Séisme de L'Aquila : les scientifiques italiens acquittés

La cour d'appel italienne a complètement renversé le premier verdict, lundi, estimant que les faits reprochés aux sept accusés ne constituaient pas un délit.

Des rues de L'Aquila (Italie) toujours fermées au public, le 7 avril 2014, dans la "zone rouge" de la ville.
Des rues de L'Aquila (Italie) toujours fermées au public, le 7 avril 2014, dans la "zone rouge" de la ville. (JOSE ANTONIO SANCHEZ / AFP)
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Ils avaient été condamnés à six ans de prison en première instance, en 2012. Sept scientifiques italiens, à qui l'on reprochait d'avoir sous-estimé les risques d'un séisme en 2009 à L'Aquila, ont été acquittés, lundi 10 novembre, en appel.

La cour a complètement renversé le premier verdict, estimant que les faits reprochés aux accusés ne constituaient pas un délit. Cette décision a été accueillie par des huées du public, dont de nombreux proches de victimes, qui ont crié aux magistrats : "Honte à vous, honte à vous."

"Un séisme dans le séisme"

"J'aurais pu imaginer une forte réduction des peines, mais pas un acquittement aussi complet", a déclaré le procureur général Romolo Como, qui avait requis une confirmation des condamnations prononcées en première instance pour "homicide par imprudence" et s'est dit "très déconcerté""Cette décision nous surprend et représente un séisme dans le séisme", a réagi Attilio Cecchini, un des avocats des parties civiles, assurant qu'il saisirait la Cour de cassation.

Un seul scientifique condamné

Les sept membres de la commission "Grands risques", six experts des tremblements de terre et le sous-directeur de la Protection civile Bernardo De Bernardinis, s'étaient réunis à L'Aquila six jours avant le tremblement de terre meurtrier du 6 avril 2009. Le séisme avait ravagé cette ville du centre de l'Italie et fait plus de 300 morts, ainsi que des dizaines de milliers de sans-abris, traumatisant le pays et causant des milliards d'euros de dégâts.

En première instance, le tribunal avait estimé que les experts avaient donné des informations trop rassurantes à la population, en particulier Bernardo De Bernardinis. Seule exception d'ailleurs à l'acquittement général, ce dernier a été condamné à deux ans de prison pour la mort de certaines victimes, tout en étant acquitté pour celle d'autres personnes. Sans motiver cette décision, la cour a de toute manière annoncé que la condamnation était suspendue.

Levée de boucliers de la communauté scientifique

Le verdict en première instance avait provoqué un tollé dans la communauté scientifique italienne et internationale, qui avait dénoncé "un procès à la science""Ce n'est pas juste la sismologie qui a été jugée, mais toute la science", avait affirmé à l'époque Charlotte Krawczyk, présidente du département de sismologie de l'Union européenne des géosciences.

Après l'acquittement en appel, StefanoGresta, président de l'Institut national de géophysique et vulcanologie, a exprimé sa "grande satisfaction", estimant que ce verdict restituait "la crédibilité à toute la communauté scientifique italienne". Les attendus du verdict de la cour d'appel ne seront, en principe, pas connus avant plusieurs mois, après quoi le parquet ou les parties civiles pourront décider de saisir la Cour de cassation.