Esplanade des Mosquées : "On est dans le cœur incandescent du conflit, où le religieux et le politique s'entremêlent"

Jean-Paul Chagnollaud, directeur de l'Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient, est revenu, vendredi pour franceinfo, sur les affrontements qui ont eu lieu sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem.

Le dôme doré de la mosquée Al-Aqsa, sur l\'esplanade des Mosquées dans la vieille ville de Jérusalem, le 14 juillet 2017.
Le dôme doré de la mosquée Al-Aqsa, sur l'esplanade des Mosquées dans la vieille ville de Jérusalem, le 14 juillet 2017. (AHMAD GHARABLI / AFP)
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Des heurts ont éclaté, vendredi 21 juillet, entre Palestiniens et forces de sécurité israéliennes aux abords de Jérusalem, dont l'État hébreu a interdit l'accès aux Palestiniens de moins de 50 ans pour la grande prière musulmane. Depuis dimanche, des détecteurs de métaux ont été installés aux entrées de l'esplanade des Mosquées, après une attaque meurtrière le 14 juillet contre des policiers israéliens. Cette "affaire des portiques" est très "symbolique", a expliqué, vendredi sur franceinfo, Jean-Paul Chagnollaud, directeur de l'Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient (IREMMO).

franceinfo : L'installation de ces portiques, est-ce, selon vous, un seuil qui a été franchi ?

Jean-Paul Chagnollaud : Il faut d'abord rappeler que nous sommes dans la vieille ville qui est dans la partie est de Jérusalem. Sur le plan du droit international, c'est important. Cela signifie que c'est un territoire occupé qui a été annexé unilatéralement en 1980. Au cœur de la vieille ville, il y a les lieux saints et il y a depuis des années une volonté de la part des radicaux nationalistes israéliens de grignoter tout autour de la vieille ville et sur les lieux saints eux-mêmes. Ces derniers sont aujourd'hui soutenus par une grande partie du gouvernement Nétanyahou. Donc l'affaire des portiques n'est pas seulement une question de sécurité. Pour les Palestiniens cela a une valeur symbolique très forte, car cela grignote la souveraineté qu'ils veulent conserver selon l'accord qui remonte à 1967.

Que cherche le Premier ministre israélien ?

Il cherche d'un côté à calmer le jeu. En même temps, il a affaire à d'autres partenaires de son équipe gouvernementale qui sont déterminés à mettre la main sur les lieux saints. En septembre 2000, on se souvient qu'Ariel Sharon était venu affirmer la présence israélienne en venant sur les lieux saints. Cela avait déclenché la deuxième intifada qui avait été catastrophique. On est vraiment dans le cœur incandescent du conflit puisqu'on touche à tous ces symboles où le religieux et le politique s'entremêlent.

Craignez-vous une nouvelle intifada ?

Je ne pense pas qu'il puisse y avoir une intifada de l'ampleur de celle qui a eu lieu en 2000. Il y avait une vraie structuration politique palestinienne qui était entrée dans ce conflit que ce soit le Hamas ou le Fatah à l'époque. Pour autant, cela ne veut pas dire qu'il ne peut pas y avoir de graves violences plus ou moins spontanées et surtout incontrôlables. Nous sommes dans un système d'occupation. Tant que cette occupation n'aura pas été réglée par un processus de paix, on aura régulièrement ce type de tensions très graves. Des tensions qui s'aggravent encore, car il y a cette dimension nationaliste du côté du gouvernement Nétanyahou qui grignote de plus en plus autour des lieux saints.

"Pour les Palestiniens cela a une valeur symbolique très forte", Jean-Paul Chagnollaud

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