Prix Nobel de la paix : quatre questions sur l'Ican, l'organisation qui combat les armes nucléaires

Cette coalition d'ONG lutte inlassablement pour l'interdiction et l'élimination des armes nucléaires. Elle a reçu le prix Nobel de la paix, vendredi 6 octobre.

Des militants de l\'Ican portant des masques de Donald Trump et Kim Jong-un manifestent pour l\'abolition des armes nucléaires, le 13 septembre 2017, devant l\'ambassade des Etats-Unis à Berlin (Allemagne).
Des militants de l'Ican portant des masques de Donald Trump et Kim Jong-un manifestent pour l'abolition des armes nucléaires, le 13 septembre 2017, devant l'ambassade des Etats-Unis à Berlin (Allemagne). (BRITTA PEDERSEN / DPA / AFP)
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En décernant son prix Nobel de la paix à la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (Ican), vendredi 6 octobre, le comité norvégien a choisi de mettre en lumière une organisation peu connue du grand public. L'occasion pour franceinfo de s'interroger sur ce nouveau nobélisé.

1Qu'est-ce que l'Ican ?

L'Ican est une coalition internationale qui réunit des centaines d'ONG en provenance d'une centaine de pays différents. Son objectif est l'interdiction et l'élimination des armes nucléaires, comme ont déjà été interdites les armes biologiques ou les mines antipersonnel.

L'organisation a vu le jour en 2007 à Vienne (Autriche) en marge d'une conférence internationale du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Elle est installée dans les bâtiments du Conseil œcuménique des Eglises à Genève (Suisse), près de l'ONU. 

L'Ican est financée par des donateurs privés et par des contributions de l'Union européenne et d'Etats comme la Norvège, la Suisse, l'Allemagne et le Vatican. Son budget annuel avoisine le million de dollars.

La dirigeante de l\'Ican, Béatrice Fihn, et le coordinateur de l\'organisation, Daniel Hogstan, brandissent une bannière de leur coalition, le 6 octobre 2017, à Genève (Suisse) pour fêter leur prix Nobel de la paix.
La dirigeante de l'Ican, Béatrice Fihn, et le coordinateur de l'organisation, Daniel Hogstan, brandissent une bannière de leur coalition, le 6 octobre 2017, à Genève (Suisse) pour fêter leur prix Nobel de la paix. (FABRICE COFFRINI / AFP)

2Qui sont les membres de cette coalition ?

On trouve au sein de l'Ican des organisations humanitaires, environnementales, pacifistes, mais aussi engagées pour le développement ou la défense des droits humains. La campagne est soutenue par de nombreux militants anonymes mais aussi par des personnalités comme l'archevêque sud-africain et prix Nobel de la paix Desmond Tutu, le dalaï lama, l'artiste japonaise Yoko Ono, l'acteur Martin Sheen ou encore le musicien de jazz Herbie Hancock. 

Il y a dix ans, le mouvement antinucléaire était encore fragmenté, mais l'Ican est parvenue à faire travailler ensemble les différents militants. 

3Qu'a-t-elle accompli ?

Après dix années d'efforts, l'Ican a remporté une première victoire importante en juillet aux Nations unies : une cinquantaine de pays ont lancé la signature d'un traité bannissant l'arme atomique.

Pour l'heure, ce traité est symbolique. Il est en effet boycotté par les neuf puissances nucléaires : les Etats-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France, la Chine, l'Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord, qui possèdent au total environ 15 000 armes nucléaires.

Et la portée du traité reste limitée. Si 122 pays l'ont signé, manifestant ainsi leur volonté de s'engager en ce sens, il n'entrera en vigueur que lorsque 50 pays l'auront ratifié, ce qui les contraindra à l'appliquer. Reste que pour la Suédoise Beatrice Fihn, qui dirige l'Ican, ce "point de départ" est un "véritable succès historique".

4Pourquoi le combat de l'Ican est-il plus que jamais d'actualité ?

Le comité Nobel norvégien a choisi de récompenser les efforts antinucléaires au moment où Donald Trump menace de remettre en cause l'accord historique sur le nucléaire iranien de 2015. Le président américain est en outre engagé dans une escalade verbale belliqueuse avec le leader nord-coréen Kim Jong-un, qui multiplie les démonstrations de force, à grand renfort de tirs de missiles balistiques et d'essais nucléaires.

"Le désarmement n'est pas un rêve, mais une nécessité humanitaire urgente", fait valoir l'Ican. "Les armes nucléaires peuvent littéralement mener le monde à sa fin, juge sa directrice, Beatrice Fihn. Le travail ne sera pas terminé tant qu'il y aura des armes nucléaires." Un combat qui est loin d'être gagné.

Bien que la quantité d'ogives ait fondu en trente ans, passant d'environ 64 000 en 1986 à un peu plus de 9 000 en 2017, selon le Bulletin of the Atomic Scientists, le nombre de pays détenteurs a augmenté. Et les puissances nucléaires ne sont pas les seules concernées par ces questions.

Selon l'Ican, cinq nations européennes hébergent sur leur sol des armes nucléaires américaines, en vertu d'un accord de partage du nucléaire dans le cadre de l'Otan. Et un peu plus d'une vingtaine d'autres pays déclarent dépendre des armes nucléaires américaines pour leur sécurité. Sans compter que certains Etats possèdent des réacteurs nucléaires ou des réacteurs d'étude pouvant être détournés de leur usage civil afin de produire des armes.

Par ailleurs, les programmes consacrés aux armes nucléaires détournent des fonds publics de la sécurité sociale, de l'éducation, de l'aide aux sinistrés et d'autres services essentiels, selon les militants. D'après l'Ican, les neuf pays possédant l'arme nucléaire dépensent plus de 105 milliards de dollars chaque année pour assurer la maintenance et la modernisation de leurs arsenaux nucléaires.