"Sourire n’est pas draguer" : comment l'Allemagne transmet l'égalité hommes-femmes aux migrants

Seuls un petit guide et la cohabitation avec les bénévoles des ONG permettent aux réfugiés d'apprendre les codes de la société allemande.

Un réfugié syrien offre des fleurs aux passants, en guise de manifestation contre les violences du Nouvel An, à Cologne (Allemagne), le 16 janvier 2016. 
Un réfugié syrien offre des fleurs aux passants, en guise de manifestation contre les violences du Nouvel An, à Cologne (Allemagne), le 16 janvier 2016.  (PATRIK STOLLARZ / AFP)
à CologneFrance Télévisions

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Lors du réveillon du Nouvel An à Cologne (Allemagne), plusieurs centaines de femmes ont subi des agressions sexuelles. Selon leurs témoignages, une majorité de suspects étaient "nord-africains ou arabes" et l'enquête a montré que les premiers suspects étaient surtout des sans-papiers et des demandeurs d'asile. Le scandale pose notamment la question de l'intégration des migrants et du partage de valeurs jugées essentielles pour vivre en Europe. Parmi elles, l'égalité entre les hommes et les femmes, considérée comme acquise en Allemagne, n'a pas la même place dans tous les pays d'origine des migrants. Mais comment transmettre ces codes qui régissent les rapports humains en Europe ?

"Porter des vêtements courts est normal"

L'office fédéral de l'immigration ne fournit ni informations, ni instructions à ce sujet. C'est l'Agence pour l'éducation civique qui s'en est emparé, en promouvant un projet collaboratif lancé par des étudiants sur les réseaux sociaux. Avec l'aide de jeunes Allemands et de réfugiés de plusieurs nationalités, est né en octobre 2015 un petit guide disponible gratuitement en une quinzaine de langues, dont le français, l'arabe, le turc, mais aussi le serbe, le russe, le tigrigna (langue officielle de l'Eyrthrée) et le pachtoune (parlé en Afghanistan et au Pakistan).

Dans le fascicule, se trouvent des conseils simples, destinés à aider les nouveaux arrivants. A la lecture du document, le quotidien Die Welt (en allemand) ironise sur certaines de ces règles, dont beaucoup pourraient être rappelées à tous les Allemands. "L'Agence fédérale aurait pu prévenir les supporters de football que le fait d'uriner en public constitue un délit", se moque le quotidien. 

Au sujet des rapports entre hommes et femmes, le guide précise aussi que "sourire n’est pas considéré comme une tentative de drague" et que dans l'espace public, "les gestes affectueux sont courants, que ce soit entre personnes de sexes opposés ou de même sexe" ou encore que "porter des vêtements courts, comme par exemple un tee-shirt, un short ou une minijupe, est considéré comme normal".

Le chapitre 4 en particulier, est consacré à la notion d'égalité, en des termes simples. Il y est écrit que "les hommes et les femmes sont égaux et ont les mêmes droits. Quand quelqu’un demande qu’on le ou la laisse tranquille, il faut l’accepter". En outre, "chaque personne, homme ou femme, est libre de choisir son partenaire et de décider soi-même de se marier – ou non". 

"La grande majorité des bénévoles sont des femmes"

Mais c'est à l'épreuve du quotidien en Allemagne que les migrants acquièrent ces codes. "La grande majorité des bénévoles sont des femmes", nous explique Kerstin Engelhard, qui gère un foyer de la Croix-Rouge accueillant une soixantaine d'hommes. Elle dit n'avoir aucun problème à ne côtoyer que des hommes réfugiés. "Il est clair pour tous que je suis la chef et l'atmosphère est amicale et respectueuse", assure-t-elle. "Parmi les réfugiés de ce foyer, certains ont même des petites amies allemandes", raconte encore cette travailleuse sociale.

"C'est plus une question de génération que d'origine ou de religion : les plus jeunes s'adaptent très bien", analyse Kerstin Engelhard. Et l'égalité entre hommes et femmes est abordée au quotidien, notamment pendant les cours de cuisine, animés par des femmes bénévoles : "Nous cuisinons, mangeons tous ensemble, et ensuite, il est important que tout le monde participe au rangement et à la vaisselle." Certains prennent spontanément l'éponge, d'autres rechignent, "comme dans les maisons allemandes, j'imagine".

Même les activités sportives sont l'occasion de rappeler les règles. "Les deux femmes qui accompagnent la course à pieds, tous les samedis, ne se gênent pas pour reprendre ceux qui regarderaient avec insistance ou siffleraient une joggeuse. Elles essaient d'en parler et d'expliquer que cela ne se fait pas", poursuit Kerstin Engelhard.

"Apprends l'allemand et fais du sport"

Le scandale du Nouvel An a presque fait oublier que les femmes réfugiées subissent aussi des violences, sur la route de l'Europe et dans les centres d'accueil. Behshid Najafi, à la tête de l'association Agisra, qui vient en aide aux femmes migrantes à Cologne, nous confirme que leurs conditions de vie restent difficiles, même une fois arrivées en Allemagne, où il n'existe pas de foyers réservés aux femmes. Son association lutte notamment pour que le droit allemand reconnaisse leur indépendance. "Les lois rendent les femmes migrantes dépendantes de leur mari", développe Behshid Najafi. Une femme arrivée en Allemagne grâce au regroupement familial doit par exemple "rester mariée et vivre avec son époux pendant trois ans si elle veut obtenir un droit de séjour lors de la séparation".

En attendant que la loi change (ce qui n'est pas prévu), Behshid Najafi donne deux conseils à celles qui viennent chercher de l'aide : "Apprends l'allemand et fais du sport !" "Si tu ne parles pas l'allemand, tu ne peux pas défendre tes droits", leur explique-t-elle. Et le sport, "bon pour l'âme et le corps", leur permet surtout de sortir de chez elles ou des centres d'accueil pour rencontrer d'autres femmes. Une fois la surprise passée, les femmes, mariées ou non, comprennent vite l'objectif : devenir aussi autonomes que possible.