Demandes d'asile : "Oui à la réduction des délais, mais pas au détriment de la qualité de l'examen"

Le responsable du programme Protection des populations pour Amnesty International, Jean-François Dubost, regrette que "la préfecture s'enferme" dans "un déni de réalité" face aux cas de violences policières contre des migrants à Calais.

Des migrants à Calais, le 3 juillet 2017.
Des migrants à Calais, le 3 juillet 2017. (DENIS CHARLET / AFP)
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Emmanuel Macron s'est rendu jeudi 27 juillet dans un centre d'hébergement provisoire pour les réfugiés afin d'y rencontrer des familles accueillies et de participer à une cérémonie de naturalisation. Des annonces ont été faites par le gouvernement, concernant le délai de traitement des demandes d'asile.

Jean-François Dubost, responsable du programme Protection des populations pour Amnesty International, s'est dit jeudi sur franceinfo favorable à la réduction des délais, "mais pas au détriment de la qualité de l'examen". "L'idée de se déplacer au plus près des zones de guerre est une demande qu'Amnesty international formule depuis très longtemps", a-t-il ajouté.

franceinfo : L'objectif annoncé par Édouard Philippe de six mois pour avoir une réponse adaptée à une demande d'asile est-il réaliste ?

Jean-François Dubost : Tout dépend des moyens mis en œuvre. De l'aveu même de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le délai de traitement est incompressible aujourd'hui, sauf à nuire à la qualité de la demande d'asile. Il faut le temps d'entendre les personnes, de finaliser l'instruction des dossiers. Il faut envisager la réduction des délais en amont et éventuellement en aval de la demande d'asile. L'attente en amont fait que beaucoup de personnes se retrouvent dans la rue, notamment à Paris. L'entrée dans le processus d'asile, en préfecture, ne se fait pas faute de moyens suffisants et d'organisation correcte. Donc oui à la réduction des délais, mais pas au détriment de la qualité de l'examen, qui est plutôt bon en France, et en se portant plutôt sur les zones noires de l'asile, l'entrée en procédure.

Emmanuel Macron annonce aujourd'hui que la France aimerait créer des hot-spots dès cet été en Libye, sans l'aide de l'Europe. C'est possible ?

Il s'agit d'une dépêche de l'Agence France Presse qui cite ces propos-là. Il ne les a pas prononcé lors de son discours. Il a été beaucoup plus précautionneux en évoquant des missions de l'Office français de protection des réfugiés dans les pays africains les plus sûrs et les proches des pays d'origine. On est plus sur la Libye, et avec cette condition de sûreté. Beaucoup de responsables européens aimeraient voir ces hot-spots en Libye mis en œuvre, la France aussi. Le problème est que la Libye n'a ratifié aucun texte qui lui permet ou l'oblige à protéger les réfugiés. Certains officiels libyens sont de mèche avec les passeurs ou les réseaux de criminels, et la pratique de la torture est répandue à l'encontre des réfugiés et des migrants. On ne voit pas comment la France pourrait mettre en place, avec un effet de protection, des centres d'examen des demandes d'asile dans un territoire instable. Après l'idée de se déplacer au plus près des zones de guerre est une demande qu'Amnesty International formule depuis très longtemps, que la France réalise vis-à-vis du conflit syrien.

Human Rights Watch évoque l'utilisation de gaz poivré sur les migrants à Calais, la préfecture dément. Prenez-vous position dans cette affaire ?

Nous avons eu des témoignages de telles violences policières. Human Rights Watch avait déjà fait état de telles violences dans le passé. Le Défenseur des droits, notamment, avait souligné ce type de violences. C'est un fait qui semble être totalement établi et il est surprenant que la préfecture s'enferme dans ce déni de réalité, qui devient assez consternant. La réponse de la préfecture est qu'il n'y a pas eu de plainte déposée. On sait que dans les conditions dans lesquelles vivent les migrants à Calais, déposer une plainte est assez illusoire. On aurait pu penser trouver dans les propos du président de la République une certaine réponse à cette question des violences.