Le monde chiite s'indigne après l'exécution par l'Arabie saoudite d'un imam, figure de la contestation contre le régime

Le cheikh Nimr al-Nimr était la figure de proue d'un mouvement de contestation qui avait éclaté en 2011 dans l'est de l'Arabie saoudite, où vit l'essentiel de la minorité chiite du pays.

Des manifestants protestent contre la condamnation à mort de Nimr al-Nimr, devant l'ambassade d'Arabie saoudite à Sanaa (Yémen), le 18 octobre 2014.
Des manifestants protestent contre la condamnation à mort de Nimr al-Nimr, devant l'ambassade d'Arabie saoudite à Sanaa (Yémen), le 18 octobre 2014. (MOHAMMED HUWAIS / AFP)

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L'imam chiite Nimr al-Nimr, considéré comme une figure de la contestation saoudienne, a été exécuté avec 46 autres condamnés à mort, samedi 2 janvier, en Arabie saoudite. Cette exécution a valu à Riyad la condamnation de l'Iran et soulevé l'indignation dans la communauté chiite. Voici les principales informations à retenir sur ces exécutions et leurs conséquences. 

Un virulent critique de la dynastie

Le cheikh Nimr al-Nimr, 56 ans, virulent critique de la dynastie sunnite des Al-Saoud, a été la figure de proue d'un mouvement de contestation qui avait éclaté en 2011 dans l'est de l'Arabie saoudite, où vit l'essentiel de la minorité chiite. Cette communauté se plaint d'être marginalisée dans ce pays majoritairement sunnite.

L'arrestation de l'imam en juillet 2012 s'était déroulée de manière mouvementée et deux de ses partisans avaient été tués au cours des manifestations qu'elle avait provoquées. Le cheikh avait été condamné à mort en octobre 2014 pour "sédition", "désobéissance au souverain" et "port d'armes" par un tribunal de Riyad spécialisé dans les affaires de terrorisme.

Un nombre d'exécution record en 2015

Les exécutions se sont déroulées dans douze prisons à travers du royaume. Dans quatre d'entre elles, les condamnés ont été fusillés et, dans les huit autres, ils ont été décapités. Les corps ont ensuite été hissés à des gibets pour être exposés en public. Il s'agit de la plus importante série d'exécutions simultanées pour des raisons de sécurité en Arabie saoudite depuis celles, en 1980, de 63 fondamentalistes condamnés pour l'attaque de la grande mosquée de La Mecque, l'année précédente. 

Les 47 exécutions sont les premières de l'année 2016 dans ce royaume ultraconservateur qui avait mis à mort 153 personnes l'année dernière. Le nombre d'exécutions en 2015 a largement dépassé celui enregistré en 2014 (87).

Parmi les 46 autres personnes mises à mort figurent une majorité de jihadistes d'Al-Qaïda, alors que le royaume s'inquiète de la menace représentée par les groupes extrémistes sunnites comme l'Etat islamique (EI). Al-Qaïda a récemment promis des représailles en cas d'exécution de ses membres.

Indignation dans le monde chiite

L'exécution du cheikh Nimr al-Nimr a suscité l'indignation dans le monde chiite, notamment en Iran.

Le chargé d'affaires saoudien à Téhéran a été convoqué au ministère iranien des Affaires étrangères, et l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution iranienne, a rendu hommage au cheikh Nimr. "Le réveil ne peut être enrayé", dit-il sur son compte Twitter en anglais. Il publie par ailleurs sur son site internet un montage photo assimilant l'Arabie saoudite aux jihadistes de l'Etat islamique.

En Irak, des centaines de personnes ont manifesté dans la ville sainte chiite de Kerbala, certains dirigeants appelant le gouvernement à fermer l'ambassade d'Arabie saoudite rouverte à Bagdad le 15 décembre, vingt-cinq ans après la suspension des relations entre les deux pays à la suite de l'invasion du Koweït. "Plus de ligne rouge à partir de maintenant" ou "Nous aurons notre revanche, Al-Saoud et Khalifah", pouvait-on lire sur les bannières en référence aux familles royales d'Arabie saoudite et du Bahreïn, pays à majorité chiite gouverné par une dynastie sunnite et voisin de l'Arabie.

Le Hezbollah chiite libanais a pour sa part condamné "un crime haineux [perpétré] sur la base de fausses allégations, de lois corrompues et d'une logique pervertie qui n'a rien à voir avec la justice". Le groupe, fidèle allié de Téhéran, a également accusé les Etats-Unis de porter "une responsabilité directe et morale dans ce crime (...) en assurant la protection du régime saoudien et en couvrant ses principaux crimes contre son peuple et les peuples de la région".

Soutien des Etats sunnites

De leur côté, les Etats sunnites, dont plusieurs monarchies du Golfe, ont fait part de leur soutien à Riyad. Le ministre des Affaires étrangères des Emirats arabes unis a exprimé le "soutien total" de son pays aux mesures de l'Arabie saoudite "pour faire face au terrorisme et à l'extrémisme".

Bahreïn, qui subit lui-même une rébellion de la majorité chiite de sa population, a quant à lui affirmé soutenir l'Arabie saoudite sur "toutes les mesures nécessaires pour lutter contre la violence et l'extrémisme". Quelques dizaines de jeunes chiites bahreïniens ont toutefois protesté contre l'exécution du cheikh Al-Nimr dans des rassemblements sporadiques.