Alep : "C'est monstrueux et le monde regarde ça à la télévision" s'insurge Jacques Bérès, cofondateur de Médecin sans frontière

La ville d'Alep, en Syrie, est prise d'assaut par les forces de Bachar Al Assad. Plusieurs civils, dont des enfants, auraient été assassinés. Jacques Bérès, président de France Syrie Démocratie et cofondateur de Médecins de frontières a salué sur franceinfo "l'héroïsme du peuple syrien" et déploré son "abandon" par l'Occident.

A Alep, des troupes gouvernementales syriennes patrouillent le 7 décembre dans un quartier repris aux rebelles
A Alep, des troupes gouvernementales syriennes patrouillent le 7 décembre dans un quartier repris aux rebelles (GEORGE OURFALIAN / AFP)
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Alep est sur le point d'être totalement repris par les forces du régime syrien. Les Nations Unies font état de massacres de civils. Au moins 82 personnes, dont 11 femmes et 13 enfants, ont été assassinées par les forces pro-gouvernementales, selon plusieurs témoignages d'habitants. Le docteur Jacques Bérès, président de France Syrie Démocratie, chirurgien orthopédiste, co-fondateur de Médecins Sans Frontières et de Médecins du Monde a salué, mardi sur franceinfo, les Syriens, un peuple selon lui "héroïque, magnifique, adorable qui a été abandonné".

franceinfo : Quel est votre sentiment face à la situation à Alep ?

Jacques Bérès : Je suis bouleversé. Je suis au bord de vomir depuis plusieurs jours. Cela fait des semaines que j'essaye de retourner à Alep. C'est carrément impossible. Ce serait suicidaire. Les Syriens sont un peuple héroïque, magnifique, adorable qui a été abandonné aux mains de grandes puissances et des intérêts du pétrole et de la géopolitique. C'est une horreur. Il y a probablement 400 000 morts, plus les 10 millions de déplacés et les 90 000 disparus qui ne reviendront pas malheureusement. Je suis absolument révolté.

"Malheureusement, il est trop tard pour sauver Alep" déplore Jacques Bérès, cofondateur de Médecins sans frontières

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Quelle est l'implication de l'Occident ?

Personne n'a envie de faire la guerre à Vladimir Poutine. L'Histoire jugera très mal la communauté internationale et les démocraties occidentales. Barack Obama avait lui-même fixé une ligne rouge, l'utilisation d'armes chimiques, qu'il n'a pas respecté. L'emploi d'armes chimiques, ça a été prouvé.

Il n'y a même pas un négationnisme sur le sujet, mais il ne s'est rien passé. La France a été ce qu'il y a eu de moins mal comme position. 

La France a été lâchée par l'Angleterre et les Etats-Unis

Jacques Bérès, cofondateur de Médecins sans frontières

franceinfo

Quelle est la situation dans les autres villes de Syrie ?

Il y a une dizaine d'autres villes qui sont encerclées avec la famine comme arme de guerre. Les habitants, dont les enfants, sont tués. Il y a des images d'enfants qui ressemblent aux ghettos de la Seconde Guerre Mondiale, des images d'enfants qui sont affamés qui sont en train de crever de faim. Certains meurent d'avoir mangé des herbes pas comestibles. C'est monstrueux et le monde regarde ça à la télévision.