Au moins quatorze morts lors de manifestations pro-kurdes en Turquie

Des milliers de personnes sont descendues dans les rues d'Istanbul, d'Ankara et des villes du sud-est à majorité kurde du pays, pour dénoncer le refus de la Turquie d'aider militairement les défenseurs de la ville syrienne de Kobané.

Un manifestant jette des pierres sur un blindé de l'armée turque, le 7 octobre 2014, à Suruc (Turquie), près de la frontière avec la Syrie.
Un manifestant jette des pierres sur un blindé de l'armée turque, le 7 octobre 2014, à Suruc (Turquie), près de la frontière avec la Syrie. (UMIT BEKTAS / REUTERS)
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La bataille qui oppose jihadistes et combattants kurdes pour le contrôle de la ville syrienne de Kobané secoue la Turquie voisine. De violentes manifestations contre le gouvernement ont eu lieu, mardi 7 octobre. Mercredi matin, les sources de sécurité et les médias turcs faisaient état d'au moins quatorze morts et de nombreux blessés.

Huit personnes sont mortes à Diyarbakir et six dans d'autres villes du sud-est du pays à majorité kurde, pour la plupart lors d'affrontements entre militants kurdes et adversaires politiques.

Importants dégâts matériels

De très nombreux blessés et d'importants dégâts matériels ont également été recensés. Des bâtiments publics et des véhicules ont été incendiés, et des banques et des magasins ont été pillés.

Mobilisées à l'appel du principal parti politique kurde de Turquie, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de tout le pays pour dénoncer le refus d'Ankara de voler militairement au secours de Kobané, en passe de tomber entre les mains des forces du groupe Etat islamique (EI).

La police antiémeute mobilisée à Istanbul et Ankara

Dans la plupart de ces villes, la contestation a rapidement dégénéré. A Diyarbakir, la "capitale" kurde du pays, les cinq victimes recensées ont été tuées par armes à feu, lors d'une série d'attaques qui ont opposé des militants kurdes à des membres de mouvements islamistes. A Mus, un homme de 25 ans a été tué en recevant en pleine tête une cartouche de grenade lacrymogène tirée par la police.

Dans plusieurs districts d'Istanbul, notamment Gazi et Kadiköy, de violentes échauffourées ont opposé, à partir du début de l'après-midi, les forces de l'ordre aux manifestants pro-kurdes. La police antiémeute est également intervenue avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser les protestataires dans la capitale, Ankara, dans la station balnéaire d'Antalya ou dans les villes de Mersin et d'Adana (sud).

Couvre-feu à Diyarbakir 

Les autorités locales ont décrété le couvre-feu dans la ville de Diyarbakir (860 000 habitants) et dans plusieurs districts de Mardin et de Van (est), où l'armée a pris position. Le ministre de l'Intérieur Efkan Ala a lancé, mardi soir, un appel au calme. "La violence n'est pas une solution (...), ce n'est pas acceptable, a-t-il déclaré. Ces réactions irrationnelles doivent cesser immédiatement (...) sinon elles auront des conséquences imprévisibles."

Les représentants des Kurdes (plus de 15 millions de personnes soit 20% de la population turque) ont prévenu que la chute de Kobané provoquerait la fin des pourparlers de paix engagés, il y a deux ans, par Ankara et les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ces discussions devaient mettre un terme à un conflit qui a fait 40 000 morts depuis 1984.