Syrie : au plus près de la bataille de Raqqa, où se joue aussi l'avenir du pays

Les Forces démocratiques syriennes ont lancé l'assaut à Raqqa pour déloger le groupe Etat islamique de la ville. Au-delà du difficile combat, l'enjeu porte sur l'avenir de la Syrie et de son régime. Reportage. 

Les Forces démocratiques syriennes ont lancé la bataille de Raqqa le 6 juin 2017 pour déloger le groupe Etat islamique. Au-delà du difficile combat dans la ville, l\'enjeu porte sur l\'avenir de la Syrie et de son régime.
Les Forces démocratiques syriennes ont lancé la bataille de Raqqa le 6 juin 2017 pour déloger le groupe Etat islamique. Au-delà du difficile combat dans la ville, l'enjeu porte sur l'avenir de la Syrie et de son régime. (MAXPPP)
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Omar OuahmanefranceinfoRadio France

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L'avenir de la Syrie se joue-t-il à Raqqa ? À l'assaut depuis deux semaines de cette ville, capitale autoproclamée du groupe de l’Etat islamique dans le pays, les Forces démocratiques syriennes (FDS), voient plus loin que la victoire espérée sur Daech, ainsi que le montrent les témoignages diffusés, jeudi 22 juin, sur franceinfo.  

Syrie : au plus près de la bataille de Raqqa, où se joue aussi l'avenir du pays - un reportage d'Omar Ouahmane

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Face à face à Raqqa, les Forces démocratiques syriennes, une alliance de combattants locaux dominés par les Kurdes, soutenue par une coalition internationale, et des jihadistes du groupe Etat islamique. Ils sont estimés entre trois et quatre mille, au milieu d’une population de 150 000 habitants. Le quartier d’al-Roumaniah libéré par les FDS, à l’ouest de la ville, est désormais protégé par de nombreux combattants de Kobané, ville kurde martyr. La présence dans ce secteur d'Avachin, 18 ans à peine, s'explique par son besoin de laver l'affront de Kobané, après l'attaque de sa ville par les jihadistes en janvier 2015. Il a perdu plusieurs amis.

C’est notre revanche et celle de toutes les victimes de Daech. Ils nous ont trop fait souffrir.

Avachin, aux côtés des Forces démocratiques syriennes

à franceinfo

Avachin veut aussi, dit-il, retrouver et ramener dans leurs familles, les femmes que les jihadistes ont enlevé à Sindjar, dans le nord de l'Irak, pour les amener à Raqqa. 

Des civils dans l'incapacité d'échapper aux combats

Dans les secteurs libérés de la ville où les rues sont désertées, des voitures calcinées témoignent de la violence de la bataille contre l'Etat islamique. Le danger est partout, notamment à l’entrée de la cité près du fleuve l’Euphrate. Ahmed, des Forces démocratiques syriennes, explique que ses hommes ont été attaqués par deux jihadistes qui ont traversé le fleuve, il y a deux jours. C'est la preuve selon lui, que l'idéologie du groupe Etat islamique est toujours présente, même s'il a été chassé de certains quartiers. Les habitants, eux, fuient au compte-goutte, souvent en famille et sur des mobylettes surchargées et en famille. De nombreux civils se terrent à cause du danger. 

On vient juste de sortir de là parce que les Forces démocratiques syriennes ont avancé dans la ville, mais on laisse beaucoup de monde derrière nous. Je ne sais pas ce qu’ils vont devenir.

Mustapha, un habitant de Raqqa

à franceinfo

Les civils, qui parviennent à s'enfuir, rejoignent un camp au nord de Raqqa où s’entassent près de 10 000 déplacés sous un soleil de plomb. Les conditions de vie y sont extrêmement pénibles, comme le confie une mère de cinq enfants, Fatma, qui a tout laissé derrière elle. 

On a fui précipitamment, on porte les mêmes habits et on vient d’apprendre que notre maison a été détruite.

Fatma, réfugiée avec ses enfants dans un camp près de Raqqa

à franceinfo

Portant dans ses bras le plus jeune de ses enfants, un bébé de 22 jours, Fatma raconte qu'elle doit acheter du lait en dehors du camp, pour l'équivalent de six euros à chaque fois, un prix exorbitant pour elle, qui a tout perdu. 

Au-delà de Daech, la bataille pour le futur

La bataille de Raqqa fait monter la tension entre la coalition internationale et les forces du régime de Bachar al-Assad, soutenues par la Russie. Dimanche 18 juin, un avion syrien a largué des bombes à proximité de combattants des FDS, dans la province de Raqqa. Il a été immédiatement abattu par un appareil américain. Moscou a qualifié cet acte d’agression et menace à son tour de pointer ses missiles sur les avions de la coalition. Pour Kino Gabriel, membre des Forces démocratiques syriennes, cet épisode démontre la capacité de nuisance du régime de Bachar al-Assad. "Le régime ne veut pas que nous libérions Raqqa et ne souhaite pas notre victoire", affirme-t-il. 

Le régime essaye de faire capoter notre projet de création d’une fédération de la Syrie du Nord. Il est inquiet de l’accord auquel sont parvenues toutes les composantes du peuple syrien pour bâtir un nouveau futur, sans le régime.

Kino Gabriel, des FDS

à franceinfo

C’est bien le devenir de la Syrie qui se joue à Raqqa, après le joug de  l'Etat islamique. D'un côté, le régime de Bachar al-Assad qui n’a pas renoncé à reconquérir tous les territoires qui lui échappent, même aux confins du pays et l’autre les Forces démocratiques syriennes, porteuse d’une solution fédérale au conflit.