Qui était James Foley, l'otage américain exécuté en Irak ?

Détenu en Syrie depuis 2012 par les jihadistes de l'Etat islamique, le journaliste a été exécuté le 19 août.

Une photo du journaliste James Foley mise en ligne par ses parents sur le site internet Freejamesfoley.com.
Une photo du journaliste James Foley mise en ligne par ses parents sur le site internet Freejamesfoley.com. (NICOLE TUNG)
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Louis BoyFrance Télévisions

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"Il était un fils, un frère, un journaliste et une personne extraordinaire." C'est ainsi que Diane Foley a salué la mémoire de son fils, James. Journaliste détenu en Syrie depuis 2012, il a été exécuté, le 19 août, par les jihadistes de l'Etat islamique, qui ont posté sur internet la vidéo de sa décapitation. Les images ont provoqué l'émotion du monde entier, notamment de François Hollande, qui s'est dit "révolté" par la "barbarie" de cet acte.

Au plus près des populations dans les zones de conflit

Agé de 40 ans, ce photo-reporter était venu sur le tard au journalisme, après une carrière d'enseignant. En Syrie, il travaillait pour l'Agence France-Presse et le média américain Global Post, qui lui a rendu hommage en compilant ses meilleurs reportages. Sur son compte Twitter, James Foley listait les pays où il s'était rendu : "J'ai fait des reportages en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie. Beaucoup de questions, aucune réponse." Plusieurs vidéos retrouvées par le site Slate.fr le montrent au travail sur ces terrains souvent difficiles.

Dans un hommage à un collègue mort en Libye en 2011, il expliquait son attirance pour les conflits, non par goût pour la violence ou l'adrénaline, mais par "une volonté de découvrir qui sont vraiment ces personnes". "Ses vidéos mentionnaient toujours les noms des personnes interrogées, et même les noms des personnes mortes qu’il avait filmées après des bombardements, raconte le coordinateur vidéo de l'AFP. Pour lui, il n’y avait pas de victimes anonymes." Il n'avait pas son pareil pour se faufiler vers les lignes de front, "où il croisait souvent des civils fuyant dans l'autre sens. Il s'abritait parfois avec eux au milieu des bombardements."

Il avait déjà été enlevé en Libye

Sa détermination n'avait pas été entamée par une première expérience de la captivité. En avril 2011, il est kidnappé par les forces de Kadhafi à Brega, en Libye, avec trois collègues, dont l'un meurt lors de l'attaque. Il passe 44 jours dans les geôles du régime. Daphné Benoit, reporter de l'AFP qui le rencontre à Misrata quelques mois plus tard, raconte son étonnement : "Comment avoir envie de revenir ? Pudique, James m'a répondu en souriant que c'était une évidence, qu'il lui fallait couvrir l'histoire jusqu'au bout. (...) Il a bien fait : le 20 octobre 2011, James était parmi les rares journalistes sur place lors de la capture et l'exécution de Kadhafi à Syrte."

Ce qui ne l'empêchait pas de réfléchir aux risques qu’il prenait. "Quand vous commencez à prendre des risques, que vous avez une alerte sérieuse, vous devez vraiment vous poser des questions. Cela ne vaut pas votre vie", expliquait-il aux étudiants de son ancienne école de journalisme à son retour, dans un discours dont The Independent (en anglais) reproduit de longs extraits.

Un homme d'une "grande dignité" pour Nicolas Hénin

Le 22 novembre 2012, alors qu'il quitte un cybercafé de la province d'Idleb, dans le nord de la Syrie, James Foley est enlevé par des hommes armés. Durant sa captivité, il croise notamment le chemin du Français Nicolas Hénin, libéré en avril dernier. Sur le site de L'Express (article payant), il raconte que l'Américain était devenu le "souffre-douleur" des jihadistes : "Ils ont découvert que son frère travaillait dans l'US Air Force. A cause de cela et en tant qu'Américain, il a eu droit à un 'traitement de faveur'." Mais le prisonnier restait impassible. "Il est mort comme je l'ai connu : dans une grande dignité."

James Foley aurait aimé, une fois libéré, travailler pour la protection des journalistes ou le rétablissement du dialogue entre les religions.