Quatre bonnes raisons de vous intéresser aux élections en Iran

Les Iraniens doivent renouveler, vendredi, deux assemblées. Francetv info vous explique pourquoi ces élections sont essentielles pour l'avenir du pays.

Des Iraniens passent devant des affiches électorales, le 24 février 2016, à Qom (Iran).
Des Iraniens passent devant des affiches électorales, le 24 février 2016, à Qom (Iran). (ATTA KENARE / AFP)
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Les Iraniennes et les Iraniens sont appelés aux urnes, vendredi 26 février. Si, au premier abord, ces élections peuvent vous paraître lointaines, elles sont néanmoins d'une importance cruciale pour l'avenir de ce grand pays, désormais au cœur des relations stratégiques du Moyen-Orient. Deux chambres vont être renouvelées : le Parlement et l'Assemblée des experts. Constitué de 290 membres, le Parlement est chargé de voter la loi et d'approuver l'exécutif. L'Assemblée des experts, elle, est composée de 88 religieux et a le pouvoir de nommer et de démettre le guide suprême de la révolution (actuellement, l'ayatollah Ali Khamenei).

Depuis la révolution islamique de 1979, l'Iran est dirigé par un président de la République et aiguillé par un guide suprême. Le Parlement comme l'Assemblée des experts sont en ce moment aux mains des conservateurs, mais la popularité du président modéré Hassan Rohani, qui a récemment obtenu un accord sur le nucléaire iranien, pourrait changer la donne. Francetv info vous donne quatre raisons de vous intéresser à ces deux élections essentielles. 

1Les conservateurs pourraient reculer

Depuis près de quarante ans, les institutions iraniennes fonctionnent sur un équilibre subtil entre les différentes sensibilités, explique la spécialiste de l'Iran Fariba Adelkhah, sur France Culture"Les courants politiques en Iran se tiennent un peu par la barbichette, c'est fait exprès pour pouvoir tenir le système." Tout l'enjeu de ces élections est de savoir de quel côté va pencher la balance entre réformateurs et conservateurs. Si ces derniers sont actuellement majoritaires, les récents succès d'Hassan Rohani, ainsi que les demandes de réformes de la société civile, pourraient bousculer les traditions. 

Les réformateurs sont notamment soutenus par deux anciens présidents : Akbar Hachemi Rafsandjani et Mohammad Khatami. Mais les conservateurs restent très puissants et sont à la tête de la plupart des institutions du pays. L'ayatollah Khamenei incite régulièrement à se méfier des Etats-Unis, malgré l'ouverture récente du pays. Le guide suprême craint l'infiltration culturelle des Occidentaux grâce "à l'argent et au sexe"

Le scrutin pour l'Assemblée des experts sera donc observé avec soin, car au regard des 76 ans de Khamenei, les nouveaux "sages" élus pour huit ans auront sans doute la lourde tâche de désigner le prochain guide suprême, véritable clé de voûte du pouvoir en Iran. 

2Cela pourrait accélérer les réformes

Ces derniers mois, l'Iran s'est ouvert à la communauté internationale, notamment sous l'impulsion d'Hassan Rohani. Ce dernier est en train de tenir sa principale promesse de campagne, à savoir la levée des sanctions occidentales, dans un pays touché par une forte crise économique, avec une inflation élevée et un chômage de masse (11,4% en 2014). La levée des sanctions doit permettre à la croissance de repartir (le FMI table sur 4,3% en 2016-2017) et valider ainsi la stratégie de Rohani.

Le président iranien peut donc s'appuyer sur une popularité importante, mais il a besoin d'un Parlement avec une majorité favorable pour continuer à faire passer ses réformes politiques et sociales. "Tout ce que Rohani désire, c'est une assemblée plus conciliante, dans laquelle les radicaux – qui bloquent son agenda – seraient affaiblis", explique au Monde Ali Vaez, analyste à l’International Crisis Group. Car au cours de sa campagne en 2013, Hassan Rohani s'était également engagé "sur le plan des libertés individuelles et pour les droits des femmes", rappelle à France 24 Azadeh Kian, professeure en sociologie politique.

La classe moyenne iranienne s’impatiente, car elle n’a pas encore constaté d’améliorations dans sa vie quotidienne

Azadeh Kian, spécialiste de l'Iran

sur France 24

3Le pouvoir redoute un mouvement contestataire

En 2009, d'importantes contestations populaires avaient éclaté après l'annonce de la victoire à la présidentielle du très conservateur Mahmoud Ahmadinejad. Une réplique s'est produite en 2011, dans le sillage des printemps arabes. Depuis, le pouvoir iranien craint l'arrivée d'un nouveau mouvement contestataire de la société civile. "Lorsqu’Ali Khamenei disparaîtra, cela rendra le pays vulnérable à un soulèvement ou à une désagrégation de l’ordre établi, un risque que les gardiens du régime (...) prennent très au sérieux", souligne The Atlantic. Pour le magazine américain, la principale opposition en Iran se situe bien plus entre la société et l'Etat qu'entre les conservateurs et les modérés.

Lors du déroulement des élections de vendredi, deux catégories de personnes seront au cœur des attentions. D'abord les jeunes, dont la mobilisation sera l'une des clés du scrutin puisque les moins de 30 ans représentent 60% de la population. Selon France Info, beaucoup d'entre eux risquent de s'abstenir, à l'image de Sosan, un ingénieur de 27 ans : "Je n'irai pas voter. (...) On a un gouvernement qui pense à son pouvoir, pas à son peuple."

Ce ne sont pas de vraies élections. Tout est déjà joué d'avance.

Sosan, électeur iranien de 27 ans

sur France Info

Les femmes sont également très convoitées pour ces deux élections. Les réformateurs comptent bien capitaliser sur cet électorat. "Nous, on est à fond pour les réformateurs. On espère vraiment qu'ils gagnent afin de remplacer ce Parlement corrompu", indique Maryam au JDD"Beaucoup comme moi n’ont pas voté aux dernières législatives, en 2012, et nous avons vu ce que cela a donné", confie aux Inrocks la chanteuse iranienne Madmazel, en référence à l'actuel Parlement conservateur.

4Le résultat du scrutin est très incertain

Alors que le JDD se projetait en janvier sur une probable victoire des réformateurs dans la continuité des succès d'Hassan Rohani, le résultat semble aujourd'hui beaucoup plus incertain. De nombreux candidats réformateurs ont en effet été écartés par le Conseil des gardiens, l'entité religieuse qui supervise les élections, rappelle France Info. La radio estime donc que les conservateurs devraient logiquement gagner les élections législatives, puisque certaines régions ne possèdent même plus de candidats réformateurs.

Mais tout n'est pas perdu pour les modérés, selon Azadeh Kian : "Les élections ont beau être verrouillées en apparence, elles ne le sont jamais totalement." Cette spécialiste de l'Iran estime que les réformateurs ont leurs chances, notamment à l'Assemblée des experts : "Si les électeurs respectent une certaine logique, les modérés peuvent faire basculer l’organe de leur côté, même si le Guide aura du mal à laisser cela se faire." Pour elle, les modérés peuvent également empocher la mise au Parlement, même si elle se méfie des Gardiens de la révolution qui "peuvent organiser des fraudes, mobiliser des électeurs et faire pression sur des candidats".