De mystérieux "coupeurs de tresses" sèment la panique au Cachemire indien

Dans la région, la foule s'en est déjà prise violemment à plusieurs personnes, soupçonnées d'être à l'origine de ces agressions. 

Tasleema, habitante du Cachemire, raconte avoir été agressée par une personne qui lui a coupé les cheveux, le 13 octobre 2017, près de Srinagar.  
Tasleema, habitante du Cachemire, raconte avoir été agressée par une personne qui lui a coupé les cheveux, le 13 octobre 2017, près de Srinagar.   (TAUSEEF MUSTAFA / AFP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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Au Cachemire indien, une centaine de femmes auraient déjà fait l'objet de ces mystérieuses attaques : un inconnu les approche quand elles sont seules, les rend inconscientes avec un gaz, puis leur coupe les cheveux. Alors que les autorités peinent à déterminer la véracité de ces agressions, elles sèment toutefois la panique et la violence dans la région. 

Accusé d'être un "coupeur de tresses", un homme de 70 ans a été tué par un groupe d'autodéfense au début du mois d'octobre. Les médias évoquent quasi quotidiennement, comme ici mardi 17 octobre sur le site India Today (lien en anglais), des bandes qui s'en prennent à des agresseurs présumés. Le lendemain, cinq personnes ont été blessées quand les soldats ont tiré sur une foule qui jetait des pierres en accusant les troupes de protéger un "coupeur de tresses", rapporte l'AFP. 

La police a annoncé vendredi avoir secouru un homme souffrant de "problèmes mentaux" qu'une foule tentait d'immoler par le feu et d'écraser avec un tracteur. A la nuit tombée, des hommes armés de barres de fer et de couteaux patrouillent dans la capitale Srinagar et d'autres villes à la recherche de suspects, rapporte encore l'AFP, tandis que des vidéos de ces scènes de violences se mutliplient sur les réseaux sociaux. 

Beaucoup d'attaques et peu de témoins

La plupart des femmes étaient seules au moment des attaques supposées et les autorités peinent à mener l'enquête. Tasleema, citée par l'AFP, explique avoir été attaquée en allant chercher des légumes dans le garde-manger. Son mari, Mohammad, raconte avoir entendu un cri et retrouvé sa femme gisant au sol inconsciente, 15 centimètres de cheveux coupés à ses côtés. "Quelqu'un a essayé de m'étrangler par derrière. J'ai vu son visage recouvert d'un masque noir. J'ai vu ses yeux. Puis, je ne sais pas", raconte la jeune femme. 

Si, initialement, la police avait accusé les victimes de se couper elles-mêmes les cheveux, elle offre aujourd'hui 600 000 roupies (7 800 euros) de récompense pour toute information conduisant à l'arrestation de suspects, mais demande aussi aux victimes de se soumettre au détecteur de mensonges.

Des conséquences politiques 

Sous pression, le gouvernement du Cachemire se borne à souligner que les "motivations" des agresseurs font l'objet d'une enquête. De leur côté, des chefs séparatistes et des habitants accusent "des agents du gouvernement" d'être les auteurs de ces attaques pour répandre la peur et détourner l'attention de la lutte pour un Cachemire indépendant ou un rattachement avec le Pakistan.

Des attaques similaires ont été dénoncées en juillet dans les Etats septentrionaux d'Uttar Pradesh et d'Haryana et autour de New Delhi. Les autorités locales les ont traitées comme des crimes tout en faisant appel à des psychiatres. "Ici, la situation est différente", dit à l'AFP Munir Ahmed Khan, haut responsable de la police locale. "Il y a des forces qui vont exploiter [ces affaires] jusqu'à la lie. Le Pakistan va se servir de la situation, c'est mon inquiétude." De quoi faire craindre une aggravation des troubles dans une région déjà traumatisée par la rébellion séparatiste et la contre-insurrection déclenchée par les autorités indiennes, qui ont fait des dizaines de milliers de morts.

Pour sa part, la ministre en chef de l'état du Cachemire, Mehbooba Mufti, a dénoncé sur Twitter une tentative de "créer l'hystérie collective et de porter atteinte à la dignité des femmes de l'Etat".