Destruction de monuments en Syrie et en Irak : "Le régime syrien aussi a détruit le patrimoine"

Martin Makinson, membre de l’Association pour la protection de l’archéologie syrienne, a expliqué, jeudi sur franceinfo, que le groupe État islamique n'était pas le seul à avoir participé à la destruction du patrimoine archéologiques en Syrie et en Irak.

Des ruines de la cité de Palmyre (Syrie), le 4 mars 2017.
Des ruines de la cité de Palmyre (Syrie), le 4 mars 2017. (LOUAI BESHARA / AFP)
avatar
franceinfoRadio France

Mis à jour le
publié le

Si "les destructions de patrimoine ne se sont pas cantonnées qu'à ce qui était pré-islamique", le groupe État islamique n'est pas le seul à avoir participé à ces disparitions, explique, jeudi 21 juin sur franceinfo, Martin Makinson, membre de l’Association pour la protection de l’archéologie syrienne. Ce spécialiste de l’âge du Fer et de l’empire assyrien en Irak et Syrie estime que le groupe terroriste veut détruire tout monument "symbolique", après la destruction, mercredi soir, de la mosquée Al-Nouri à Mossoul, en Irak.

franceinfo : Existe-t-il un message derrière les destructions de monuments orchestrées par le groupe État islamique ?

Martin Makinson : Les destructions de monuments historiques par Daech, que ce soit en Syrie ou en Irak, ont été le plus souvent gratuites. D'ailleurs, les destructions de patrimoine ne se sont pas cantonnées qu'à ce qui était pré-islamique. Des mausolées soufis, d'autres mosquées ou monuments historiques islamiques ont aussi été détruits par Daech. Il n'y a aucune différence de traitement. La destruction du temple de Bêl à Palmyre était aussi quelque chose de gratuit, ou à but de propagande. La mosquée Al-Nouri de Mossoul a été construite en 1172 par un des plus grands conquérants de l'islam, Nourredine Zengin, sa destruction est un symbole. Aux alentours de Mossoul se trouve la ville assyrienne de Ninive, la plus grande ville de l'Antiquité, dont les lamassu [statues monumentales de taureaux ailés à tête humaine] ont été réduits en morceau.

Il y a les destructions, il y a aussi des trafics. Le groupe État islamique est-il le seul acteur du trafic d'antiquités dans ce pays ?

Les trafics concernent à peu près tout le monde en Syrie, pas seulement Daech. Le régime syrien aussi a détruit le patrimoine. Nous focalisons sur les actes sanglants et barbares de Daech, qui sont un crime contre la civilisation, mais ils ne sont pas les seuls. Regardez la vieille ville d'Alep, elle a été rasée à la bombe incendiaire. Le régime de Bachar al-Assad est aussi responsable de la destruction des souks et du minaret qui a eu lieu en 2013. Vous avez également des prédations à Palmyre, des destructions qui précèdent les deux conquêtes de Daech. Le Krak des Chevaliers, le château croisé le mieux conservé d'Orient, a été bombardé avec des Mig. Cela ne se réduit pas à Daech, et le trafic non plus.

Pourra-t-on restaurer, réhabiliter tout ce patrimoine ?

Il faudrait auditer. Dans le cas de Palmyre, cela a été très discuté. Certains spécialistes de Palmyre ont fait des propositions. Je ne pense pas qu'il faille restaurer à l'identique, car ce serait quelque chose de totalement artificiel. Maintenant, effectivement, beaucoup de temples sont réduits à l'état de gravats, beaucoup de mosquées sur d'autres sites sont réduites en cendres. Il y a une vraie question éthique de savoir comment on reconstruit. Je ne sais pas si c'est une très bonne idée.

"Le régime syrien est aussi allé détruire du patrimoine", Martin Makinson

00:00-00:00

audio
vidéo