Téhéran veut être pris au sérieux. En annonçant mercredi 15 février de nouvelles avancées majeures dans son programme nucléaire civil, l'Iran démontre un peu plus sa maîtrise technologique dans le domaine et se place en position de force vis-à-vis des grandes puissances étrangères. Des grandes puissances avec lesquelles l'Iran a annoncé accepter de négocier. Dans le dossier pétrolier, le pays a convoqué mercredi les ambassadeurs de six pays européens, dont la France, pour les menacer d'interrompre leur approvisionnement.

• Nucléaire : avancées technologiques et main tendue vers l'étranger

Parmi les avancées annoncées mercredi en début d'après-midi par le président Mahmoud Ahmadinejad, la mise en activité de 3 000 nouvelles centrifugeuses, qui servent à enrichir l'uranium, sur son principal site d'enrichissement de Natanz. Il en comptait déjà 6 000. Le chef de l'Organisation de l'énergie atomique d'Iran (OIEA), Fereydoun Abbassi Davani, a lui prévenu de la fabrication d'une nouvelle génération de centrifugeuses trois fois plus performantes. "C'est une réponse forte à tous les sabotages menés par les Occidentaux", a-t-il lancé.

La télévision iranienne a également diffusé en direct les images de l'introduction d'une barre de combustible nucléaire à 20% "fabriqué localement" dans le cœur du réacteur de recherche de Téhéran, qui produit des isotopes pour les malades du cancer. La production de combustible à 20% démontre une maîtrise de la technologie nucléaire par l'Iran qui avait été mise en question par plusieurs dirigeants européens. Au-delà d'un usage à des fins civiles, si l'enrichissement est poussé à plus de 90%, il peut servir à fabriquer l'arme atomique.

En fin d'après-midi, Mahmoud Ahmadinejad a ensuite ordonné la construction de quatre nouveaux réacteurs nucléaires de recherche. "Conformément aux besoins du pays, construisez ces réacteurs dans quatre lieux différents pour assurer les besoins de recherche ainsi que les radio-isotopes [notamment utilisés à des fins médicales] dont le pays a besoin."

Ces annonces interviennent alors que l'Iran et le groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) doivent reprendre leurs discussions sur le sujet. Le négociateur en chef iranien, Saïd Jalili, accueille "favorablement la disponibilité du groupe 5+1 pour un retour aux négociations afin de faire des avancées fondamentales vers plus de coopération". Le Conseil de sécurité de l'ONU a déjà voté six résolutions, dont quatre assorties de sanctions, pour contraindre les Iraniens à suspendre l'enrichissement. La Russie et la Chine prônent, elles, le règlement de la crise par le dialogue.

• Pétrole : possible riposte à l'embargo européen

Téhéran a convoqué séparément mercredi les ambassadeurs de la France, de l'Italie, de l'Espagne, de la Grèce, du Portugal et des Pays-Bas, pour leur signifier "que l'Iran allait revoir ses ventes de pétrole à ces pays", selon le site de la télévision publique. Dans la matinée, une chaîne iranienne a annoncé que le pays avait "cessé ses exportations de pétrole vers six pays de l'Union européenne", avant que la télévision d'Etat ne démente. Cette dernière a précisé que le pays n'interromprait pas "pour l'instant" ses exportations.

Deuxième pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l'Iran produit actuellement 3,5 millions de barils de pétrole par jour et en exporte près de 2,5 millions, dont environ 20% vers des pays de l'Union européenne (UE) et plus de 70% vers l'Asie. 

Les pays de l'UE se sont mis d'accord le 23 janvier pour imposer un embargo pétrolier graduel sans précédent contre l'Iran afin d'assécher le financement de son programme nucléaire. Les nouveaux contrats pétroliers avec l'Iran ont été interdits par l'UE avec effet immédiat, mais les principaux acheteurs du pétrole iranien (Grèce, Italie et Espagne) ont jusqu'au 1er juillet pour annuler les contrats existants, le temps de trouver d'autres fournisseurs.