Migrants : des pêcheurs tunisiens promettent de bloquer l'arrivée d'un navire affrété par des militants d'extrême droite

Le navire loué par Génération identitaire a pour objectif de parcourir la Méditerranée pour tenter de repousser des embarcations de migrants qui veulent atteindre l'Europe.

Des pêcheurs tunisiens accrochent une banderole antiraciste dans le port de Zarzis, dans le sud-est de la Tunisie, le 6 août 2017.
Des pêcheurs tunisiens accrochent une banderole antiraciste dans le port de Zarzis, dans le sud-est de la Tunisie, le 6 août 2017. (FATHI NASRI / AFP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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Le C-Star est un navire de 40 mètres. Il a été loué par le groupe d'extrême droite Génération identitaire et navigue en Méditerranée dans le but de repousser vers l'Afrique des embarcations de migrants. Mais des pêcheurs tunisiens ont promis, dimanche 6 août, de bloquer l'éventuel accostage de ce bateau.

"Laisser entrer des racistes ici ? Jamais !"

En cas d'approche du navire vers le port de Zarzis (sud-est de la Tunisie), "nous allons fermer le canal qui sert au ravitaillement. C'est la moindre des choses vu ce qui se passe en Méditerranée, la mort de musulmans et d'Africains" en mer, a indiqué le président de l'Association des marins pêcheurs, Chamseddine Bourassine. "Comment ? Nous, laisser entrer des racistes ici ? Jamais !" a de son côté un responsable du port de Zarzis sous couvert de l'anonymat.

Vendredi, l'ONG Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) a affirmé qu'elle s'opposerait à ce que le C-Star "accoste dans les ports tunisiens" et a appelé "le gouvernement à ne pas coopérer avec son équipage raciste et dangereux".

Fouille et interpellation

Le C-Star et sa mission "Défendons l'Europe" ont été financés grâce à une campagne participative lancée par des militants anti-immigration français, allemands autrichiens et italiens.

Le \"C-Star\" au large des côtes libyennes, avec une banderole \"Arrêtez le trafic d\'êtres humains\".
Le "C-Star" au large des côtes libyennes, avec une banderole "Arrêtez le trafic d'êtres humains". (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Mais le périple du navire a été contrarié. Le bateau a d'abord été retenu pendant une semaine dans le canal de Suez par les autorités égyptiennes, qui y recherchaient des armes. Il a ensuite accosté dans le port chypriote turc de Famagouste, où le commandant et son second ont été interpellés, soupçonnés de faux et d'usage de faux, selon le quotidien chypriote Kibris Postasi, avant d'être relâchés. Plusieurs membres de l'équipage, non européens, avaient alors déposé une demande d'asile en Europe, d'après Kibris Postasi – exactement ce que la mission "Défendons l'Europe" tente pourtant d'éviter.

Le navire avait finalement quitté Chypre le 1er août et mis directement le cap sur la Libye, abandonnant l'idée d'effectuer toute escale en Grèce et en Sicile, où les autorités se montraient inquiètes d'éventuelles manifestations.

100 000 personnes secourues au large de la Libye

Le groupe de militants d'extrême droite accuse les ONG de "faire passer clandestinement des centaines de milliers de migrants illégaux en Europe" et promet de "faire quelque chose pour s'y opposer". Leur initiative a été dénoncée par les organisations humanitaires comme un coup de publicité potentiellement dangereux. Samedi, le bateau a suivi parfois à seulement quelques centaines de mètres le navire Aquarius, affrété par les ONG françaises SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), au large des côtes libyennes.

L'un des militants identitaires français, Clément Galant, a expliqué que le bateau reconduirait vers les côtes africaines toutes les embarcations de migrants qu'il rencontrerait. Mais forcer un bateau croisant dans les eaux internationales à gagner la Libye serait illégal, selon le droit maritime international.

Les navires affrétés par les ONG ont aidé environ un tiers des quelque 100 000 personnes secourues cette année au large de la Libye et convoyées vers l'Italie, selon les garde-côtes du pays.