Trois questions sur la fuite de documents concernant 22 000 membres de l'Etat islamique

Les fichiers contiennent les noms, adresses ou encore numéros de téléphone de recrues jihadistes venant de 55 pays.

Les documents révèlent des informations sur des membres de l'Etat islamique, affirme Skynews. 
Les documents révèlent des informations sur des membres de l'Etat islamique, affirme Skynews.  (SKYNEWS)

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Si l'authenticité des documents se confirmait, la fuite pourrait être dévastatrice pour l'organisation Etat islamique (EI). La chaîne d'information Sky News (en anglais) a affirmé, mercredi 9 mars, avoir mis la main sur des documents contenant les noms de 22 000 membres du groupe jihadiste.

Francetv info vous dit tout ce qu'il faut savoir sur ces fichiers qui contiendraient des données précieuses.

Que trouve-t-on dans ces documents ?

Les fichiers en question, qui contiennent les noms, adresses ou encore numéros de téléphone des recrues, sont des formulaires remplis par des ressortissants de 55 pays ayant rejoint l'EI, explique Sky News. Groupe sanguin, nom de jeune fille de leur mère ou encore "niveau de compréhension de la charia", la loi islamique… Les recrues doivent répondre en tout à 23 questions, peut-on voir sur les reproductions de formulaires diffusées.

Ces données pourraient être d'autant plus précieuses que certaines concerneraient des jihadistes jusqu'à présent non identifiés qui se trouvent en Europe occidentale, aux Etats-Unis, au Canada, au Maghreb et au Moyen-Orient. Sky News dit avoir informé les autorités de cette prise, mais les ministères britanniques de l'Intérieur et des Affaires étrangères n'ont pas encore réagi.

D'où proviennent ces données ?

Sky News explique avoir reçu les documents de la part d'un ex-membre de l'EI, désabusé par les méthodes du groupe. Il aurait remis à la chaîne une clé USB contenant les fichiers, volés au chef de la police interne de l'organisation jihadiste.

Cet ancien combattant de l'Armée syrienne libre ayant rejoint les rangs de l'EI se fait appeler Abou Hamed. Une fois les documents dérobés, il les a transmis à un journaliste en Turquie, expliquant avoir quitté l'EI à cause de l'"effondrement des principes islamiques auxquels il croit" au sein du groupe.

"Cette organisation est une escroquerie, ce n'est pas l'islam", dit-il dans une vidéo diffusée par Sky News où il apparaît le visage dissimulé, espérant que les documents qu'il a livrés permettront, "si Dieu le veut", de détruire l'EI. "Ces informations doivent évidemment être utilisées. Elles appartiennent à ceux qui combattent l'Etat islamique", poursuit-il.

Il affirme également que l'organisation jihadiste a abandonné son quartier général de Raqqa, dans le nord de la Syrie, pour le désert.

Est-on certain de leur authenticité ?

Les données sont en tout cas crédibles. Certains noms de jihadistes déjà identifiés figurent en effet dans les documents. C'est le cas, par exemple, d'Abdel-Majed Abdel Bary, un ancien rappeur originaire de Londres qui s'est illustré en postant sur Twitter une photo de lui brandissant une tête tranchée. Autre nom connu en Grande-Bretagne, celui de Junaid Hussain, un hackeur de l'EI orginaire de Birmingham, tué dans une frappe de drone en août.

Mais, sur Twitter, plusieurs spécialistes de l'organisation terroriste ont émis des réserves sur la forme des documents, dont une partie a également été publiée par Zaman al-Wasl (en arabe), site proche de l'opposition à Bachar Al-Assad. Le journaliste de France 24 Wassim Nasr note ainsi que l'organisation est désignée par deux noms différents, tandis que le chercheur Romain Caillet relève qu'un drapeau inhabituel est présent en bas des fiches.

Si l'authenticité des documents se confirmait, "ce pourrait être un événement majeur", a déclaré Chris Phillips, directeur général du cabinet International Protect and Prepare Security Office, spécialisé dans les questions terroristes. "Cela montre combien l'EI est vulnérable aux siens qui se retournent contre lui", a-t-il estimé.

Selon lui, les documents transmis à Sky News pourraient être utilisés lors de futurs procès, et permettre de réduire le nombre de départs de ressortissants de pays européens ou nord-américains vers les zones contrôlées par l'EI.