Législatives en Iran : vers une victoire des conservateurs

France Info pose ses valises ce jeudi en Iran à la veille des élections du Parlement et du conseil des experts, ces 88 sages religieux censés nommer et éventuellement démettre le guide suprême. L'ayatollah Ali Khamenei a 76 ans. La question de sa succession commence à se poser.

(Même si la victoire des conservateurs semble assurée, la campagne bat son plein © Mathilde Lemaire / Radio France)
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 Il est maintenant âgé, apparaît parfois fatigué mais il reste ultra présent. Ali Khamenei a son portrait affiché partout dans le pays en temps normal, à côté de celui de l'ayatollah Rouhollah  Khomeini fondateur en 1979 de la République islamique, mais en ce moment, il  occupe aussi les médias avec depuis un mois des apparitions régulières en soirée à la télévision et à la radio. Dans ces prises de paroles, l'ayatollah appelle à se méfier des "mensonges derrière le sourire de  l'ennemi" , comprenez les Etats Unis. Il salue la fin des sanctions mais il craint l'infiltration  culturelle des occidentaux. Alors le guide le martèle : "Pour être un bon Iranien, défenseur de la morale islamique,  il faut voter !"  On devine son inquiétude : si le scrutin est boudé, ce sera le signe d'une fragilisation du pouvoir.

Chez les jeunes, de nombreux abstentionnistes 

Difficile d'anticiper le niveau de participation vendredi, mais il n'est pas difficile de trouver des abstentionnistes assumés parmi la population. Ils sont surtout chez les jeunes. 60 % des Iraniens ont moins de 30 ans. Certains confient leur désespérance. "Ni les élections ni la fin des sanctions ne feront évoluer l'Iran de l'intérieur",  regrette par exemple Sosan, 27 ans, ingénieur.

 

"Je n'irai pas voterCelui à qui je voulais donner ma voix n'a pas eu le droit de se présenter.  Ce ne sont  pas de vraies élections. Tout est déjà joué d'avance. On a un gouvernement qui pense  à son pouvoir, pas à son peuple",  s'agace-t-il. "Le seul moyen de trouver la prospérité et la liberté c'est de quitter ce pays" , ajoute le jeune homme qui rêve de partir vivre en Finlande où un de ses amis s'est déjà installé. Il tente aussi de décrocher une bourse pour l'Angleterre.

Près de 50% des candidats recalés 

Sosan est loin d'être le seul à avoir vu ses favoris écartés de ces élections législatives. Il y avait au départ 12.000 candidats mais ces dernières semaines, le Conseil des gardiens de la constitution en a éliminé la moitié. Les recalés sont surtout  des réformateurs. Même le petit fils de l'ayatollah Khomeini s'est vu refoulé. Les journalistes occidentaux focalisent sur cette présélection. Ce qui énerve les religieux. "C'est pénible votre blocage sur ce point !  C'est pareil chez vous ! Il y a des primaires avant vos élections !  Tout le  monde ne peut pas être candidat" , s'exclame Mohamed quand on l'interroge. 

 

(Agé de 76 ans le guide suprême, Ali Khamenei veille sur ce scrutin sans suspens © Mathilde Lemaire / Radio France)

 

Turban sur la tête, en tenue traditionnel, Mohamed la trentaine étudie pour devenir imam. "En Iran, les critères sont précis », ajoute-t-il. "Les candidats passent un examen pour qu'on vérifie leurs  savoirs, leur érudition.  Et puis ils doivent  être  conformes à la morale islamique etn'avoir jamais été arrêtés.  Il n'y a rien  de choquant  à cela !"

 

Avec cette présélection  des candidats, certaines régions n'ont aucun candidat réformateur. Vahid, 42 ans, fait partie des recalés. "Je ne comprends pas ! Je suis un bon père, un bon musulman, je n'ai jamais  été  arrêté ! Pourtant on me  rejette.J'ai demandé des  explications. Je n'en ai pas eu" , se désole-t-il. Mais au fond Vahid sait bien que le fait d'avoir manifesté en  2009 dans les rues de Téhéran pendant le Mouvement vert , et le fait d'avoir un de ses amis  - dessinateur - en prison jouent contre lui.

Les réformateurs pour une égalité hommes-femmes

 Vahid se console en se rendant aux meetings réformateurs. Dans des stades ou des salles de sport, ces meetings ressemblent de plus en plus à des meetings à l'occidentale. Musique, clips, banderoles et ballons. A ce détail près que les portraits des guides suprêmes trônent sur scène, qu'hommes et femmes ont des tribunes séparées, set que des prières ponctuent les discours.

(Impossible de manquer les affiches, partout dans Téhéran. Ici, celle de conservateurs en lice pour l’assemblée des experts © Mathilde Lemaire / Radio France)
 

Le public crie, danse, frappe dans les mains. Neda par exemple, professeur d'anthropologie de 42 ans s'enflamme quand une candidate en tchador s'exprime en anglais au pupitre, pour demander au monde entre les iraniens et les iraniennes. "Elle a raison.  Ici, au tribunal,  la voix d'un homme compte double de celle d'une femme.  Il faut changer cela. On souhaite  également  la libération des prisonniers politiques. Et  on veut que le prochain guide  ne soit pas seul mais que ce soit une commission  de plusieurs personnes.  Ces changements-là apporteraient une vraie démocratie.",  explique Neda.

Un Iran à deux visages

 L'Iran a plus que jamais deux visages. Il y a le camp auquel appartient Neda : des Iraniens qui ont soif d'ouverture, de bien-être, de réformes. A Téhéran, cette population éduquée, favorisée, on la trouve au nord. Et puis il y a un autre visage de l'Iran présent surtout dans le sud de la capitale: une population sincèrement conservatrice qui se plaint du chômage et de l'inflation, mais qui pour le reste veut garder le système en l'état.

 

Ce camp là fait campagne dans les mosquées. Notamment à la grande mosquée de l'imam Khomeini où l'on vient en bus de toute la ville le vendredi. "La révolution de 79 nous a rendu libres de notre destinée. Alors je vote pour ceux qui refusent une colonisation américaine et israélienne de notre grand pays,  pour les candidats qui luttent pour préserver notre république islamique et ses valeurs morales. C'est le  plus important" , explique Hamid un retraité qui ne quitte jamais son chapelet et a les poches emplis des tracts des conservateurs.

 

C'est ce camp-là, celui des conservateurs, qui l'emportera vendredi sans surprise. Pas de bouleversement en vue au Parlement. Et le président Rohani, qui a gagné la bataille économique pour la levée des sanctions, va être prié sans doute de renoncer aux autres réformes promises : plus politiques et plus sociétales.

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