Il filme le corps sans vie d'une petite migrante à Lesbos : "C'est la preuve qu'il y a vraiment un problème ici"

L'ONG Lighthouse a découvert le corps d'une fillette de deux ans sur une plage de l'île grecque, dimanche. Un de ses bénévoles a immortalisé la prière du médecin de l'association. Il raconte à francetv info.

Deux enfants syriens jouent sur une plage de l'île grecque de Lesbos, le 16 novembre 2015, après leur arrivée sur le sol européen.
Deux enfants syriens jouent sur une plage de l'île grecque de Lesbos, le 16 novembre 2015, après leur arrivée sur le sol européen. (KONSTANTINOS TSAKALIDIS / SOOC / AFP)

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L'image rappelle celle du petit Aylan. L'ONG suédoise Lighthouse, qui vient en aide aux réfugiés sur l'île de Lesbos (Grèce), a découvert le corps d'une petite fille, dimanche 24 janvier, sur une plage du nord de l'île. "C'est la première fois que l'on voit un corps rejeté par la mer, c'était terrible", explique David Esteban Zorraquino, volontaire pour l'ONG, à francetv info. C'est lui qui a immortalisé la prière de Mustafa Ali, le docteur de l'association, de garde à ce moment-là. Sa vidéo a été visionnée plus de 349 000 fois en deux jours à peine.

Kagia beach, 24 January 2016

Bodies of baby girls should not wash up on beaches. But this morning it happened again on Lesvos. The small body was found by Lighthouse nurse and local resident Marit while walking her dogs on Kagia beach next to Skala Sikamineas.Our doctor on-call, Mustafa, and a small team of Lighthouse volunteers were called to the scene to keep it private and dignified while waiting for the police to arrive.Living on Kagia beach with only a few neighbours, Marit and her family have been helping refugees arrive there, day and night, for many years.”This is the first time I have found a body on the beach. Before I have found bodies that I thought were dead but were in fact alive and could be saved. This is something that can happen anytime to our friends and neighbours. It is a part of life here. Sometimes the fishermen even pull up bodies in their nets. Still, it is impossible to prepare for what I saw today. In one way, as a nurse, I am relieved I was the one who found her, so that another volunteer didn’t have to.”Locals on Lesvos shouldn’t have to worry while walking their dogs. Fishermen shouldn’t have to worry while taking up their nets. Families fleeing from war should not have to lose their babies on the Aegean Sea. Bodies of baby girls should not wash up on beaches.____Images by Lighthouse volunteer David Zorrakino

Posté par Lighthouse - Refugee Relief on Lesvos sur dimanche 24 janvier 2016

Dimanche 24 janvier, Marit Løkken Fotiou, infirmière pour Lighthouse et habitante de Lesbos depuis 17 ans, promène ses chiens sur la plage lorsqu'elle trouve, en début d'après-midi, sur les galets, le corps décomposé d'une enfant de deux ans environ. "J'ai déjà trouvé des corps que je pensais morts mais ces personnes ont finalement pu être secourues. C'est quelque chose qui peut nous arriver à tout moment. Ça fait partie de nos vies. Parfois, les pêcheurs relèvent même des corps dans leurs filets, explique-t-elle, sur la page Facebook de l'ONG (en anglais). Mais il est impossible de se préparer à ce que j'ai vu aujourd'hui."

"Le monde a besoin qu'on lui rappelle ce qu'il se passe"

L'infirmière appelle alors Mustafa Ali. "Je suis arrivé plus tard, raconte David Esteban Zorraquino. Nous étions seuls sur la plage, heureusement. Nous avons pu offrir de la dignité à ce petit enfant. Mustafa a chanté une prière en silence." Les autorités sont arrivées une heure et demie plus tard, pour gérer la situation. "C'était horrible. On travaille tous les jours avec des enfants dans le camp. Voir ce corps sur la côte est la preuve qu'il y a vraiment un problème ici", s'indigne le photographe.

Sur sa page Facebook, l'ONG rappelle aussi l'urgence de la situation. "Les habitants ne devraient pas avoir à s'inquiéter en promenant leurs chiens, ni les pêcheurs en relevant leurs filets. Les familles fuyant la guerre ne devraient pas perdre leurs bébés dans la mer Egée. Les corps de petites filles ne devraient pas être rejetés par la mer."

Pour sensibiliser les internautes, la directrice de la communication de l'ONG, Anna Tascha Larsson, a décidé de diffuser les images filmées par David Esteban Zorraquino. "Quand nous avons vu la vidéo filmée par l'un des volontaires, la pièce est devenue silencieuse. Nous savons qu'elle peut être choquante mais le monde a besoin qu'on lui rappelle ce qu'il se passe", justifie-t-elle.