Camille Grand : en Syrie, "les Américains ont le sentiment d'avoir été promenés par les Russes"

"Les Russes poursuivent des objectifs qui ne sont pas les nôtres en Syrie," a expliqué Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique sur franceinfo. "L'intention de la Russie est bien de voir le régime reprendre le contrôle de la ville d'Alep," a-t-il ajouté après les nouvelles frappes russes qui remettent en cause l'entente "temporaire" avec les Américains.

Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique
Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (ALIOU MBAYE / MAXPPP)
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Les relations entre les Etats-Unis et la Russie sur le dossier syrien sont de plus en plus tendues. Washington menace Moscou de stopper toute coopération diplomatique. La situation humanitaire sur place, notamment dans la ville d'Alep, est catastrophique mais les Russes ne veulent pas interrompre leurs frappes. Une position difficilement tenable, a estimé vendredi 30 septembre sur franceinfo Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

franceinfo : A quoi jouent les Russes depuis jeudi dernier à Alep ?

Camille Grand : Les Russes jouent à la même chose depuis bientôt un an. Ils ont commencé par remettre en selle le régime de Bachar Al-Assad en bloquant les offensives de la rébellion et aujourd'hui ils aident ce régime à tenter de reprendre le contrôle de la deuxième plus grande ville de Syrie quitte à réduire cette ville en cendres sous les bombardements. Les Russes poursuivent des objectifs qui ne sont pas les nôtres en Syrie. Ils souhaitent le maintien d'un régime ami. Le discours autour d'une lutte commune contre le terrorisme que les autorités russes mais aussi un certains nombres d'Occidentaux ont voulu croire n'est qu'une façade pour un objectif qui est le maintien par le régime d'un contrôle le plus large possible sur la Syrie.

Le rapprochement entre la Russie et les Etats-Unis, la trêve..., c'étaient des leurres ?

Je pense que John Kerry, le secrétaire d'Etat américain a cru qu'il était possible de trouver un espace politique de coopération avec la Russie sur le dossier syrien, malheureusement on voit que c'était une trêve temporaire, peut-être pour que les combattants reprennent leur souffle. L'intention de la Russie est bien de voir le régime reprendre le contrôle de la ville d'Alep, chasser les rebelles de la deuxième ville de Syrie, pour le moment venu éventuellement négocier dans la position la plus solide possible dans la mesure ou les rebelles auraient perdu le contrôle de la dernière zone significative en terme de population dans le pays. On voit la mise en oeuvre d'une stratégie militaire qui a déjà été utilisée dans d'autres zones de Syrie c'est-à-dire la destruction sous les bombes de villes majeures pour faire fuir à la fois les rebelles et les populations, les infrastructures civiles étant des cibles délibérées dans cette campagne aérienne.

Washington menace d'une rupture totale sur ce dossier avec Moscou, cela peut-il faire reculer les Russes ?

Les Américains ont le sentiment justifié d'avoir été un peu promenés par les Russes dans cette discussion sur la Syrie. Ils ont cru pouvoir trouver une coopération dans la lutte contre le terrorisme en Syrie, ils ont accepté beaucoup de choses de la part des Russes, une sorte de tri dans l'opposition à Bachar Al-Assad, des perspectives de coopération, aujourd'hui le constat est assez amer donc on voit des Américains qui ne peuvent plus être sérieusement aux côtés des Russes dans une négociation sur l'avenir de la Syrie, en tout cas pas tant que ces bombardements continuent.

Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique : "John Kerry, le secrétaire d'Etat américain a cru qu'il était possible de trouver un espace politique de coopération avec la Russie sur le dossier syrien"

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