Attentats en Iran : "C'est une tentative de déstabilisation" du pays par Daech "dans un contexte régional tendu"

Azadeh Kian, professeure de sociologie à l'université Paris 7 et spécialiste de l'Iran, a expliqué à franceinfo mercredi les enjeux des deux attaques terroristes à Téhéran, qui ont fait au moins 12 morts.

Des militaires iraniens lors de l\'attaque contre le parlement iranien, à Téhéran (Iran), le 7 juin 2017. 
Des militaires iraniens lors de l'attaque contre le parlement iranien, à Téhéran (Iran), le 7 juin 2017.  (REUTERS)
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Daech a revendiqué les deux attentats à Téhéran qui ont fait au moins 12 morts et une trentaine de blessés mercredi 7 juin. Les attaques suicide ont été commises par deux kamikazes contre le Parlement et le mausolée de l'imam Khomeiny, fondateur de la République islamique d'Iran. Ces attaques menées quasi-simultanément contre des lieux hautement symboliques sont sans précédent dans la capitale iranienne.

"C'est exceptionnel pour le pays", a déclaré sur franceinfo, Azadeh Kian, professeure de sociologie à l'université Paris 7 et spécialiste de l'Iran. Pour elle, il s'agit d'"une tentative de déstabilisation" du pays par Daech, dans "un contexte régional particulièrement tendu".

franceinfo : Ces deux attentats en Iran sont-ils exceptionnels pour le pays ?

Azadeh Kian : Oui, c'est exceptionnel pour le pays. Selon les autorités iraniennes, il semblerait qu'il y en avait un troisième en préparation, dont les commanditaires ont été arrêtés. Leur cible était la présidence de la République. Ces attaques ont eu lieu contre des sites symboliquement importants comme le mausolée de Khomeiny, le fondateur du régime islamique d'Iran, contre le Parlement, c'est-à-dire les fondements du régime islamique d'Iran. Elles ont lieu dans un contexte régional particulièrement tendu avec à la fois les conflits entre l'Arabie saoudite et l'Iran, la présence de l'Iran en Syrie et en Irak contre Daech et en même temps les récentes tensions entre le Qatar et l'Arabie saoudite.

L'Iran faisait l'objet de menaces de Daech depuis quelques mois. Est-ce la première fois que les terroristes s'en prennent au pays ?

C'est la première fois que Daech s'en prend au pays, sinon des groupuscules existent dans certaines régions de l'Iran. Il y a des tensions notamment sur les frontières de l'Est, mais c'est la première fois depuis de nombreuses années que le cœur de la capitale iranienne est visée.

Ces attaques montrent aussi qu'aucun pays de la région n'est épargné et qu'il faut que l'Arabie saoudite et l'Iran essayent de mettre de côté leurs désaccords et travaillent ensemble car les tensions entre ces deux pays apportent de l'eau au moulin de Daech.

Azadeh Kian, sociologue

à franceinfo

Ces attentats ont lieu trois semaines après la réélection d'Hassan Rohani à la présidence iranienne, qui est présenté comme un réformateur. Est-ce une tentative de déstabilisation d'un pays qui s'ouvre ?

Tout à fait, c'est une tentative de déstabilisation. Il ne faut pas oublier que l'Iran a aussi 13% de sunnites et il y a une volonté de Daech, depuis des années, d'attirer certains groupes de radicaux sunnites iraniens contestataires par rapport au régime islamique. Ils n'ont pas réussi et là on constate qu'il y a quelques personnes qui auraient adhéré à Daech. 

"Les fondements du régime islamiste d'Iran" ont été visés, Azadeh Kian, sociologue, à franceinfo.

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