Opérations de sauvetage en Méditerranée : "Le climat est devenu beaucoup trop confus et dangereux", déplore MSF

MSF a annoncé, samedi, la suspension de ses opérations de sauvetage de migrants en Méditerranée. L'ONG évoque la menace posée par les gardes-côtes libyens et les entraves imposées par le gouvernement italien pour des motifs électoraux.

Des migrants secourus par les membres de l\'Aquarius, le 2 août 2017. Le navire est géré par les ONG SOS Mediterranee et MSF.
Des migrants secourus par les membres de l'Aquarius, le 2 août 2017. Le navire est géré par les ONG SOS Mediterranee et MSF. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)
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franceinfoRadio France

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Médecins sans Frontières a suspendu, samedi 12 août, ses opérations de sauvetage de migrants en Méditerranée mais continuera à assurer la logistique et l'assistance sanitaire sur l'Aquarius de SOS Méditerranée, qui se trouve actuellement dans les eaux internationales. Sur franceinfo, samedi, Françoise Boucher-Saulmier, la directrice juridique de MSF, a évoqué la menace posée par les garde-côtes libyens et les entraves imposées par le gouvernement italien. 

franceinfo : Jeudi 10 août, la marine libyenne a annoncé, la création d'une zone de recherche et de sauvetage au large de ses côtes. Cette zone est interdite, sauf autorisation, aux navires étrangers. C'est ce qui a poussé MSF à suspendre ses activités ? 

Il y a une accumulation d'événements depuis quelques semaines, un climat qui dégénère. Après le "code de conduite" italien, après la décision de l'Italie d'avoir une intervention militaire notamment conjointe avec la Libye, il y a cette décision de la Libye d'interdire une zone dont on n'a pas de précisions sur l'étendue. La Libye est évidemment souveraine dans ses eaux territoriales mais jusqu'où cette zone dite "de sauvetage", sous le contrôle de la Libye, est étendue ? On ne le sait pas. Il y a aussi eu une attaque par des garde-côtes, le 7 août, sur un bateau de sauvetage. Tout cela nous conduit à dire que le climat est devenu beaucoup trop confus et dangereux. Donc, on demande à la fois à l'Italie et à la Libye de clarifier les règles pour régler ce problème dramatique qui est celui des migrations et du trafic. On ne peut pas, nous, être pénalisés et mis en danger par des décisions politiques et militaires qui nous affectent de manière tragique en ce moment.

Considérez-vous que les garde-côtes libyens soient menaçants ? Les membres de MSF peuvent-ils être en danger ?

D'abord, on a déjà eu des attaques. On a un problème d'identification : les vedettes des garde-côtes libyens ne sont pas immatriculées. On voit des navires gris, peints, peut-être donnés par l'Italie, la coopération européenne, ou autre. Les hommes qui sont à bord de ces vedettes sont en civil, sont armés et tirent des coups de sommation qui sont quand même des rafales assez importantes. On a eu déjà des coups avec des balles perforantes tirées sur nos bateaux. Donc, premier point, on a un problème d'identification de quelles sont les autorités sécuritaires et militaires libyennes. Deuxième problème pour nous : celui de la zone d'action de ces garde-côtes. Les eaux territoriales, c'est-à-dire les 12 milles, cela nous semble quelque chose évidemment de très connu, c'est le droit de la mer. On va dire que jusqu'aux 24 milles, c'est la zone contigüe dans laquelle des autorités territoriales peuvent mener des opérations de sécurité publique et arraisonner des bateaux si elles ont des doutes.

Mais, aujourd'hui on se retrouve dans un flou extrêmement dangereux puisqu'on ne sait pas jusqu'où s'étend cette zone d'intervention libyenne.

Françoise Boucher-Saulmier, directrice juridique de MSF

à franceinfo

Il y a des responsables libyens qui ont parlé de 74 milles, de 94 milles... On ne sait rien du tout ! Et, surtout, on ne sait pas ce que dit le général en chef de la marine libyenne. Donc, nous, MSF nous avons demandé des rendez-vous pour avoir des précisions dans un contexte extrêmement confus, extrêmement tendu et extrêmement dangereux puisque toutes ces opérations sont aujourd'hui militarisées.