A la veille d'une manifestation de l'opposition en Russie, les autorités ont frappé un grand coup. La police russe a procédé, lundi 11 juin, à des perquisitions au domicile d'une dizaine de dirigeants d'opposition. Des perquisitions ont notamment été menées aux domiciles du blogueur Alexeï Navalny et de l'opposant anticapitaliste Sergueï Oudaltsov à Moscou, ont précisé les enquêteurs fédéraux. Les logements de la présentatrice de télévision Ksenia Sobtchak et de l'ancien vice-Premier ministre Boris Nemtsov ont aussi été ciblés.

Ces représentants ont par ailleurs été convoqués pour interrogatoire mardi, a annoncé le porte-parole des services d'enquête fédéraux, Vladimir Markine, cité par l'agence Interfax. Cette convocation pourrait les empêcher de participer à leur rassemblement où ils espèrent la présence de dizaines de milliers de personnes, à Moscou, le même jour.

"Porte détruite", "photos de mes enfants saisies"

Cette opération est liée à une enquête au sujet de violences contre la police lors d'une manifestation à Moscou le 7 mai, à la veille de la cérémonie d'investiture de Vladimir Poutine. Les enquêteurs ont affirmé avoir récupéré "une grand nombre de publications et de matériel de propagande (...) contre l'Etat, des bases de données électroniques et des ordinateurs contenant des renseignements" en rapport avec cette manifestation. 

"Ils ont quasiment détruit la porte", a écrit sur Twitter Alexeï Navalny, blogueur actif dans la dénonciation de la corruption et co-organisateur de manifestations contre le pouvoir après les élections législatives de décembre. La police aurait saisi des appareils électroniques chez lui, "y compris les disques avec les photos de mes enfants". Selon la radio Echo de Moscou, la police a empêché pendant plusieurs heures l'avocat de Navalny de pénétrer dans l'appartement. Une porte-parole du blogueur a dénoncé "un viol de la Constitution russe".

Manifester coûte de plus en plus cher

Pour certains opposants, ces perquisitions prouvent que Vladimir Poutine a tourné le dos à la démocratie. "Poutine n'essaie même plus de faire semblant", a déclaré Sergueï Mitrokhine, un chef de file de l'opposition libérale, sur les ondes de Echo de Moscou. 

L'opposition a obtenu l'autorisation d'organiser, mardi, à Moscou, le premier grand rassemblement contre Vladimir Poutine depuis son investiture. Mais quatre jours avant ce test pour les capacités de mobilisation de l'opposition, Vladimir Poutine est passé outre à l'avis de son conseiller en matière de droits de l'homme et a promulgué vendredi une loi augmentant de manière spectaculaire le montant des amendes pour troubles à l'ordre public lors des manifestations. 

Cette loi prévoit des amendes de 300 000 roubles (près de 7 400 euros) pour les manifestants participant à un rassemblement entraînant des violences. Soit davantage que le salaire annuel moyen en Russie.