Le drone fait désormais partie des armes qui donnent un avantage indéniable aux pays en guerre. Mais au Mali, où la France est engagée dans un conflit contre des insurgés islamistes, cet engin volant sans pilote fait défaut à son armée. Le ministre de la Défense l'a reconnu, dimanche 20 janvier sur France 5 : "C'est vrai que nous manquons de drones", a regretté Jean-Yves Le Drian, avant de promettre des investissements qu'il devrait annoncer dans les jours qui viennent.

Francetv info s'est penché sur l'intérêt de se doter de cet équipement militaire stratégique et sur les pistes existantes pour remettre la France à niveau.

Pourquoi l'armée française a-t-elle besoin de drones ?

Repérer précisément l'ennemi, le distinguer plus facilement de la population civile, le tout sans exposer la vie d'un pilote. Voici les principaux atouts du drone qu'emploient les forces françaises engagées dans l'opération Serval au Mali. Deux des quatre appareils Harfang que possède la France seraient ainsi arrivés en fin de semaine dernière au Niger pour participer aux opérations, indique le blog Secret Défense. Pas suffisant, estime Jean-Yves Le Drian sur France 5.

(Francetv info)

Le ministre insiste notamment sur la nécessité pour la France de recourir au "soutien américain" dans le renseignement. L'armée des Etats-Unis a en effet intensifié sa surveillance aérienne en Afrique, comme l'expliquait en juin le Washington Post (en anglais). Depuis le 11 septembre 2001, le pays est leader mondial dans l'utilisation de drones, arme devenue incontournable dans les conflits modernes.

Plus petit qu'un avion, il est rapide et difficile à repérer. Equipé d'une caméra, il permet de transmettre en temps réel des informations vidéo décisives pour les autres unités engagées sur le terrain. Certains engins, comme le Predator américain, peuvent également transporter des missiles et accomplir des missions de destruction avec une grande précision, détaille Le Monde. Mais surtout, la perte d'un drone n'entraîne aucune  victime humaine et coûte moins cher qu'un avion de combat. Des avantages dont la France ne veut donc plus se priver.

La France est-elle sous-équipée ?

A la fin des années 50, l'armée française s'est bien intéressée aux appareils aériens inhabités, explique la Revue historique des armées. Mais les différents tests effectués sur des prototypes d'avions télépilotés se sont avérés peu concluants pendant plusieurs décennies. Il a fallu attendre les années 80 pour trouver un véritable investissement français dans une technologie où les Etats-Unis et Israël avaient, eux, pris de l'avance. En 1987, la France s'implique enfin dans la fabrication d'un drone de reconnaissance tactique hypervéloce, le CL-289, avec le Canada et l'Allemagne. Depuis, plusieurs types d'appareils ont été acquis par les militaires français, comme le SDTI de Sagem ou le Harfang d'EADS, qui ont notamment servi en Afghanistan et en Libye.

Des soldats français préparant un drone de reconnaissance SDTI dans la province de la Kapisa, en Afghanistan, le 12 septembre 2011.
Des soldats français préparant un drone de reconnaissance SDTI dans la province de la Kapisa, en Afghanistan, le 12 septembre 2011. (PASCAL GUYOT / AFP)

S'il est difficile de quantifier le nombre d'appareils que compte l'escadron Belfort, qui regroupe les drones français, il est certain qu'ils sont aujourd'hui trop peu nombreux et obsolètes, notamment face aux 7 000 engins américains.

L'armée de l'air française ne possède ainsi que quatre modèles de Harfang, un appareil d'origine israélienne, modifié et livré par Dassault en 2008. Ce drone Male (moyenne altitude, longue endurance) est aujourd'hui considéré comme dépassé en raison de sa faible vitesse et de son manque d'endurance, raconte L'Express. Autre carence soulignée lors d'un colloque du Cesa, le centre d'études stratégiques aérospatiales : la France ne possède toujours pas de drone armé, capable de mener seul des missions de destruction.

Quel investissement pour quels drones ?

En annonçant de futurs investissements, Jean-Yves Le Drian a relancé un débat qui fait rage depuis plusieurs années au sein de l'état-major, du ministère de la Défense et des commissions parlementaires. Politiques et militaires sont ainsi opposés sur le choix à effectuer pour renouveler le parc de drones français. Comme le dénonçaient à l'époque quatre sénateurs dans une tribune publiée dans Le Monde en 2011, Gérard Longuet, alors ministre de la Défense, avait opté pour le Héron TP, appareil dans la lignée du Harfang, toujours de fabrication israélienne et modifié par Dassault. Un investissement de 318 millions d'euros qui devait permettre à l'avionneur "de commencer à structurer une filière industrielle" et à l'armée française d'être équipée en 2015.

Mais Jean-Yves Le Drian a "remis à plat" ce projet par souci d'économies, détaille La Tribune. Il préfère l'option de la coopération. C'est le sens du rapprochement opéré avec le Royaume-Uni en juillet 2012, rapportait alors Le Figaro. Un "prélude à la création d'une task force" franco-britannique censée partager, d'ici 2014, l'utilisation des drones Watchkeeper, fabriqués par Thalès. 

Enfin, l'avenir du drone français porte le doux nom de nEUROn. Comme le détaillent Les Echos, cet appareil furtif sans pilote n'est ni tout à fait un avion, ni tout à fait un drone. 

Lancé en 2003, le projet nEUROn ne devrait pas aboutir avant… 2030. C'est là le principal problème de la technologie militaire de pointe, souvent synonyme de délai de développement et de livraison très longs. Une raison qui pousse La Tribune à affirmer que Jean-Yves Le Drian pourrait opter pour l'achat du Predator, le drone américain d'attaque, comme l'a laissé entendre le délégué général de l'Armement, Laurent Collet-Billon, aux députés de la commission de la défense de l'Assemblée nationale en octobre.

D'après le magazine spécialisé Air&Cosmos, l'objectif serait d'acheter, en partenariat avec l'Allemagne, des drones prêts à l'emploi avant de planifier une fabrication européenne. Un tel investissement pourrait permettre de rapidement combler le retard français en la matière, en attendant que des drones européens performants puissent enfin voler de leurs propres ailes.