Ils seraient quelques milliers de combattants islamistes, divisés en trois groupes principaux. Face à une armée malienne quasi-inexistante, ils ont lancé jeudi 10 janvier une offensive conjointe sur Konna, dans le centre du Mali, ce qui a déclenché l'intervention de la France dans le pays. Que sait-on des islamistes contre lesquels Paris s'est engagé depuis maintenant quatre jours ? Francetv info fait le point.

Qui sont-ils ?

Il y a trois groupes bien distincts : Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Ansar Dine et le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao). "Il n'y a aucun lien organique entre les trois mais cela n’empêche pas des interractions", note André Bourgeot, spécialiste du Mali au CNRS, joint par francetv info. Leurs troupes sont composées d'"anciens combattants maliens de Kadhafi, de touaregs indépendantistes, de trafiquants de drogue, beaucoup de jeunes sans perspective dans ce pays", selon Jean-Yves Moisseron, rédacteur en chef de la revue Maghreb-Machrek interrogé par France Info.

Aqmi : C'est la seule entité à avoir "le label Al-Qaïda", explique André Bourgeot. Largement issus du Groupe salafiste pour la prédication et le combat et du Groupe islamique armé algériens, les combattants d'Aqmi sont dirigés par Abou Hamam, secondé par deux dirigeants de "brigade", dont Abdelhamid Abou Zeid à la tête du groupe le plus radical, celui qui détient les otages français.

Le Mujao : Il s'agit d'une "branche dissidente d'Al-Qaïda, créée il y a environ un an",  rappelle Mathieu Guidère, spécialiste des mouvements islamistes interrogé par francetv info. Composé d'Arabes de la région de Tombouctou et d'Algériens, ce groupe est "beaucoup plus hétérogène qu’Aqmi et très marqué par le trafic de drogue" , explique Pierre Boilley, professeur à la Sorbonne et spécialiste de l'Afrique subsaharienne contemporaine. Le leader du mouvement est un Mauritanien, Hamada Ould Khaïrou, mais le bras armé du Mujao est dirigé par Ahmed Tilemsi, un Arabe malien, note Jeune Afrique.

Ansar Dine : Créée fin 2011 après la crise libyenne, l'organisation est dirigée par Iyad Ag Ghali, touareg réputé de la région. Ses membres, "les défenseurs de la religion", forment un groupe de touaregs islamistes salafistes. Ce sont des "jihadistes dits non terroristes", précise Pierre Boilley, spécialiste de l'Afrique subsaharienne contemporaine interrogé par francetv info, qui souligne qu'ils ne pratiquent pas, par exemple, l'enlèvement d'otages.

Combien sont-ils ?

"Il est très difficile d'estimer leur nombre", prévient André Bourgeot, spécialiste du Mali au CNRS. Interrogé par francetv info, Mathieu Guidère compte lui près de 1 000 combattants d'Aqmi, près de 500 pour le Mujao et entre 5 000 et 10 000 hommes chez Ansar Dine, soit aux alentours de 10 000 islamistes au total, dont "un noyau dur d'environ 3 000 combattants".

Que veulent-ils ?

Tous trois sont des groupes armés salafistes, qui ont pour objectif d'instaurer la charia, la loi islamique, sur tout ou partie du territoire malien. "Ils appliquent strictement la charia, coupent les mains des voleurs, interdisent le concubinage et les femmes non voilées, pratiquent la flagellation, c'est-à-dire un islam fanatique qui ne correspond pas du tout à l’islam sunnite, ouvert, pratiqué dans la région", relève André Bourgeot, du CNRS. 

Aqmi réclame l'instauration de la charia dans tout le pays mais développe également des "finalités plus théocratiques, à savoir l'instauration du Califat", explique le chercheur spécialiste du Mali. De son côté, le Mujao a des visées "plus régionales", et souhaite "un Etat islamique mais surtout l'application de la charia sur un Etat panafricain qui inclurait le nord du Mali, la Mauritanie, une partie du Sénégal, le nord du Niger et du Nigéria, le Tchad et le sud de l'Algérie", énumère Mathieu Guidère. Enfin, alors qu'il ne réclamait au départ que l'autonomie du nord du Mali afin d'y appliquer la charia, Ansar Dine a beaucoup fait évoluer son discours. Dans ses dernières revendications, le 4 janvier, le groupe réclame également que le Mali devienne une République islamique.

D'où vient leur armement ?

Selon Pierre Boilley, les islamistes disposent de "pick up 4x4, souvent armés de mitrailleuses lourdes, de mortiers et de missiles portables, mais aussi d'armes dites légères comme des kalachnikov et des fusils-mitrailleurs". Une grande partie provient de l'arsenal libyen, dispersé après la chute de Mouammar Kadhafi. Mais les islamistes ont également récupéré des BRDM de l’armée malienne, de petits véhicules blindés mitrailleurs. 

Par ailleurs, "la Russie (...) a laissé ses marchands d'armes vendre en Afrique tout et n'importe quoi. Et là, les islamistes ont stocké du matériel moderne, performant et efficace notamment contre les hélicoptères et les chars, comme des lunettes ou jumelles à vision nocturne", explique Mathieu Guidère au Nouvels Obs

Quelles pertes ont-ils enregistrées ?

Selon l'état-major malien, l'offensive pour reprendre la ville de Konna, appuyée par les bombardements français, aurait fait "une centaine de morts" dans les rangs islamistes. De plus, les frappes des quatre avions de combat Rafale près de Gao, plus au nord, auraient, selon les habitants, tué près de 60 jihadistes

Par ailleurs, ces bombardements ont visé des camps d'entraînement des islamistes mais aussi des hangars où étaient entreposés des munitions et du carburant. Selon Pierre Boilley, les frappes auraient "plus particulièrement affaibli Ansar Dine et le Mujao". Mais "ils ne sont pas à court de moyens dans l'immédiat", explique André Bourgeot. En effet, grâce au trafic de drogue et notamment de cocaïne, mais aussi grâce aux otages, ces groupes disposent d'important moyens financiers leur permettant d'acheter d'autres armes, décrypte-t-il.

Sur quels renforts peuvent-ils compter ?

Pour André Bourgeot, les islamistes peuvent compter sur au moins deux types de renfort. D'une part, avec un Sahara aux frontières très poreuses, des "ralliements plus ou moins individuels", venus de la secte salafiste Boko Haram, très influente dans le Nord du Nigeria, ou de jihadistes libyens notamment du groupe Ansar al-Charia

"Mais le rôle du Qatar est également à souligner", explique le chercheur qui rappelle non pas le rôle officiel de l'émirat mais celui de "nombreuses associations non-gouvernementales présentes dans le septentrion malien" et qui pourraient aider les islamistes.