Solaire : l'Europe fait-elle vraiment du protectionnisme ?

Bruxelles veut lourdement taxer les importations de panneaux solaires chinois, au risque d'envenimer les relations commerciales avec la Chine. 

Une personne travaille sur le toit d\'une entreprise où une centrale photovoltaïque a été installée, au Port, sur l\'île de la Réunion, le 18 septembre 2008.
Une personne travaille sur le toit d'une entreprise où une centrale photovoltaïque a été installée, au Port, sur l'île de la Réunion, le 18 septembre 2008. (RICHARD BOUHET / AFP)
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Simon GourmelletFrance Télévisions

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C'est un bras de fer dont l'issue est incertaine pour l'Europe. La Commission européenne a proposé, mercredi 8 mai, aux Etats membres de l'Union, de lourdement taxer les importations de panneaux solaires chinois. Avec un taux provisoire fixé à 47%, l'objectif est de protéger les firmes européennes du secteur, menacées de disparition face à des produits chinois accusés d'être vendus à perte et largement subventionnés par Pékin. Cette offensive est considérée comme un tournant dans les relations commerciales entre ces deux poids lourds de l'économie mondiale. Pour l'Europe, les enjeux sont multiples : empêcher une nouvelle filière industrielle de sombrer, et obliger la Chine à respecter les règles du jeu du commerce international. Explications. 

Est-ce une mesure protectionniste ?

Pas vraiment. Alors que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) vient de se trouver un nouveau patron, il s'agit davantage, par ce nouveau taux, de taper du poing sur la table pour faire respecter les accords internationaux en vigueur. Car ce bras de fer n'a pas lieu avec n'importe quel pays, mais avec la Chine, spécialiste de la concurrence déloyale. Dans un monde de libre-échange, Pékin fausse les règles en subventionnant ses entreprises.

Ainsi, dans le secteur des panneaux solaires, les fabricants chinois, aidés par des prêts publics avantageux et par la cession de terrains pour installer leurs usines, ont tellement baissé leurs prix, que les entreprises européennes sont désormais incapables de rivaliser. Entre 2009 et 2011, les sociétés chinoises ont vu leurs parts de marché passer de 40% à 68% dans le monde, et de 0 à 80% en cinq ans en Europe. A tel point que le secteur du photovoltaïque en Chine est en surchauffe et peine à écouler ses stocks.

L'Europe est-elle protectionniste ?

Non... A l'origine, l'Union européenne a conçu le projet européen et la zone euro pour créer un espace de libre-échange. Cela a été le cas avec la constitution d'une zone de libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes, qui a considérablement développé les échanges. Depuis 1990, ils ont été multipliés par 3,7 au sein de l'Europe, et par 2,6 avec le reste du monde, rappelait la Tribune en 2011. Des accords de libre-échange ont été conclus avec l'Islande, le Liechtenstein et la Norvège (AELE) en 1994, ou encore avec des pays du sud-est de l'Europe (Albanie, Bosnie-Herzégovine). Et des négociations, dont l'annonce s'est effectuée en février, se sont ouvertes pour trouver un accord avec les Etats-Unis. 

...mais. Si cette ouverture a des effets positifs, elle engendre également des déséquilibres. La philosophie du libre-échange expose ainsi largement les moyens productifs à la concurrence des pays à bas coûts ou à devises faibles, comme la Chine. L'industrie textile a ainsi progressivement disparu du vieux continent, tout comme celle de l'électronique grand public. Pour tenter de faire face, des droits de douanes ont tout de même été imposés, comme en 2006 sur les chaussures en provenance de Chine et du Vietnam. Une enquête de l'UE avait révélé que ces deux pays vendaient à perte grâce, là aussi, à des subventions déguisées. Aujourd'hui encore, un tel litige concerne la production de porcelaine

Des telles mesures sont-elles efficaces ?

 

Face à la crise, le protectionnisme est-il la solution ? Pour Pascal Lamy, l'actuel directeur général de l'OMC, "le protectionnisme ne protège plus. Au contraire, il vaut mieux importer pour mieux exporter", expliquait-il début mai dans un entretien accordé au JDD (article payant). Les partisans de cette ouverture se réfèrent notamment à la situation des années 1930, pendant lesquelles les réactions protectionnistes avaient entraîné l'effondrement du commerce mondial et l'approfondissement de la crise économique. Une crise qui avait conduit à la création du Gatt (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) en 1947, ancêtre de l'Organisation mondiale du commerce.

Cependant, face à la suprématie du libre-échange, certains estiment qu'un protectionnisme positif est possible. Il faut, pour cela, rétablir une concurrence loyale, sur le plan social, environnemental, fiscal et monétaire, analysent ainsi les auteurs d'Inévitable Protectionnisme, dans une interview à Libération. Ils imaginent ainsi taxé les entreprises selon les salaires qu'elles pratiquent, afin d'encourager le développement dans les pays de ces firmes : "Pour ne pas payer de droits de douane, les entreprises auront alors intérêt à augmenter les salaires localement". 

Pour y arriver, il faudrait un accord mondial. Nous en sommes loin. Aujourd'hui, et surtout face à la puissance économique de la Chine, la stratégie protectionniste, telle qu'elle est actuellement appliquée, semble difficilement tenable. Ainsi, les Etats-Unis ont déposé des droits antidumping, pour éviter la vente à perte, sur les panneaux solaires chinois. Une démarche peu efficace, selon les Echos.

Enfin, la Chine ne reste pas sans réactions. Pékin a ainsi annoncé, vendredi 10 mai, son intention de lancer une enquête antidumping sur les tubes sans soudure importés de l'Union européenne, du Japon et des Etats-Unis. Le principal fabricant français Vallourec a immédiatement vu son titre chuter, notent les EchosDes procédures du même genre visent déjà des composés de silicone américains et européens. Dans ce bras de fer, pas sûr que les pays occidentaux puissent tenir très longtemps.