Alep : "C’est la fin de toute prétention de l’Occident à parler des droits de l’Homme"

Raphaël Glucksmann, essayiste, s'est indigné, mardi sur franceinfo, de la situation à Alep en Syrie, ainsi que du manque de sanction à l'encontre de Bachar Al-Assad et Vladimir Poutine.

Les forces pro-gouvernementales entrent dans Alep, le 13 décembre 2016.
Les forces pro-gouvernementales entrent dans Alep, le 13 décembre 2016. (GEORGE OURFALIAN / AFP)
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La reprise des quartiers rebelles d’Alep, par le régime de Bachar Al-Assad, est quasiment terminée, mardi 13 décembre. Les combats et bombardements, qui menacent la vie de milliers de civils, déclenchent l’indignation des ONG et de la communauté internationale. Un cessez-le-feu est en cours de négociation pour tenter d’évacuer les civils. L’essayiste Raphaël Glucksmann, auteur de Notre France : Dire et aimer ce que nous sommes, a parlé, mardi 13 décembre sur franceinfo, d’un "moment d’extrême tristesse et un moment de vérité pour chacun d’entre nous".

franceinfo : Pour vous, ce qui se passe à Alep en ce moment, qu’est-ce que cela dit du monde qui nous entoure ?

Raphaël Glucksmann : C’est la fin du droit international. C’est la fin de toute prétention de l’Occident à parler des droits de l’Homme. Nous assistons en direct à la mort de milliers de civils, à la destruction d’une ville. C’est la réédition de Srebrenica, de Grozny, mais cette fois-ci il y a Twitter. On peut vivre les derniers instants des activistes syriens qui postent leurs adieux sur la Toile. Nous sommes là, nous regardons, nous laissons faire. C’est un moment d’extrême tristesse et aussi un moment de vérité pour chacun d’entre nous. Il faut à cet instant décider de faire entendre sa voix, sa colère, sa solidarité ou de se taire à jamais.

Est-ce l’illustration d’une impuissance internationale ou alors d’un égoïsme international ? Pourrait-on agir ?

Nous pourrions faire beaucoup plus contre le parrain du régime de Bachar Al-Assad, celui qui lui fournit les avions et les armes pour détruire Alep. Contre Vladimir Poutine, nous pourrions augmenter les sanctions, nous pourrions menacer de ne pas aller à la Coupe du monde. Nous avons des moyens de pression. Nous pouvons frapper au portefeuille les oligarques du régime russe qui financent ces aventures guerrières, mais nous ne le faisons pas. Pire, je vois un nombre croissant de nos politiques, de nos candidats à l’élection présidentielle dire qu’ils soutiennent les massacres de Bachar Al-Assad et de Vladimir Poutine. Nous n’en sommes même plus à l’indifférence. Nous comprenons et nous soutenons au nom de la lutte antiterroriste. Il faut rappeler cette vérité : raser une ville, massacrer sa population. Ce n’est pas lutter contre le terrorisme, c’est être soi-même terroriste.

Le veto systématique de la Russie a rendu l’ONU impuissante. Faut-il changer le fonctionnement des Nations Unies ?

Ce qu’il faut, c’est essayer de renforcer la capacité d’action de l’Union européenne en tant que telle. On va être coincé entre Vladimir Poutine et Donald Trump. Donc, si on n’arrive pas à affirmer une voix européenne qui puisse soutenir les droits de l’Homme, que nous prétendons défendre, le monde dans lequel nous allons évoluer sera sans foi ni loi.

On entend dire que des rebelles d’Alep ont retenu des civils et les ont empêché de fuir…

Qu’il y ait des jihadistes d’Al-Nosra à Alep, c’est une évidence. Maintenant, la question que nous devons nous poser, c’est : Est-ce que face à quelques centaines de jihadistes, on légitime le massacre de milliers et de milliers de civils ? Le terrorisme ébranle tellement nos consciences que nous sommes prêts à croire à cette fable : face aux terroristes la seule solution serait Vladimir Poutine/Bachar Al-Assad. Si nous ne savons pas compter jusqu’à trois, si nous nous résumons à cette équation-là, tout ce que nos démocraties portent en elles périront, et les terroristes auront gagné.

"C'est la fin de toute prétention de l'Occident à parler des droits de l'Homme", Raphaël Glucksmann

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