Irak : des mois et des millions d'euros nécessaires pour déminer les villages autour de Mossoul

Alors que les forces irakiennes progressent rue par rue pour reprendre la ville de Mossoul au groupe État Islamique, les villages libérés aux alentours n'ont pas encore retrouvé la quiétude : il faut déminer les bâtiments et les maisons civiles piégées par les djihadistes. Un travail long, coûteux et extrêmement dangereux. 

Des milliers de réfugiés irakiens attendent de pouvoir retourner dans leurs villages libérés des djihadistes.
Des milliers de réfugiés irakiens attendent de pouvoir retourner dans leurs villages libérés des djihadistes. (AHMED JALIL / EPA)
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Oriane VerdierfranceinfoRadio France

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Maintenant que les villes autour de Mossoul sont libérées des djihadistes du groupe État Islamique, les habitants ne pensent qu’à une chose : rentrer chez eux. Mais les combattants de Daesh ont laissé derrière eux des centaines, voire des milliers d’explosifs. La priorité, c’est donc le déminage, un travail extrêmement long et compliqué. Autour de Mossoul, d’ailleurs, beaucoup de bourgs ne sont toujours pas sécurisés.

Le piège des maisons civiles

À quelques dizaines de kilomètres à l’est de Mossoul, à bord de son pick-up, Kamaran fait le tour de son village en suivant méticuleusement la route principale. L’organisation État islamique a miné toute la zone avant de partir, il y a plus de 6 mois. "Nous ne pouvons pas nous approcher de ce côté là, explique-t-il, tout est miné. Personne ne peut prendre le risque de s’y aventurer et qu'une mine explose. Le drapeau rouge, là, signifie qu’il y a des mines. Il y a un fil par terre, il a été coupé mais on ne peut pas savoir s'il a réellement été désamorcé. Ce côté là est censé être nettoyé mais je ne suis pas sûr que ce soit vraiment bien fait, donc on ne peut pas aller y habiter".
 
Après la libération de leur village, les habitants se sont pourtant précipités pour rentrer chez eux, sans avoir conscience du danger. C’est ainsi que Najiba a perdu son fils à cause d'une mine.

Quand notre village a été libéré, nous étions très heureux. C'était une fête. Mon fils a dit 'Je vais aller avec tous les autres au village'. Mais quand il est entré dans la maison, en ouvrant la porte, la mine a explosé

Najibab, habitante d'un village près de Mossoul

à franceinfo

"Il était avec ses frères, ils sont grands, l'un d'entre eux est Peshmerga depuis 20 ans. Mon fils était tellement heureux de voir la maison. C'est pour ça qu'il a ouvert la porte et...", raconte cette mère de famille.

Désengagement des combattants kurdes

Depuis la mort de son fils, Najiba a construit une nouvelle maison dans la ville d’à côté, en empruntant de l’argent à ses voisins et amis. Elle ne veut plus remettre les pieds dans son village.

Dans les semaines qui ont suivi la libération, ce sont les Peshmergas qui ont proposé d’aider les personnalités du village. Mais les combattants kurdes ne sont pas suffisamment formés au déminage. Mariwan était là pour le constater. Le vieil homme enturbanné assis en tailleur nous raconte le cauchemar qu’il a vécu en tentant de rentrer chez lui.

"Les Peshmergas m'ont téléphoné en disant qu'ils allaient nettoyer les abords de la maison pour nous aider. Ils ont mis une barrière à un kilomètre du village. Après 20 minutes d'attente et cinq explosions, on nous a dit 'Venez'. Alors nous sommes venus ! Le général a ensuite dit 'Monsieur, les abords de votre maison sont nettoyés mais ne vous aventurez pas plus loin' : il m a dit qu'il y avait énormément de mines", témoigne-t-il.

Nous étions dix personnes, à tout juste trois mètres d'une bombe désamorcée. Mais quelques minutes plus tard, elle a explosé

Mariwan, habitant d'un village a priori déminé

à franceinfo


 
Lors de cette explosion, le neveu de Mariwan a été blessé, il est devenu aveugle et a le corps couvert de cicatrices. Un général peshmerga, lui, est mort dans l’accident. Suite à cette perte les combattants ont arrêté le déminage civil pour ne pas perdre plus d’homme et se concentrer sur leur mission première, la lutte contre l’organisation État islamique.

Un travail qui se compte en mois et en millions d'euros 

Ce qui complique les choses, c’est que de nombreux villages sont situés à la frontière entre la région autonome du Kurdistan irakien et le reste de l’Irak, et les deux administrations se les disputent. Résultat : elles n’ont pris aucune décision pour commencer le déminage.

Devant le manque de réaction des gouvernements, une organisation humanitaire française s’est donné pour devoir de participer au déminage de la plaine de Ninive. "Fraternité en Irak" a pour but d’aider à la protection des différentes minorités présentes dans le nord du pays.

Plusieurs dizaines de démineurs occidentaux travaillent aujourd’hui sur le terrain et forment des volontaires irakiens. "Il faut distinguer le déminage militaire du déminage civil, explique Jean Vallette d’Osia, vice-président de l'association. Le déminage militaire se limite aux grands axes, il est fait pour accompagner les forces armées dans leur progression vers Mossoul. Le déminage civil n'a pas été pris en compte car il est beaucoup plus détaillé. Mais sans déminage, il n'y aura aucun retour possible des populations chez elles, puisqu'elles ne pourront même pas reconstruire."

On risque de perdre à tout jamais l'histoire millénaire de cette mosaïque de peuples qui vivait dans la plaine de Ninive

Jean Valette d'Osia

Vice-président de Fraternité en Irak

Le déminage de la plaine de Ninive sera long et coûteux. "Fraternité en Irak" l’estime à plus de 40 millions d’euros, alors qu'il faudra environ six mois ne serait-ce que pour réhabiliter le village de Kamaran et ses alentours.

Irak : après la libération de plusieurs villages autour de Mossoul, les opérations de déminage ont commencé. Le reportage d'Oriane Verdier, correspondante de franceinfo en Irak. Au micro de Jules Lavie

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