Voilà qui ne va pas rassurer les créanciers. Alexis Tsipras, dirigeant du parti grec de la Gauche radicale Syriza, a annoncé mercredi 9 mai au soir qu'il renonçait à former un gouvernement de coalition. Il n'a pas réussi à trouver une majorité "pour un gouvernement de gauche" opposé à l'austérité. "Demain (jeudi) je vais rendre le mandat confié par le président de la République et nous allons continuer de participer aux procédures prévues par la constitution", a déclaré Tsipras devant son groupe parlementaire, après avoir rencontré tous les chefs de parti grecs.

En dépit de cette incertitude politique qui pèse sur le pays, la Grèce recevra jeudi 10 mai un versement de la part de ses créanciers publics. Mais le versement des prochaines tranches d'aide est en question, ont averti mercredi plusieurs ministres européens.

Initialement, 5,2 milliards devaient être versés par la zone euro au pays, mais en raison de l'instabilité politique, seuls 4,2 iront effectivement dans les caisses d'Athènes. Les ministres des finances de la zone euro se réuniront lundi 14 mai à Bruxelles pour décider de débloquer ou non le milliard restant.

Pressions sur Athènes

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a estimé qu'Athènes ne recevrait plus d'argent sans respect des engagements vis-à-vis de ses créanciers. "Si la Grèce abandonne les réformes, je ne pense pas que les tranches d'aide seront versées", a-t-il prévenu mercredi lors d'un colloque au Parlement européen, à Bruxelles.

La position de Berlin est de soutenir la Grèce, "mais cela implique que les conditions négociées soient remplies", a-t-il souligné. Son homologue luxembourgeois, Jean Asselborn, est sur la même ligne. "Nous devons dire à présent au peuple grec que la situation est sérieuse, qu'aucun pays de l'UE ne pourra débloquer ne serait-ce qu'une parcelle de ces 130 milliards d'euros que nous avons mis à la disposition des Grecs s'il n'y a pas de gouvernement en état de fonctionner, qui respecte les règles établies et gère l'argent qui est versé", a-t-il dit lors du même colloque.

Ce qui attend la Grèce

Le sujet devrait être à l'ordre du jour de la réunion des ministres des Finances de la zone euro, lundi 14 mai. La Grèce sera confrontée à une première échéance le lendemain, quand elle devra rembourser quelque 450 millions d'euros d'obligations que ses détenteurs ont refusé d'effacer dans le cadre de la vaste opération de restructuration de sa dette, menée par le pays en mars. 

Athènes doit en outre rembourser quelque 3,3 milliards d'euros d'ici le 18 mai à la Banque centrale européenne. Le versement de la tranche d'aide suivante, au-delà du 10 mai, par les créanciers internationaux de la Grèce (UE et Fonds monétaire internation), devait initialement être décidé en fonction des discussions entre les bailleurs de fond et les autorités grecques prévues en juin, mais désormais hypothétiques.

Selon les analystes de Crédit Suisse, de ce nouveau feu vert dépend le versement d'une tranche d'aide de 23 milliards d'euros destinée à la recapitalisation des banques grecques, et de 8 milliards supplémentaires pour aider Athènes à faire face à ses échéances de remboursement, réduire son déficit et assurer le paiement d'arriérés.