Israël-Palestine : la communication fluctuante de François Hollande en cinq actes

D'abord "solidaire" d'Israël avant d'adopter une posture de neutralité, le président de la République met désormais en avant la souffrance des populations civiles à Gaza.

Le président de la République après son interview télévisée, le 14 juillet 2014, au palais de l'Elysée, à Paris.
Le président de la République après son interview télévisée, le 14 juillet 2014, au palais de l'Elysée, à Paris. (THIBAULT CAMUS / AFP)
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"Tout doit être fait pour mettre un terme immédiat à la souffrance des populations civiles à Gaza", a déclaré François Hollande le 21 juillet. Pourtant, au début de l'offensive de Tsahal, le chef de l'Etat avait affiché son soutien à Israël. Lors de son allocution du 14 juillet, il avait ensuite tenu à se déclarer ni "pro-israélien", ni "pro-palestinien", affichant une position neutre face au conflit qui secoue la bande de Gaza, où l'Etat hébreu a lancé une série de raids aériens meurtriers, en réponse à des tirs de roquettes venus du territoire palestinien. Francetv info revient sur la communication fluctuante de l'Elysée en cinq actes.

Acte 1 : Hollande "solidaire" d'Israël

François Hollande réagit pour la première fois par le biais d'un communiqué, mercredi 9 juillet. A l'issue d'un entretien téléphonique avec le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, le président de la République affirme lui avoir "exprimé la solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza".

"Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces", estime François Hollande. Selon Le Monde, le texte est le fruit de démarches insistantes du cabinet de Benyamin Nétanyahou, irrité par des propos de Stéphane Le Foll. Quelques heures plus tôt, le porte-parole du gouvernement avait dénoncé à la fois les roquettes du Hamas et les bombardements d'Israël.

Acte 2 : une partie de la gauche "mal à l'aise"

La position de François Hollande ne fait pas l'unanimité au sein de la gauche, notamment à EELV et au Parti de gauche, mais aussi au sein-même du PS. Le député socialiste Pouria Amirshahi, figure des élus "frondeurs", dénonce lui l'attitude du "gouvernement ultraconservateur et belliqueux" de Nétanyahou, et critique ouvertement le communiqué du chef de l'Etat.

"Par son communiqué officiel, le président de la République passe à côté de la juste cause de la paix, la plus belle que la France doive pourtant épouser, estime-t-il sur son site. En se solidarisant d'un camp, [il] le conforte dans sa logique de vengeance et donc d'escalade." Son collègue Michel Issindou, président du groupe d'études à vocation internationale France-Palestine, se dit lui "mal à l'aise" face à la réaction de l'Elysée, selon des propos rapportés par L'Express.

Acte 3 : Hollande réajuste son discours et évoque la Palestine

François Hollande réajuste finalement sa communication au lendemain de son entretien téléphonique avec Benyamin Nétanyahou. Après une conversation avec Mahmoud Abbas, le président de la République salue "le sens des responsabilités" du président de l'Autorité palestinienne et évoque dans un communiqué les "nombreuses victimes palestiniennes".

"La sécurité de toutes les populations civiles doit être assurée et l'escalade doit cesser", estime François Hollande. Un retournement ? Non, assure-t-on à l'Elysée. "Sur le fond, ça ne change rien, souligne au Monde une source au palais présidentiel. La position française reste fondée sur l'équilibre."

Acte 4 : Hollande "pour la paix"

Au lendemain d'incidents à Paris en marge d'une manifestation de soutien aux Palestiniens, François Hollande temporise à nouveau lors de la traditionnelle interview télévisée du 14-Juillet. "Le conflit israélo-palestinien ne peut pas s'importer en France", martèle le chef de l'Etat, qui ménage à la fois l'Etat hébreu et l'Autorité palestinienne.

"La France veut un Etat palestinien à côté d'Israël, assure François Hollande. Israël a droit à sa sécurité, Israël peut se défendre s'il est attaqué, et en même temps, Israël doit avoir de la retenue, doit avoir de la réserve par rapport à des actions." Le président se dit ni pro-israélien, ni pro-palestinien, mais "pour la paix", et appelle au cessez-le-feu à Gaza.

Acte 5 : Hollande demande l'arrêt de "la souffrance" à Gaza

Le président décide d'adopter un ton différent le 21 juillet, après s'être entretenu avec le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, sur la situation à Gaza, où le bilan humain s'alourdit depuis plusieurs jours. Un communiqué de l'Elysée affirme ainsi : "Tout doit être fait pour mettre un terme immédiat à la souffrance des populations civiles à Gaza." Une position qui apparaît éloignée de ses premières déclarations sur la légitimité de la réplique d'Israël.

François Hollande tient peut-être compte dans cette déclaration des critiques de certains députés socialistes. "Le soutien au gouvernement d'extrême droite de Nétanyahou rompt avec la position française", a confié le député PS Yann Galut au Figaro. Son collègue Razzy Hammadi a pour sa part fustigé "des positions changeantes, versatiles et inadaptées".