Présidentielle : à Bruxelles, dans les coulisses des institutions européennes, on balance entre anxiété et passions

À quatre jours de l’élection présidentielle française, dans les coulisses des institutions européennes, l’inquiétude et la passion semblent se disputer le calme des couloirs feutrés de la Commission et du Parlement.

Le Parlement européen lors d\'une session plénière, le 2 mars 2017
Le Parlement européen lors d'une session plénière, le 2 mars 2017 (Yves Herman / Reuters)
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édité par Ludovic PauchantJérôme JadotRadio France

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Éloignons-nous un moment du brouhaha parisien et des émois hexagonaux pour faire un pas de côté, de l’autre côté de la frontière, où à quatre jours de l’élection présidentielle française, l’inquiétude et la passion semblent se disputer le calme des couloirs feutrés de la Commission et du Parlement européens. Cet écart bruxellois paraît d’autant plus évident que deux des quatre candidats donnés en tête par les sondages, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, brandissent dans leurs programmes une possible sortie de l’Union européenne.

Les fonctionnaires européens ont peur de l'élection présidentielle française
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Cette campagne, "c’est Dallas !"

À Bruxelles, la campagne présidentielle passionne : pages quotidiennes dans la presse belge, débats télévisés suivis par les nombreux francophones qui travaillent pour les institutions européennes. "C’est Dallas ! On est rivés sur nos portables pour suivre tous les rebondissements", glisse une secrétaire. "Je ne vous cache pas que dans tous les pays que j’ai visités en mission ces derniers temps, que ce soit en Allemagne, en Belgique, en Ukraine, une des premières discussions est l’élection présidentielle française", explique de son côté Emmanuel Foulon, assistant parlementaire belge. Comme un grand show, un grand spectacle, selon lui qui y a contribué à sa façon en publiant récemment une vidéo où l’on voit l’assistant socialiste chercher désespérément Marine Le Pen dans les couloirs du Parlement pour pointer son absentéisme.

Pour autant, l’inquiétude n’est jamais vraiment loin : les eurodéputés Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon brandissent dans leur programme la possibilité d’une sortie des traités européens, et cela ne laisse pas indifférent. "On peut faire l’Union européenne sans la Grande-Bretagne, mais on ne peut pas faire l’Union européenne sans la France, s’inquiète ainsi l'eurodéputé social-démocrate allemand Jo Leinen. Un président eurosceptique à Paris risquera la division de l’Union européenne en une Europe du Nord et une Europe du Midi. Mais encore faut-il trouver des partenaires pour une telle idée", poursuit l’homme.

Mélenchon, l’option du "moins pire"

Dans les allées du Parlement, tout le monde ne met toutefois pas Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sur un pied d’égalité. Ainsi, en dehors de son groupe parlementaire, difficile de trouver des défenseurs de Marine Le Pen. Jean-Luc Mélenchon, lui, trouve grâce aux yeux de Gabriel, jeune Britannique qui travaille dans l’administration du Parlement. "Pour Marine Le Pen, c’est une question de rejet de l’autre, estime-t-il. Jean-Luc Mélenchon, lui, souligne qu’il existe des inégalités fondamentales dans notre société qui sont perpétuées par l’Union européenne. Il n’est pas tant contre l'Europe que contre la forme actuelle de l’Europe." Ainsi, selon lui, Jean-Luc Mélenchon ne menacerait de sortir de l’Europe que pour créer un rapport de force pour que les choses changent.

Établir un rapport de force pour une Union moins néo-libérale ? Le co-président du groupe des Verts, le Wallon Philippe Lamberts n’est pas contre. Mais la méthode employée par les deux candidats français n’est, selon lui, pas conforme à l’esprit européen. "Ce genre de discours ‘Faites ma politique ou je me casse’, ce n’est pas cela, l’Europe ! regrette l’élu. La nature de la démocratie, c’est de trouver ensemble des compromis." Le Wallon rappelle d’ailleurs au passage que si les Européens pèsent ensemble 7% de la population mondiale, la France seule ne pèse qu’un petit pourcent… 

La France incarne "les valeurs" de l’Union

Agacement, fébrilité, donc du côté du Parlement européen. Du côté de la Commission européenne, officiellement, on ne laisse rien paraître. "Ce n’est pas à nous, la Commission, de nous exprimer, répond ainsi le porte-parole de la Commission Margaratis Schinas, lorsqu’on lui demande s’il y a des craintes liées au scrutin présidentiel en France. La France est un pilier central de l’Union européenne, un pays fondateur, une nation qui incarne toutes les valeurs sur lesquelles repose l’Europe d’aujourd’hui. C’est le seul commentaire que j’ai à faire."

On ne s’immisce pas donc dans le scrutin, même si un observateur note que le fait que la France ne soit pas sanctionnée sur sa politique budgétaire peut être perçu comme un geste de Bruxelles. L’élection est en tout cas suivie de près : un fonctionnaire français de la Commission anticipe des conséquences sur le cours de l’euro en cas de victoire de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon. Pour François, autre fonctionnaire européen, cela ne sonnerait toutefois pas forcément la fin de l’Europe : "Il est déjà arrivé par le passé qu’il y ait des régimes très durs qui aient participé, sous différentes formes, à des gouvernements [en Europe], et cela n’a pas arrêté le processus européen. Au mieux, cela l’a ralenti." 

Macron n’est pas vu d’un mauvais œil

Selon lui, la résilience du modèle et la perception intuitive des européens que l’Union fait la force seraient sous-estimés. Ce que se disent aussi fonctionnaires et élus pro-européens, c’est que Marine Le Pen comme Jean-Luc Mélenchon prévoient un référendum avant une éventuelle sortie des traité, ce qui laisserait encore un peu de temps pour convaincre les Français de ne pas quitter le navire. Mais, au fond, ce que la plupart espèrent, c’est qu’il n’y ait pas de deuxième tour Mélenchon-Le Pen et que sera élu quelqu’un qui sera capable de relancer l’Europe post-Brexit. Emmanuel Macron, à cet égard, n’est pas vu d’un mauvais œil...