Attaque chimique en Syrie : "Il y a très peu de doutes" sur la culpabilité du régime de Damas

Olivier Lepick, spécialiste des armes chimiques, estime qu'il y a "très peu de doutes" sur le fait que le régime de Damas soit à l'origine de l'attaque chimique du 4 avril, en Syrie. 

Deux enfants sont traités à l\'hôpital d\'Idleb (Syrie), après une attaque à Khan Cheikhoun, le 4 avril 2017.
Deux enfants sont traités à l'hôpital d'Idleb (Syrie), après une attaque à Khan Cheikhoun, le 4 avril 2017. (MOHAMMED KARKAS / ANADOLU AGENCY / AFP)
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Le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, a annoncé mercredi 19 avril sur franceinfo que Paris apportera "d’ici quelques jours", la "preuve" que le régime syrien est bien à l’origine de la frappe chimique du 4 avril dernier sur la ville de Khan Cheikhoun, en Syrie. Damas continue de nier toute responsabilité

Pour Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des armes chimiques, "il y a très peu de doutes" sur le fait que cette attaque a été menée par le régime syrien. Dès à présent, "nous avons un faisceau de présomptions suffisamment fort pour statuer de manière quasi définitive sur la culpabilité du régime de Bachar al-Assad", a souligné l'expert sur franceinfo jeudi.

franceinfo : Qu’est-ce qui fait que l’on ne peut pas douter de l’origine de l’attaque et nous faire dire qu’elle a été menée par Bachar al-Assad ?

Olivier Lepick : Il y a très peu de doutes, même si les preuves formelles ne sont pas apportées. L’annonce de Jean-Marc Ayrault est surprenante. On aurait pu penser qu’il allait d'abord attendre de disposer de ses preuves avant d’évoquer leur éventuelle publication. Je pense qu’on les aura. Reste à savoir quelle sera leur nature. Aujourd’hui, on a la certitude que du sarin a été utilisé puisqu'on a retrouvé, dans le prélèvement sanguin des victimes, des métabolites du sarin, selon l'Organisation d'interdiction des armes chimiques (OIAC). Cette dernière est une organisation internationale indépendante et fiable. Elle a déjà effectué des enquêtes sur le terrain en Syrie qui n’ont jamais été contestées.

Le mode opératoire ? Une opération aérienne. Il y a une probable utilisation d’une munition chimique. Pour avoir une munition chimique, il faut un agent toxique. Il faut également un mode de dissémination : une bombe ou une roquette, spécifiquement conçue pour délivrer un agent chimique. C’est probablement le cas dans l’attaque de Khan Cheilkhoune.

Les preuves que pourraient apporter la France seraient des vestiges d’une munition chimique, qui pour le coup signeraient définitivement la culpabilité du régime. En effet, il est inatteignable pour les rebelles de concevoir une munition spécifiquement dédiée à une dissémination d’un agent chimique.

Selon les Russes, les rebelles auraient pu voler l'arme chimique au régime, cette hypothèse est-elle crédible ?

Les thèses russes se succèdent et sont toutes farfelues. Entre autres, on a eu la thèse de l’entrepôt qui aurait été touché. Techniquement, cela ne tient pas. Ce que l’on a observé, c’est l’utilisation d’une munition, spécifiquement conçue pour délivrer un agent chimique et pas d’une frappe secondaire sur un dépôt. Pour que l'attaque ait été menée par les rebelles, encore faudrait-il qu'ils détiennent des substances neurotoxiques, ce qui n’a jamais été prouvé. Par ailleurs, mettre en œuvre une munition de ce type est compliqué. On est dans le surréalisme. Les rebelles auraient attendu le survol de deux avions de combat Sukhoï 22 de la ville, pour déclencher à ce moment précis une attaque chimique. C’est totalement rocambolesque.

Quand elle apportera les preuves, qu’est-ce qui permettra à la France de dire que la culpabilité de Damas est irréfutable ?

Nos services de renseignements ont des gens sur place. On a des réseaux qui rapatrient des prélèvements sanguins et urinaires et des prélèvements techniques, tels que des traces de munitions. On pourrait avoir aussi des résultats d’écoute, prouvant que des ordres ont été transmis. On a les plans de vol des avions. Tout cela fait qu’aujourd’hui, nous avons un faisceau de présomptions suffisamment fort en dehors même de ce que pourrait produire la France dans quelques jours, pour statuer de manière quasi définitive sur la culpabilité du régime de Bachar al-Assad. Dans un deuxième temps, la France pourra montrer ses preuves au Conseil de sécurité de l'ONU et demander officiellement une enquête diligentée probablement par l'Organisation d'interdiction des armes chimiques (OIAC). On voit mal ensuite la Russie avec des preuves formelles refuser une enquête internationale.

Attaque chimique en Syrie : "Il y a très peu de doutes" sur la culpabilité du régime de Damas, selon Olivier Lepick, de la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des armes chimiques
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