Migrants : trois questions sur les négociations entre l'UE et la Turquie

Ankara a créé la surprise en proposant de rapatrier sur son sol tous les migrants arrivant sur les côtes grecques.

Le Premier minsitre turc, Ahmet Davutoglu, et le président du Conseil européen, Donald Tusk, le 8 mars 2016 0 Bruxelles (Belgique).
Le Premier minsitre turc, Ahmet Davutoglu, et le président du Conseil européen, Donald Tusk, le 8 mars 2016 0 Bruxelles (Belgique). (MUSTAFA AKTAS / ANADOLU AGENCY / AFP)
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Pas d'accord, mais des avancées. Après des discussions laborieuses, achevées dans la nuit du lundi 7 au mardi 8 mars à Bruxelles, les pays membres de l'Union européenne et la Turquie se sont donné dix jours pour finaliser un nouvel accord avec Ankara censé "changer la donne" face à l'afflux de migrants vers l'Europe.

D'ici là, les 28 devront étudier la proposition détonante de renvoyer en Turquie tous les migrants traversant la mer Egée, y compris les Syriens. Francetv info revient sur les enjeux de ces tractations.

Qu'a proposé la Turquie ?

Ankara a joué la carte de l'audace. Afin de tarir l'afflux ininterrompu de migrants irréguliers vers les côtes grecques (entre 15 000 et 20 000 arrivées chaque semaine), la Turquie a proposé "d'accepter le retour de tous les migrants irréguliers en provenance de la Grèce, quelle que soit leur origine", a expliqué le Premier ministre, Ahmet Davutoglu. 

En échange, les Européens s'engageraient à reprendre, par des voies légales et sûres, le même nombre de réfugiés syriens directement depuis le sol turc. Quelque 70 000 places théoriques, déjà réparties entre les 28 l'an dernier, serviraient à accueillir ces réfugiés, selon une source européenne. Cet engagement de la Turquie s'ajouterait à celui d'accélérer la mise en œuvre d'un accord dit de "réadmission", qui prévoyait qu'elle reprenne à partir de juin les migrants "économiques" pour les expulser à son tour vers leurs pays d'origine.

L'objectif est de lancer un message à tous les candidats au voyage vers l'Europe : les migrants économiques seront renvoyés, et les demandeurs d'asile ont tout intérêt à déposer leur requête en Turquie pour espérer un transfert sans danger vers l'UE.

Qu'espère-t-elle obtenir en échange ?

Pour faire face au nouvel afflux de migrants qu'entraînerait l'officialisation d'un tel accord, Ankara réclame trois milliards d'euros d'aide européenne supplémentaire, en plus de trois milliards déjà promis. Une somme destinée à mieux accueillir et intégrer sur son sol les réfugiés syriens, qui sont déjà 2,7 millions actuellement.

La Turquie a également insisté sur son souhait d'accélérer les négociations pour supprimer "d'ici juin" les visas pour les Turcs circulant dans l'espace Schengen. Enfin, dans la perspective d'adhérer à l'UE, "nous voulons que cinq chapitres de négociations soient ouverts aussi vite que possible", a insisté le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu.

Quelles ont été les réactions des pays européens ?

Dans leur déclaration finale, les dirigeants européens "saluent chaleureusement" ces propositions et demandent à au président du Conseil européen, Donald Tusk, "d'affiner les détails" avec la Turquie d'ici dix jours. Celui-ci n'a d'ailleurs pas caché son enthousiasme face aux propositions turques, en déclarant que "le temps des migrations irrégulières en Europe [était] révolu" à l'issue des négociations.

"C'est un bon accord, qui va changer la donne", s'est de son côté réjoui le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, estimant qu'il allait "briser le 'business model' des passeurs", sauver des vies et "soulager une partie de la pression sur la Grèce", au bord de la crise humanitaire.

François Hollande a pour sa part salué "un acte très important [de la Turquie] de réadmettre les réfugiés et les migrants qui ont quitté de facon irrégulière la Turquie vers la Grèce".