Depuis plus d'une semaine, les Etats-Unis et la France sont à la manœuvre. Washington et Paris tentent de lancer une opération militaire en Syrie, contre le régime de Bachar Al-Assad. Ces frappes, d'abord certaines et imminentes, ne cessent d'être reportées. Vous avez été coupé de l'actu cet été ? Vous ne saisissez pas tous les enjeux de cette confrontation ? Francetv info récapitule.

1Qu'est-ce qui se passe en Syrie ?

Depuis deux ans et demi, des Syriens tentent de renverser leur dictateur, Bachar Al-Assad. Tout commence par des manifestations en mars 2011, après les soulèvements populaires de Tunisie, d'Egypte ou de Libye. Mais le régime syrien réprime cette rébellion dans le sang. Des opposants prennent alors les armes et le contrôle de certaines villes. C'est le début d'une sanglante guerre civile, condamnée par l'ONU, qui a déjà fait plus de 100 000 morts et obligé des millions d'habitants à fuir.

2Mais pourquoi on n'est pas intervenu plus tôt ? 

Depuis le début de l'insurrection, l'opposition syrienne dénonce l'inaction de la communauté internationale. Les Occidentaux ont bien présenté trois résolutions au Conseil de sécurité de l'ONU, visant à imposer des sanctions contre Damas. Mais la Russie (allié indéfectible de la Syrie) et la Chine ont systématiquement empêché leur adoption, à la fois par intérêt et par refus de toute ingérence

Les Occidentaux ont apporté une aide aux insurgés, mais ne sont pas intervenus directement dans le conflit, échaudés par la montée de l'islamisme au sein de la rébellion syrienne. Pour justifier cette attitude, Barack Obama a énoncé le principe de la "ligne rouge". Le 20 août 2012, le président américain lance un avertissement à Bachar Al-Assad : s'il utilise des armes chimiques, "il y aura des conséquences". Sans préciser lesquelles. Une "ligne rouge" bien vite dépassée. A plusieurs reprises, le régime syrien aurait fait usage d'armes chimiques contre les rebelles, comme le prouvent de nombreux éléments. La Maison Blanche l'a reconnu, sans pour autant sévir. Les rebelles eux-mêmes sont accusés d'être l'auteurs d'attaques chimiques.

Il aura fallu attendre un an et les images des bombardements visant des zones tenues par les rebelles dans la banlieue de Damas. L'attaque du 21 août fait plus de 1 400 morts selon le renseignement américain, au moins 281 selon les services français. Washington et Paris sont persuadés que du gaz toxique a été utilisé contre des civils et estiment qu'il est temps de "punir" Bachar Al-Assad.

3Est-ce qu'on a des preuves ? 

Américains comme Français assurent avoir la preuve que le régime de Damas est l'auteur de ce massacre. Mais en 2003, le secrétaire d'Etat américain Colin Powell avait déjà brandi à l'ONU des documents censés prouvés la présence d'armes de destruction massive en Irak. De faux documents qui ont servi à justifier son invasion.

Dix ans plus tard, beaucoup craignent que le scénario ne se répète. Ils demandent d'attendre les résultats de l'enquête de l'ONU, dont les experts sont rentrés de Damas avec des échantillons et des témoignages. Mais leur analyse pourrait prendre plusieurs semaines.

Pour autant, les Etats-Unis et la France ont déjà dévoilé des éléments accablants. Communications, images satellite, vidéos : le gouvernement américain a produit un rapport sur la culpabilité du régime syrien. Dans une note, les services de renseignement français ont listé l'arsenal d'armes chimiques dont dispose l'armée syrienne. Lundi 2 septembre, une note de synthèse déclassifiée et publiée sur le site de Matignon affirme que l'assaut chimique du 21 août est une attaque "massive et coordonnée" que les rebelles n'avaient pas les moyens de mener.

Un rebelle syrien enfile un masque à gaz, pris dans un bâtiment de l'armée loyaliste, dans la province d'Idlib, le 18 juillet 2013.
Un rebelle syrien enfile un masque à gaz, pris dans un bâtiment de l'armée loyaliste, dans la province d'Idlib, le 18 juillet 2013. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

4Et maintenant, qu'est-ce qu'on attend pour agir ?

Dans un premier temps, les pays favorables à une action militaire ont tenté d'obtenir l'accord du Conseil de sécurité de l'ONU. La Grande-Bretagne a présenté une résolution, soutenue par les Etats-Unis et la France. En vain ; la Russie met son veto. Londres, Washington et Paris décident alors de se passer de cette autorisation.

Mais le Premier ministre britannique cherche une autre légitimité. Il demande son avis au Parlement, qui vote contre le principe d'une action armée. Rien de contraignant, mais le chef du gouvernement préfère respecter la décision des parlementaires. Un coup dur pour les Etats-Unis et la France, qui se retrouvent seuls en première ligne et font face à une autre difficulté. Après l'enlisement en Irak et en Afghanistan, peu de pays d'Europe et du monde arabe souhaitent s'engager dans ce nouveau conflit. Pas facile, dans ces conditions, de bâtir une coalition. D'autant qu'en France, l'opinion publique est défavorable. Du coup, à la surprise générale (et probablement pour les raisons précédemment citées), Barack Obama a choisi lui aussi de soumettre les frappes au Congrès américain. 

5Pourquoi Obama ne convoque pas son Congrès tout de suite? 

Le président des Etats-Unis n'est pas certain d'obtenir l'aval des élus à leur retour de vacances, le 9 septembre. Il compte donc profiter de la semaine qui lui reste pour se lancer dans une intense campagne de lobbying. Après cette volte-face, l'action à court terme est écartée.

6La France peut-elle faire la guerre tout seule ?

Paris est déterminé à agir, mais pas seul. François Hollande se retrouve obligé d'attendre son nouveau meilleur allié américain. D'autant plus inconfortable que l'opposition réclame un vote au Parlement, ce que l'exécutif refuse obstinément. Et comme à Washington, Jean-Marc Ayrault doit lui aussi convaincre des parlementaires sceptiques du bien-fondé d'un recours à la force.

7Obama et Hollande veulent-ils renverser Al-Assad ?

Officiellement, non. Barack Obama a assuré que les frappes sur la Syrie seraient "limitées" dans le temps et se résumeraient à un "coup de semonce" destiné à convaincre le dictateur de cesser les attaques chimiques. François Hollande a confirmé, estimant "qu'un coup d'arrêt doit être porté à un régime qui commet l'irréparable sur sa population". Mais il a redit son hostilité à "une intervention internationale qui viserait à 'libérer' la Syrie ou à renverser le dictateur", comme cela avait été le cas en Libye, contre Mouammar Kadhafi. 

D'autant que les rebelles sont désunis, et que les groupes islamistes opposés rivalisent pour prendre le leadership.

Le Nimitz, porte-avions américain à propulsion nucléaire, est arrivé en mer Rouge le 29 août 2013, où il pourrait participer à une intervention contre la Syrie.
Le Nimitz, porte-avions américain à propulsion nucléaire, est arrivé en mer Rouge le 29 août 2013, où il pourrait participer à une intervention contre la Syrie. (MC3 JESS LEWIS / US NAVY / AFP)

8Est-ce qu'on risque une troisième guerre mondiale ?

C'est improbable. "Nous ne sommes pas non plus en 1914", tranche Philippe Migault, expert des conflits armés et directeur de recherche à l'Institut de relations internationales. La Syrie dispose certes d'alliés puissants, comme la Russie et l'Iran, mais "ces pays-là ne vont pas rentrer en guerre du jour au lendemain pour soutenir Bachar Al-Assad", assure le chercheur.

En revanche, "ils ont des moyens de lui apporter un soutien accru". Principal allié de Damas dans la région, Téhéran a déjà fourni des armes et des hommes au régime syrien. Et Moscou, qui maintient une présence constante de plusieurs navires de guerre en Méditerranée orientale, a dépêché un bâtiment de reconnaissance et de surveillance électronique vers la côte syrienne.

9Votre article est trop long, vous pouvez résumer ?

Les Etats-Unis et la France veulent lancer des frappes sur la Syrie, en pleine guerre civile. Officiellement, il ne s'agit pas de faire tomber le régime de Bachar Al-Assad, mais de le sanctionner, car il aurait eu recours à des armes chimiques contre sa population. Cette opération militaire a le plus grand mal à voir le jour. Barack Obama et François Hollande font face au scepticisme de l'opinion publique et d'une partie de la classe politique.