L'affaire des images d'exécutions de l'EI sur le compte Twitter de Marine Le Pen en six actes

Une enquête a été ouverte mercredi 16 décembre pour "diffusion d'images violentes" par le tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine).

La présidente du Front national, Marine Le Pen, à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 13 décembre 2015.
La présidente du Front national, Marine Le Pen, à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 13 décembre 2015. (DENIS CHARLET / AFP)
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Tollé au Front national après l'émission de Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFMTV, mercredi 16 décembre. Il recevait l'universitaire spécialiste de l'islam Gilles Kepel. Face à lui, l'animateur a tenu des propos confus, évoquant "une communauté d'esprit" entre deux formes de repli identitaire, la montée du FN et celle du jihadisme. 

Un "dérapage inacceptable" pour Marine Le Pen, qui a posté sur Twitter des photos d'exécutions perpétrées par l'Etat islamique en interpellant l'animateur. En fin de journée, le parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine) a ouvert une enquête préliminaire à l'encontre de la présidente du FN et de Gilbert Collard, pour "diffusion d'images violentes". Retour en six actes sur cette escalade :

Acte 1. Bourdin évoque des "liens" entre l'EI et le FN

L'animateur évoque deux fois le Front national dans cette interview sur le jihadisme français. Dans une première séquence, il interroge Gilles Kepel sur l'analyse que fait ce dernier dans un livre. La montée du FN et celle de l'Etat islamique sont "deux phénomènes qui se ressemblent" car ils naissent d'un sentiment d'exclusion, explique l'universitaire.

Mais c'est sans doute un second passage de l'interview qui choque le FN. "Je vais revenir sur les liens entre Daech et le Front..." commence Jean-Jacques Bourdin, avant de se reprendre. "Pas les liens directs entre Daech et le Front national, mais ce repli identitaire, qui finalement est une communauté d'esprit. Parce que l'idée, pour Daech, c'est de pousser la société française au repli identitaire", déclare l'animateur à son invité.

Acte 2. Marine Le Pen diffuse des images d'exécutions

La présidente du Front national lui répond immédiatement sur Twitter, voyant dans ses propos un parallèle entre l'organisation terroriste et son parti. "Jean-Jacques Bourdin, Daech, c'est ça", répète-t-elle dans trois messages adressés au compte du journaliste, reprenant des images de propagande des jihadistes qui montrent des exécutions sanglantes, et que nous avons choisi de ne pas reproduire. Des tweets de Marine Le Pen signés de ses initiales, ce que font habituellement les politiques pour signaler les messages qu'ils ont eux-mêmes rédigés.

Dans la foulée, le député Rassemblement bleu Marine du Gard, Gilbert Collard, publie à son tour sur son compte Twitter la photo d'une exécution, avec ce commentaire : "Bourdin compare le FN à Daech : le poids des mots et le choc des bobos !" Joint par francetv info, il persiste et signe : "J'assume ! Qu'on me poursuive, et qu'on donne la Légion d'honneur à M. Bourdin si nous avons tort de réagir lorsqu'on nous compare à des assassins ! C'est trop facile."

Acte 3. Marine Le Pen ne regrette rien, Bourdin non plus

Jointe par Le Lab pour savoir si elle ne pensait pas être allée trop loin en diffusant ces images, Marine Le Pen répond : "Ah bon, ce n'est pas Bourdin qui va loin en faisant un parallèle entre ces barbares et le Front ? (...) C'est la deuxième fois qu'il se permet ce genre de comparaison, c'est inadmissible ! Elle a conclu en expliquant que la presse avait été "moins prude pour diffuser massivement la photo du petit Aylan". L'image de cet enfant syrien retrouvé mort le 2 septembre sur les côtes turques, après le naufrage d'un bateau de migrants en mer Egée, avait choqué la planète.

Pas de quoi faire vaciller Jean-Jacques Bourdin, qui confirme sa comparaison sur BFMTV"Je ne vais absolument pas retirer mes propos. Nous n'avons pas fait le parallèle entre Daech et le FN, mais nous avons parlé de repli identitaire à la fois chez beaucoup d'électeurs du Front national et du côté du jihadisme français."

Acte 4. Ouverture d'une enquête pour "diffusion d'images violentes"

Dans l'après-midi, devant les députés réunis à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a réagi à ces tweets de Marine Le Pen : "Elles sont les photos de la propagande de Daech et ces photos sont, à ce titre, une abjection, une abomination et une véritable insulte pour toutes les victimes du terrorisme, pour toutes celles et tous ceux qui sont tombés sous le feu et la barbarie de Daech. (...) J'ai demandé que la plate-forme Pharos puisse se saisir de cette affaire."

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LCP / FRANCE 3

Conséquence, une enquête préliminaire pour "diffusion d'images violentes" a été ouverte mercredi soir par le parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine).

Acte 5. Les parents d'une victime demandent le retrait du tweet de Marine Le Pen

La justice n'est pas la seule à réagir. Les parents de James Foley, un journaliste américain que l'on voit décapité sur une des images tweetée par Marine Le Pen, ont publié un communiqué dans la soirée. Ils se disent choqués par cette "photo honteuse" : "Nous sommes profondément troublés que [Marine Le Pen] utilise Jim [diminutif de James] pour ses intérêts politiques et nous espérons que l'image de notre fils, ainsi que les deux autres images violentes, soient retirées immédiatement".

Puis la famille Foley poursuit : "Nous avons décidé d'utiliser cette tragédie pour améliorer le monde autour de nous, et ce que fait Le Pen va à l'encontre de tout ce que James (...) a défendu dans sa vie". Mercredi, à 23 heures, la présidente du Front national n'avait pas encore réagi à cette demande.

Acte 6. Marine Le Pen retire un des tweets polémiques

Vingt-quatre heures après la publication de ses tweets polémiques, Marine Le Pen a supprimé celui où apparaît la photo de James Foley décapité."Je ne savais pas que c'était une photo de James Foley. Elle est accessible par tous sur Google. J'apprends ce matin que sa famille me demande de la retirer. Bien évidemment, je l'ai aussitôt retirée", a déclaré à l'AFP la présidente du FN.

En revanche, les deux autres photos montrant des exécutions de prisonniers de l'Etat islamique n'ont, elles, pas été retirées du compte Twitter de Marine Le Pen. Dans leur communiqué, les parents de James Foley avaient pourtant demandé le retrait des trois photos.