Répression d'opposants à Kiev : que se passe-t-il en Ukraine ?

Des militants pro-européens ont été dispersés, ce matin, d'une place de la capitale ukrainienne. Explications. 

Des policiers ukrainiens font face à un manifestant pro-Europe, le 29 novembre 2013, sur la place de l'Indépendance à Kiev (Ukraine). 
Des policiers ukrainiens font face à un manifestant pro-Europe, le 29 novembre 2013, sur la place de l'Indépendance à Kiev (Ukraine).  (VASILY FEDOSENKO / REUTERS)

Mis à jour le , publié le

"L'Ukraine n'avait encore rien vu de tel." Le député ukrainien de l'opposition Andreï Chevchenko a dénoncé, sur Twitter, l'évacuation musclée de manifestants de l'opposition par les forces anti-émeutes, samedi 30 novembre au matin, à Kiev (Ukraine). Cet épisode intervient après une semaine de manifestations contre le pouvoir en place, dans le pays. Pour quelles raisons ? Explications. 

Voir la vidéo
EVN

A l'origine : une décision du président

Le 21 novembre, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch crée la surprise en refusant de signer un accord d'association politique et de libre-échange avec l'Union européenne. Ce revirement, que les dirigeants européens imputent à des pressions insistantes de la part du Kremlin, est depuis à l'origine de nombreuses manifestations de l'opposition pro-européenne. 

Selon Le Monde, les manifestants se sont relayés "jour et nuit" toute cette semaine, sur la place de l'Indépendance, à Kiev, afin de protester contre cette décision, militer pour le rapprochement et demander la démission du président. Vendredi, près de 10 000 personnes se sont rassemblées sur la place, dans une mer de drapeaux bleus et jaunes, accusant Ianoukovitch d'avoir "détruit leur rêve"

 

Des manifestants rassemblés le 29 novembre 2013 sur la place de l'Indépendance à Kiev (Ukraine). 
Des manifestants rassemblés le 29 novembre 2013 sur la place de l'Indépendance à Kiev (Ukraine).  (GLEB GARANICH / REUTERS)

Un déclic : une violente dispersion

Mais le rassemblement a tourné à l'aigre. Selon plusieurs médias et témoins, les forces anti-émeutes ont donné l'assaut, samedi au petit matin, pour déloger le millier de militants encore rassemblés sur ce haut lieu de la "révolution orange" de 2004 et 2005. "La manifestation a été dispersée de manière sauvage, il y a des dizaines de blessés et des dizaines d'interpellés", a fustigé le député Andreï Chevchenko sur Twitter.

Le site d'information Ukrainskaia Pravda, proche de l'opposition, a publié des photos de militants le visage en sang. De nombreuses vidéos montrent des policiers anti-émeutes intervenant à coups de matraque. "Ils nous ont encerclés, puis ils ont commencé à avancer en frappant tout le monde, hommes, femmes, les gens tombaient, ils les battaient. Je me suis évanouie, les garçons m'ont portée", témoigne une jeune femme sur l'une d'elles.

Une autre, âgée de 17 ans, raconte"Nous dansions, sautions et scandions des slogans pacifiques. Ils ont commencé à battre tout le monde sans distinction. Ils battaient les vieux, les filles, même un enfant."

Ces violences ont été condamnées par l'ambassadeur des Etats-Unis en Ukraine, Geoffrey Pyatt. "Je cherche toujours à comprendre ce qui s'est passé, mais il je condamne évidemment toute violence contre des manifestants pacifiques", fait-il savoir sur Twitter.

Une réaction : appel à la grève générale

Le dialogue se durcit. Les dirigeants des trois principales formations d'opposition pro-européenne  [Batkivschina, Oudar de Vitali Klitschko et Svoboda] se sont réunis samedi, après la violente dispersion. "Nous allons avoir une rencontre dans une heure avec tous les ambassadeurs de l'Union européenne, et nous nous adressons à nos partenaires occidentaux : le temps des discussions est fini", a déclaré à la presse Arseni Iatseniouk, ancien ministre de l'Economie et chef de file de l'opposition.

"Nous avons pris la décision commune, à trois partis d'opposition de former un état-major de résistance nationale", a-t-il ajouté. "Nous avons commencé à préparer une grève générale", a-t-il encore déclaré. L'opposition réclame en outre la démission du gouvernement et la tenue d'élections anticipées. Une manifestation est prévue dimanche à midi (11h, heure de Paris).