Le boycott des produits israéliens est-il efficace?

Alors que les combats se poursuivent dans la bande de Gaza, les initiatives en faveur d'un boycott des produits israéliens rencontrent de plus en plus de succès.

Une banderole "Boycott Israël" est arborée durant une manifestation pro-palestinienne à Paris, le 2 août 2014.
Une banderole "Boycott Israël" est arborée durant une manifestation pro-palestinienne à Paris, le 2 août 2014. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

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Les appels à boycotter les produits israéliens se multiplient depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux, en réponse à l'opération Bordure protectrice qui a causé la mort de 1800 Palestiniens dans la bande de Gaza. Houmous, dattes, masque pour le visage... Les articles de consommation concernés sont nombreux. Mais ce boycott est-il vraiment efficace ?

Oui, parce que les produits sont identifiables

Plusieurs mouvements pro-palestiniens ont appelé au boycott des produits israéliens, en expliquant aux consommateurs comment les identifier. Face à une précédente offensive de Tsahal à Gaza, en 2009, l'initiative française s'était par exemple organisée autour d'un chiffre: 729. Il permettait de repérer les codes barres de produits provenant d'Israël, grâce aux trois premiers chiffres correspondant à l'indicatif du pays, explique Rue 89.

Problème : cet indicatif correspond au siège social de l'entreprise et non au lieu de production. Afin d'éviter que des entreprises ne contournent le boycott, plusieurs ONG pro-palestiniennes ont donc établi des listes de produits à ne pas consommer. Sur celle du mouvement Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS), créé par 171 associations palestiniennes en 2005, on trouve entre autres les produits de beauté Ahava, les fruits et légumes Mehadrin ou encore les médicaments génériques Teva. L'application Buycott permet en outre de retrouver les marques épinglées par deux autres campagnes, Long Live Palistine Boycott Israel et Avoid Israeli Settlement Products, rappelle Rue 89.

Mais le BDS France, contacté par francetv info, n'approuve pas complètement la sélection proposée sur l'application. "Les listes existant sur Buycott incitent les consommateurs à ne pas acheter de produits manufacturés par des entreprises accusées de soutenir Israël, comme Coca-Cola, explique Imen Hadib, animatrice de la campagne en France. Cela va trop loin". Le mouvement appelle en revanche à boycotter sans distinction les produits provenant des colonies ou d'Israël. "Ils sont impossible à distinguer : même ceux fabriqués en Cisjordanie portent l'étiquette 'Israël'", souligne Imen Habib. Le BDS France compte dévoiler à la rentrée sa propre application permettant d'identifier les produits à boycotter, grâce à leur code barre.

Peut-être, car le boycott semble affecter Israël

Les répercussions exactes du boycott sur l'économie israélienne sont difficiles à mesurer. Comme le rappelle Médiapart, les entreprises locales refusent en général de communiquer leur chiffre d'affaires aux journalistes. Difficile donc de savoir si d'éventuelles baisses de profit sont dues au boycott de leurs produits ou à d'autres causes comme la crise. 

Sodastream, critiquée au début de l'année pour ses usines implantées dans des colonies, affiche par example un bilan contrasté : si ses ventes aux Etats-Unis ont diminué de 14%, selon Challenges, ses profits ont au total augmenté de 6,6% en un an. Restent les chiffres avancés par plusieurs associations pro-palestiniennes. L'Association France Palestine Solidarité citait en janvier les pertes des colons agriculteurs de la vallée du Jourdain, qui auraient enregistré une baisse de 14% de leurs profits en 2013. Le BDS évoque quant à lui un repli de 35% des exportations israéliennes au premier trimestre 2014, par rapport à l'année précédente.

Même si l'impact économique du boycott est incertain, "sa portée symbolique est importante", insiste le BDS France. Le mouvement espère obtenir le soutien d'Etats et d'institutions comme l'Union Européenne, grâce notamment aux actions individuelles. "Les appels au boycott sur les réseaux sociaux peuvent mettre un coup de projecteur sur notre initiative", poursuit Imen Habib. Le but : obtenir des sanctions économiques européennes ou internationales contre Israël et pousser les entreprises au "désinvestissement".

Non, les Palestiniens pourraient en souffrir

Le boycott des produits israéliens pourrait toutefois avoir un impact négatif sur les Palestiniens. La chaîne Al-Arabiya (en anglais) évoquait en janvier de possibles répercussions de l'initiative sur les 900 employés palestiniens de l'usine Sodastream située dans la colonie de Mishor Edomim, en Cisjordanie. Pour le BDS France, il ne s'agit que d'une campagne de propagande de l'Etat hébreu. Les employés palestiniens seraient "exploités" et "sous-payés" par Israël, explique Imen Habib, qui affirme qu'ils soutiennent pour la plupart le boycott.

Autre opposant au boycott généralisé des produits israéliens : Mahmoud Abbas. Le président de l'Autorité palestinienne a dit en décembre 2013 qu'il ne soutenait pas l'initiative, au nom des relations diplomatiques entretenues avec Israël, explique le Times of Israel (en anglais). Il avait en revanche appelé "tout le monde à boycotter les produits [venant] des colonies", rappelant que l'ONU les considérait comme une occupation illégale du territoire palestinien par l'Etat Hébreu. Mahmoud Abbas craignait à l'époque que l'initiative n'envenime les relations entre Israël et Palestine.