays où l'armée a un poids déterminant. Pour y pallier, il a suivi une formation militaire accélérée et grimpé en quatre ans de commandant d'un bataillon de char à colonel de l'armée de l'air, explique Le Monde.

A la mort de son père, en 2000, après vingt-neuf ans à la tête de l'Etat, Bachar a hérité du pouvoir. Ce jeune homme discret de 35 ans est d'abord passé pour un réformateur durant le "Printemps de Damas", explique Jeune Afrique. L'ouverture a rapidement avorté sous la pression des conservateurs.

Avait-il la carrure du chef d'Etat ? Le 31 janvier 2011, il a manqué de clairvoyance en déclarant au Wall Street Journal que son pays était immunisé contre les Printemps arabes. Six semaines plus tard débutait la contestation à Deraa. Selon Jeune Afrique, au moment de décider de l'attitude à tenir, sa mère l'aurait incité à ne pas être "faible" et à faire comme son père. En 1982, ce dernier avait envoyé son frère, Rifaat Al-Assad, à Hama. Un massacre.

• Le petit frère à la main de fer, Maher

C'est le benjamin de la fratrie et le dernier frère vivant de Bachar, après le décès de Bassel et de Majid. Ce lieutenant-colonel de 44 ans, qui a fait des études d'ingéniérie à Damas, est un personnage clé du clan Assad. Il dirige la Garde républicaine (12 000 hommes) et la quatrième division de l'armée, une unité d'élite en charge de la sécurité de Damas.

Il est le principal maître d'œuvre de la répression. "Bachar est le leader, le visage public. Maher est celui qui fait les sales besognes", a décrit à l'AFP Joshua Landis, expert de la Syrie et professeur à l'université d'Oklahoma, aux Etats-Unis. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a dit de lui dans une interview télévisée qu'il "traite (les gens) avec sauvagerie".

Ses chars siglés "Monstres de la quatrième division" ont provoqué l'effroi en pénétrant dans le quartier de Baba Amr. Après trois semaines de bombardements et de tirs de snipers, ils ont achevé de mater la contestation.

Il fait l'objet de sanctions américaines, européennes et canadiennes depuis le mois dernier, après avoir été présenté comme "le principal maître d'œuvre de la répression". 

• La façade séduisante du régime, Asma

"La Rose du désert" a fait des apparitions dans Vogue ou Paris Match. La séduisante épouse de Bachar Al-Assad, 36 ans, incarne la modernité et le dynamisme du régime. Impliquée dans l'humanitaire, elle est issue d'une famille sunnite de Homs (alors que la famille Assad est alaouite). Diplômée du Queen's College de Londres, avocate d'affaires spécialiste des fusions acquisitions chez JPMorgan, elle est née au Royaume-Uni, a grandi dans les beaux quartiers de la capitale britannique et possède la double nationalité.

Alors que sa réaction aux exactions était très attendue, elle a pris le parti de son mari en envoyant un simple e-mail au quotidien britannique Times"Le président est le président de la Syrie, non d'une faction de Syriens, et la première dame l'appuie dans son rôle." Le Figaro s'interroge sur sa liberté de manœuvre, estimant qu'elle pourrait être "prisonnière du système"Son père, le docteur Fawaz Akhras, qui réside à Londres, s'est récemment dit "horrifié" par la répression du régime, selon le Daily Express (en anglais). Il est inquiet, alors que sa fille pourrait se trouver en résidence surveillée.

•  L'homme des renseignements en disgrâce, Assef Chawkat

Le général Assef Chawkat, la soixantaine, est l'époux de l'aînée et fille unique de la fratrie, Bouchra. Cette pharmacienne au fort tempérament, qui s'entendrait mal avec Asma, s'est démenée pour faire une place à celui qui n'était alors qu'un simple officier de renseignements de l'armée de terre d'extraction modeste, explique l'ancien diplomate Ignace Leverrier dans son blog Un œil sur la Syrie.

En 1999, en pleine lutte de succession du père, Maher a tiré à bout portant sur Assef Chawkat, comme le relatait Libération. Blessé au ventre, ce dernier a été soigné au Val-de-Grâce, à Paris, avant de rentrer en Syrie, apparemment réconcilié avec Maher.

A l'arrivée de Bachar au pouvoir en 2000, il a dirigé de fait les services de renseignements et est devenu le conseiller en matière de sécurité du président. Son nom est cité dans l'assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri, comme le rappelle Le Figaro.

Toutefois, le président syrien l'a récemment écarté. Le 13 septembre 2011, il a été nommé simple vice-ministre de la Défense. Bachar aurait des doutes sur sa loyauté, car Assef Chawkat entretient de bonnes relations avec les Occidentaux.

• Affaires et renseignement, la branche maternelle, les Makhlouf

La mère de Bachar, Anissa Makhlouf, est très discrète. Mais son pouvoir ne serait pas à sous-estimer, explique le blog Les Martiennes.

Plusieurs membres de sa famille ont profité de sa position. Le plus emblématique est Rami Makhlouf. Cousin de Bachar, il contrôlerait 60% de l'économie du pays, ce qui lui vaut le surnom de "roi de la Syrie". Il possède notamment Syriatel, principal opérateur de téléphonie mobile syrien, ainsi que plusieurs grosses entreprises de BTP et du secteur pétrolier. Haï par de nombreux manifestants qui voient en lui un symbole de la corruption, il a annoncé en juin qu'il s'éloignait du monde des affaires pour se consacrer à des œuvres caritatives. 

Par ailleurs, son petit frère, Hafez, a pris du galon à la faveur du désaveu d'Assef Chawkat. Chef de la branche de la sécurité dans la région de Damas, il dirige les services de renseignement, selon Jeune Afrique.