"La politique américaine est responsable de la création du groupe État islamique"

Le lauréat du prix Pulitzer 2016 était l'invité de franceinfo lundi 24 octobre. Joby Warrick explique que le groupe État islamique n'aurait jamais existé sans la guerre en Irak.

Joby Warrick, journaliste au Washington Post, lauréat du Prix Pulitzer 2016.
Joby Warrick, journaliste au Washington Post, lauréat du Prix Pulitzer 2016. (WILSON CENTER)
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Joby Warrick, reporter américain au Washington Post, est présenté comme l'un des journalistes les mieux informés sur le groupe État islamique. En avril dernier, il reçoit pour la deuxième fois le prestigieux Prix Pulitzer pour son livre Sous le drapeau noir : enquête sur Daech. Il y démontre que le groupe État islamique n'aurait jamais existé sans la guerre en Irak et la politique américaine. Joby Warrick était l'invité de franceinfo lundi 24 octobre.

franceinfo : En quoi la politique américaine peut-elle être responsable de la création du groupe État islamique ?

Jobby Warrick : Cette organisation n'aurait pas existé sans l'invasion en Irak [par une coalition menée par les États-Unis, en 2003]. La création de Daech est une réaction à l'invasion. Cela a été le facteur qui a fait que des personnes ont voulu devenir des jihadistes et ont voulu rejoindre l'organisation. À l'époque, l'administration Bush a refusé de croire les preuves qui montraient qu'il n'y avait pas de connexion réelle entre Al-Qaïda et Saddam Hussein [président de la République d'Irak]. À cause de cette erreur, ils ont fait d'Al-Zarquaoui [le responsable d'Al-Qaïda en Irak] un homme beaucoup plus dangereux qu'il n'aurait dû l'être.

En 2008, Al-Qaïda en Irak, qui va devenir Daech, est moribond. La CIA déclare que l'organisation est au bord de la défaite stratégique. L'histoire aurait pu s'arrêter là. Qu'est-ce qui s'est passé ?

Il y a eu le Printemps arabe [en 2011]. Il s'agit d'un accident de l'histoire, c'est la malchance qui a fait que cette organisation a profité de ces événements. Daech était une organisation qui n'avait pas de cause, qui était sur le point d'être détruite. Mais avec le conflit syrien, on a donné une raison d'être à Daech. Il avait un message à partager : rejoindre Daech, venir en Irak et en Syrie pour lutter contre ce tyran. C'était un message très efficace, qui a redonné vie à l'organisation, et elle est devenue plus puissante que jamais. Abou Bakr al-Baghdadi, qui est aujourd'hui à la tête de Daech, est plus malin qu'Abou Moussab al-Zarqaoui [à qui il succède]. C'est un religieux qui voit sur le long terme. Il comprend que pour créer un califat, il faut une structure. Il a apporté un professionnalisme qui manquait à cette organisation.

La bataille de Mossoul, qui a lieu actuellement, est présentée comme décisive contre la lutte contre lo'ganisation Etat islamique. Est-ce que la coalition présente en Irak ne pèche pas par excès d'optimisme ?

Tout se passe bien jusqu'à présent. Mais nous n'avons pas encore vu la vraie bataille. Nous n'avons pas encore réussi à pénétrer dans Mossoul, et le plus dur reste à venir. Daech ne va pas hésiter à utiliser des civils comme bouclier humain. Nous allons devoir faire face à une période difficile. Daech va devoir montrer que c'est encore une organisation puissante, donc elle va perpétrer d'autres attaques dans le monde. Mais surtout, l'idée de Daech reste très puissante, même sans le califat. Le groupe Etat islamique devient donc encore plus dangereux alors même qu'il est sur le point d'être détruit.