Migrants : en Grèce, l'accord scellé entre l'UE et la Turquie se met en place dans l'urgence et la confusion

L'accord signé dimanche prévoit le retour en Turquie de toutes les personnes arrivant illégalement sur les îles grecques de la mer Egée. Pour chaque Syrien ainsi reconduit en Turquie, un Syrien réfugié en Turquie serait accueilli dans un Etat membre de l'Union.

Une embarcation transportant des migrants arrivent sur l'île de Lesbos, en Grèce, le 3 mars 2016. 
Une embarcation transportant des migrants arrivent sur l'île de Lesbos, en Grèce, le 3 mars 2016.  (GUILLAUME PINON / NURPHOTO / AFP)
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La mission de la Grèce ? Orchestrer le renvoi en Turquie des nouveaux migrants qui arrivent sur ses îles, tout en respectant le droit d'asile. L'accord scellé à Bruxelles vendredi 18 mars entre en vigueur dimanche 20 mars. Si la Grèce a commencé à s'y atteler, les autorités mettent en avant l'impossibilité de mettre l'accord en pratique immédiatement, tandis des centaines de migrants arrivent encore chaque jour. 

En pratique, les premiers renvois "commenceront à partir du 4 avril", a pour sa part affirmé la chancelière allemande Angela Merkel, inspiratrice de l'accord. Mais dimanche, difficile de savoir si les partenaires de l'accord - à commencer par la Grèce - disposaient des moyens suffisants pour le bon déroulement de ce que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a présenté comme "une tâche herculéenne".  

Une application en urgence 

L'accord UE-Turquie sur le renvoi en Turquie des nouveaux migrants arrivant sur les îles grecques en Turquie ne pourra pas être appliqué dès dimanche, a convenu samedi soir une source gouvernementale grecque. "Un tel plan ne peut pas être mis en place en seulement 24 heures", a déclaré à l'AFP Giorgos Kyritsis, le coordinateur de la politique migratoire au sein du gouvernement d'Alexis Tsipras.

"Une réunion gouvernementale sur le sujet a été tenue samedi après-midi et a permis de mettre en place un plan", a-t-il précisé, et "le Premier ministre a demandé une application immédiate de l'accord. (...) Mais dans les faits, il faut que les structures, le personnel soient prêts et cela prend un peu plus de 24h", a-t-il. 

Le gouvernement grec a ainsi déjà affrété des ferries à Lesbos et Chios pour essayer, avant l'entrée en vigueur de l'accord, de réinstaller dans des centres d'accueil en Grèce continentale les migrants et réfugiés présents sur les îles. Près de 2 500 réfugiés devaient ainsi partir de Lesbos vers Kavala (nord de la Grèce) samedi soir.

D'importants moyens qui se font attendre

Au total, huit navires de l'Agence européenne des frontières, d'une capacité de 300 à 400 places chacun, doivent en effet être mis à contribution pour les renvois, a précisé l'exécutif européen. La Grèce devra aussi offrir quelque 20 000 places d'accueil sur ses îles, contre 6 000 actuellement. Enfin, quelque 4 000 agents devront être mobilisés au total pour cette opération, dont un millier de "personnel de sécurité et militaire" et quelque 1 500 policiers grecs et européens, pour un budget estimé à 280 millions d'euros sur les six prochains mois par l'Union européenne. 

La Grèce a par ailleurs obtenu de ses partenaires européens l'engagement d'un renfort immédiat de quelque 2300 personnes, dont 400 experts de l'asile et 400 traducteurs, a indiqué le Premier ministre grec, Alexis Tsipras.

Mais sur l'île de Lesbos, la confusion régnait samedi, à quelques heures de l'entrée en vigueur officielle de l'accord : "Nous ne savons pas encore en pratique comment va s'appliquer l'accord... Nous attendons surtout le personnel promis par l'Europe", a expliqué samedi une source policière. Même écho du côté des ONG et des bénévoles, cités par l'AFP. "Nous sommes dans une attitude de 'wait and see'", a assuré Boris Cheshirkov du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) sur l'île.

Des incertitudes sur le plan juridique

Le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), qui avait mis en garde contre un "risque de possibles expulsions collectives et arbitraires", a estimé vendredi que la manière dont l'accord sera mis en oeuvre serait "cruciale". Or, de nombreux doutes subsistent : "Pensez-vous vraiment qu'un réfugié syrien qui a risqué sa vie pour se rendre en Grèce va accepter de remonter dans un bateau pour regagner la Turquie ? Et s'il ne veut pas, qu'est-ce qu'on fait ? On le force", a témoigné un spécialiste du dossier cité samedi par Le Parisien. 

La Commission européenne a assuré de son côté que le mécanisme respectait le droit international. Des procédures individuelles seront garanties à chaque demandeur d'asile qui arrivera sur les côtes grecques à partir de dimanche, avec un examen individualisé de sa requête et le droit de faire appel de la décision de renvoi, a-t-elle promis. 

Enfin, pour chaque Syrien renvoyé, les Européens se sont engagés à "réinstaller" dans l'UE un autre Syrien depuis la Turquie, à hauteur de 72 000 places. Or, l'afflux de migrant ne tarit pas en Grèce : les autorités en recensaient samedi 47 500 sur le territoire, dont 10 500 massés à Idomeni, à la frontière avec la Macédoine.