Des îles Féroé à la Belgique, comment le référendum catalan galvanise les indépendantistes d'Europe

Malgré son interdiction, le référendum pour l'indépendance de la Catalogne a connu une participation de 42,3% et recueilli plus de 90% de voix en faveur du "oui". En Europe, des mouvements indépendantistes ne cachent plus leur espoir de voir un tel scénario se produire chez eux. 

Des manifestantes avec des drapeaux écossais et catalans peints sur leurs joues, lors d\'une manifestation en soutien à la Catalogne, le 9 octobre 2017 à Glasgow (Ecosse, Royaume-Uni). 
Des manifestantes avec des drapeaux écossais et catalans peints sur leurs joues, lors d'une manifestation en soutien à la Catalogne, le 9 octobre 2017 à Glasgow (Ecosse, Royaume-Uni).  (ANDY BUCHANAN / AFP)
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Valentine PasquesooneFrance Télévisions

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C'est un événement qu'ils n'oublieront pas de sitôt. Dimanche 1er octobre, les indépendantistes de plusieurs régions d'Europe ont suivi de très près un vote historique : le référendum pour l'indépendance en Catalogne. Certains étaient sur place, observant le scrutin depuis les bureaux de vote et soutenant leurs homologues catalans lors de manifestations. D'autres ont suivi le référendum de plus loin, l'espoir de leur propre indépendance en tête. Tous ont été marqués par le résultat du scrutin : une participation de seulement 42,3%, mais un vote massif pour le "oui" à une Catalogne indépendante. 

Plus d'une semaine après le scrutin interdit par Madrid, Carles Puigdemont, président de la communauté autonome, a déclaré, mardi 10 octobre à Barcelone, que la Catalogne avait gagné le droit d'être un Etat indépendant, avant de proposer de "suspendre" les effets de cette indépendance, le temps de négocier avec Madrid.

Un exemple que d'autres aimeraient suivre. Ecosse, Flandre, îles Féroé et nord de l'Italie : Franceinfo a interrogé des mouvements militant pour l'indépendance de leurs régions et bien décidés à mener leur propre référendum. 

En Ecosse, "cela a réveillé notre mouvement"

La Catalogne s'est invitée dans les débats politiques cette semaine à Glasgow (Ecosse, Royaume-Uni). Depuis le 8 octobre, les revendications catalanes sont au cœur des échanges au Scottish National Party (SNP), le parti indépendantiste écossais dirigé par la Première ministre, Nicola Sturgeon. Cette nation du Royaume-Uni a pourtant déjà eu droit à son référendum. C'était le 18 septembre 2014, et le "non" à l'indépendance écossaise l'a emporté à 55,3%. Mais depuis le Brexit, la donne a changé. Avec 62% des Ecossais en faveur d'un maintien dans l'Union européenne (UE), Nicola Sturgeon se bat depuis un an pour l'organisation d'un nouveau scrutin. La Première ministre écossaise souhaite qu'il ait lieu entre l'automne 2018 et le printemps 2019, avant la sortie effective du Royaume-Uni de l'UE. 

Dans un tel contexte, le référendum catalan ne peut que trouver un écho favorable. Au congrès de Glasgow, plusieurs membres du SNP reviennent même de Barcelone. Kelly Given, 20 ans, y a passé une semaine avec 16 autres membres des Young Scots for Independence, la branche jeunesse du SNP. Ensemble, ils se sont rendus dans les bureaux de vote, ont pris part aux manifestations auprès des jeunes indépendantistes catalans. Et ont vu de près le "oui" l'emporter à plus de 90%. "Cela nous a donné un nouvel espoir. Voir ce référendum prendre forme, c'est juste fantastique", sourit Kelly Given. "C'était extrêmement galvanisant d'être sur place. Je n'avais jamais vu un mouvement de cette ampleur", poursuit Gavin Lundy, également membre des Young Scots for Independence.

Cela nous montre ce qu'un mouvement indépendantiste organisé est capable de faire. Cela nous a donné l'énergie de continuer à militer pour notre propre indépendance.

Gavin Lundy, membre des "Young Scots for Independence"

à franceinfo

A peine revenus de Catalogne, ces indépendantistes sont bien décidés à s'inspirer du mouvement qu'ils ont observé. "Leur campagne était parfaitement organisée, parfaitement menée", relate Kelly Given. "Et surtout, elle ne s'est jamais arrêtée. En 2014, nous avons mené notre campagne pour l'indépendance, puis nous avons eu notre référendum, et le mouvement s'est effondré", se souvient-elle. "Nous avons besoin que notre campagne soit continue", comme celle des Catalans. Depuis son retour de Barcelone, Kelly Given en est convaincue : il faut commencer dès maintenant la campagne pour le prochain vote. "Et la poursuivre sans cesse jusqu'au scrutin", martèle la jeune indépendantiste. L'exemple catalan "a réveillé notre mouvement", reconnaît-elle. 

En Flandre, le référendum donne "de l'espoir" et "du courage"

Le référendum en Catalogne s'est lié à une autre célébration pour les nationalistes flamands du Vlaams Belang. Le 1er octobre, alors que les Catalans votaient, ce parti d'extrême droite fêtait quarante ans d'existence et de militantisme pour une autre indépendance : celle de la région flamande de Belgique. Dominiek Lootens, chef du groupe Vlaams Belang au parlement bruxellois, se souvient des mots de son président ce jour-là. "Il nous a dit : 'Nos pensées sont aujourd'hui à Barcelone.' Et que les Catalans menaient le même combat que le nôtre." 

Chaque situation régionale a sa spécificité, mais les revendications catalanes ont eu un écho particulier en Flandre. "La Catalogne fait marcher toute l'Espagne, et la Flandre est le moteur économique de la Belgique", veut croire Dominiek Lootens. Les deux régions, prospères, ont le même argument économique pour réclamer leur indépendance. Alors, quand l'une d'elles le fait, "ça donne de l'espoir, un peu de souffle et de courage, confie l'élu séparatiste. Cela prouve que quand il y a une volonté politique et une volonté du peuple, tout est possible." Pour suivre la ligne catalane, le Vlaams Belang multiplie les propositions de loi qui permettraient  l'émergence d'un référendum. Car la Constitution belge, pour l'instant, ne le permet pas. "La Catalogne incitera peut-être la Nouvelle Alliance flamande [N-VA, le parti indépendantiste flamand] à nous suivre dans ces propositions", espère Dominiek Lootens. 

La N-VA, qui a obtenu plus de 20% des voix lors des élections de 2014, occupe désormais des postes-clés au sein du gouvernement belge. Mais le parti indépendantiste s'est engagé à ne pas demander davantage d'autonomie pour la Flandre avant 2019, explique Matthias Diependaele, président du groupe N-VA au Parlement flamand. Sans pouvoir engager plus d'actions pour le moment, plusieurs membres du parti se félicitent néanmoins du référendum catalan et de son possible impact en Flandre. "C'est un très bel exemple du besoin d'identité des communautés en Europe, estime Matthias Diependaele. Et ça, c'est une bonne chose." "Il y a aussi un changement d'image des séparatistes" avec ce référendum, poursuit l'élu flamand. 

Souvent, on associe les indépendantistes à la violence. Cette fois-ci, ce ne sont pas eux qui ont été violents. C'est le gouvernement espagnol.

Matthias Diependaele, président du groupe N-VA au parlement flamand

à franceinfo

Aux Féroé, les habitants peuvent désormais "s'identifier" aux Catalans

Dans l'archipel des îles Féroé, entre l'Ecosse et l'Islande, le référendum catalan ravive de vieilles envies d'indépendance. Ces îles d'Europe du Nord, contrôlées par le Danemark, ont mené leur premier référendum d'indépendance il y a plus de soixante-dix ans, le 14 septembre 1946. Une courte majorité de la population vote alors pour l'indépendance des îles, mais le Danemark annule les résultats du scrutin. L'archipel obtient toutefois son autonomie dès 1948. Plusieurs secteurs, tels que la politique étrangère et de défense, restent cependant sous contrôle danois.

Une nouvelle donne politique pourrait voir le jour en 2018. Un référendum sur une nouvelle Constitution devrait avoir lieu au printemps, ouvrant possiblement une nouvelle brèche vers l'indépendance des îles Féroé. Si ce projet de Constitution est approuvé, il donnera en effet aux habitants le droit à l'autodétermination – à travers un référendum. Dans un tel contexte, le scrutin catalan interpelle forcément. "Ici, les gens peuvent s'identifier à cet exemple", explique Katrin Kallsberg, députée des îles Féroé et membre du parti indépendantiste de centre gauche, Tjodveldi. 

Pour nous, c'est une inspiration pour continuer notre travail.

Katrin Kallsberg, députée indépendantiste au Parlement des îles Féroé

à franceinfo

Pour Magni Arge, également élu indépendantiste du Tjodveldi au Parlement, la situation en Catalogne "montre à quel point il est important de respecter le droit à l'autodétermination". Le député était l'un des observateurs invités par les autorités catalanes pour suivre le scrutin du 1er octobre. Il raconte une "oppression du processus démocratique" en Catalogne, et une "négligence très importante" à l'égard de l'autodétermination des Catalans. Avec ces événements, Magni Arge est convaincu que la question du droit à l'autodétermination sera davantage au centre des discussions dans les îles Féroé. "Les gens sont désormais plus attentifs à l'importance d'avoir notre nouvelle Constitution, poursuit Katrin Kallsberg. Pour que nous ayons, justement, le pouvoir de choisir notre autodétermination." 

En Italie, l'espoir du prochain référendum

Moins d'un mois après la Catalogne, deux autres régions d'Europe s'apprêtent à s'exprimer sur leur autonomie. Le 22 octobre, la Lombardie et la Vénétie, deux régions du nord de l'Italie, demanderont à leurs habitants s'ils souhaitent davantage d'autonomie régionale dans plusieurs domaines. Ce vote, purement consultatif, portera en particulier sur la question fiscale. 

Les gouverneurs de ces régions, Roberto Maroni (Lombardi) et Luca Zaia (Vénétie), sont à l'origine de l'organisation de ce scrutin. Ce sont deux figures de la Ligue du Nord, un parti régionaliste qui s'est déjà exprimé pour l'indépendance du nord de l'Italie, rappelle Le Point. Le référendum catalan les encourage-t-il dans leur démarche ? Giancarlo Giorgetti, président du groupe de la Ligue du Nord à la Chambre des députés, salue un "phénomène historique" qu'il faut "respecter". Il note cependant que, contrairement à la Catalogne, le référendum italien du 22 octobre est "pleinement constitutionnel"

Nous n'avons pas le problème catalan : l'Etat italien a permis ce référendum.

Giancarlo Giorgetti, président du groupe parlementaire de la Ligue du Nord

à franceinfo

Après la Lombardie et la Vénétie, l'homme politique ne cache pas son espoir de voir d'autres régions italiennes "demander à leur tour un référendum d'autonomie". "C'est un processus historique, qui nécessitera peut-être des années. Mais je pense que c'est une réalité en termes d'identité en Italie", affirme l'élu. D'autres régions, portées par l'exemple catalan et ces prochains référendums, suivront-elles ? Dans les Balkans par exemple, Albanais du sud de la Serbie, Serbes ou Croates de Bosnie, autonomistes de Vojvodine, ont déjà une idée à ce sujet...