Iran : "Ici, c'est particulièrement difficile", témoignent des investisseurs français

Cela fait bientôt deux ans que l’accord sur le nucléaire a été signé avec l'Iran. Sur place, les entrepreneurs français doivent toujours faire face aux problèmes de transferts d'argent et à l'incertitude de la politique américaine.

Une femme à Téhéran le 5 mai 2017
Une femme à Téhéran le 5 mai 2017 (ABEDIN TAHERKENAREH / EPA)
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Elise DelèveRadio France

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L’eldorado iranien existe-t-il vraiment ? Depuis la levée des sanctions et l’accord sur le nucléaire iranien, de nombreux investisseurs français tentent leur chance sur ce marché très prometteur.

Il y a, bien sûr, les grandes entreprises comme Renault, PSA ou Airbus mais aussi de petits entrepreneurs comme Xavier Monard et Romain Quénet, deux partenaires qui ont ouvert une boulangerie à Téhéran.

"On a été obligé de venir avec nos sous dans la poche"

Une tour Eiffel à Téhéran. L'image n'est pas banale. Au café Tartine, une boulangerie française implantée dans un centre commercial de la capitale iranienne, Français Xavier et Romain, les deux gérants, ont voulu recréer un bout de France. La décoration rappelle Paris, les croissants sortent du four et la clientèle est plutôt aisée. Alors pourquoi sont-ils venus en Iran ? "C'est une très bonne question qu'on se pose aussi de temps en temps", répond Xavier Monard.

J'ai connu des endroits difficiles. Ici, c'est particulièrement difficile.

Xavier Monard, co-gérant de Au café tartine à Téhéran

à franceinfo

Cela fait bientôt deux ans que l’accord sur le nucléaire a été signé et que les deux Français sont installés à Téhéran. Xavier se souvient de leur arrivée à Téhéran : "Nous avions la possibilité de faire un virement bancaire pour pouvoir transférer nos fonds pour pouvoir investir ici, donc on a été obligés de venir avec nos petits sous dans la poche, dans la limite légale des 10 000 euros par transfert, pour pouvoir les déposer ici."

Le traumatisme BNP Paribas

Aujourd’hui encore, le paiement des fournisseurs français des deux boulangers est compliqué. Les cartes de crédit internationales ne fonctionnent pas, car aucune grande banque européenne n’accepte de travailler avec l’Iran pour l’instant. Elles sont échaudées par l’amende géante de 9 milliards de dollars infligée à la BNP en 2014 pour violation de l’embargo américain.

Pour aider les entreprises françaises, le Medef a ouvert un bureau il y a quelques mois à Téhéran. "C'est certain que l'amende reçue par BNP Paribas a créé un vrai traumatisme dans la communauté bancaire française et européenne", explique Mathieu Etourneau, le responsable de ce bureau.

L'incertitude Trump

"Il y a en plus une incertitude politique avec l'élection de Donald Trump, poursuit Mathieu Etourneau. On a encore un peu de mal à déterminer quelle sera sa politique sur l'Iran donc tout cela crée un climat qui n'est pas forcément favorable à l'investissement étranger en Iran."

Le verrou américain est celui qui sera le plus difficile à faire sauter. Les sanctions liées au nucléaire ont été levées mais pas les interactions économiques entre les États-Unis et l’Iran. Le meilleur moyen de conquérir le marché iranien, c’est prendre son temps. Xavier et Romain, les deux investisseurs boulangers le savent : rien que pour obtenir le droit d’importer leurs graines de café, il a fallu un an !