Comment des groupes d'extrême droite tentent de bloquer les opérations de sauvetage de migrants en Méditerranée

Une campagne de crowdfunding a été lancée début mai et a permis à des groupes d'identitaires de recueillir plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Une équipe de la Croix-Rouge vérifie la santé des migrants arrivés dans le port de Catane (Sicile), le 6 mai 2017.
Une équipe de la Croix-Rouge vérifie la santé des migrants arrivés dans le port de Catane (Sicile), le 6 mai 2017. (DARRIN ZAMMIT LUPI / REUTERS)
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Julie RasplusFrance Télévisions

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Ils veulent arrêter "l'invasion et les morts en mer" et souhaitent s'en donner les moyens. Depuis quelques semaines, des membres de groupes européens identitaires d'extrême droite ont lancé un appel aux dons pour financer une opération entravant les missions de sauvetage des migrants en mer Méditerranée. En l'espace d'un mois, ces militants ont déjà réussi à récolter plus de 64 000 euros sur internet, sur les 50 000 qu'ils réclamaient au départ, comme ils l'ont annoncé sur Twitter, vendredi 2 juin. Retour sur une campagne de crowdfunding qui choque. 

Quel est l'objectif de la campagne ? 

L'idée de cette campagne baptisée "Defend Europe" émane du groupuscule Génération identitaire, lequel a présenté son initiative dans une vidéo publiée début mai, sur YouTube. Quatre militants (un Allemand, un Britannique, un Italien et un Français représentant chacun une antenne nationale du mouvement xénophobe) y expliquent l'esprit de la campagne : "Sauver l'Europe de l'immigration clandestine" qui "change le visage de notre continent" en stoppant les associations "complices de l'immigration illégale".

Sur son site, ce collectif extrémiste dit ainsi vouloir lever des fonds pour "affréter un grand bateau et naviguer sur la mer Méditerranée pour contrecarrer les bateaux de ces contrebandiers humains". Il s'agira "si besoin de tenir tête en mer aux bateaux des ONG tels que L'Aquarius", notent les activistes, qui dénoncent les aides internationales reçues par les associations venant au secours des migrants. Eux appellent à l'aide des internautes afin de "participer à la sauvegarde de notre civilisation". Chacun peut ensuite faire un don via une plateforme anonyme.

Les identitaires ont-ils déjà mené une action ? 

Oui. Peu avant le lancement de la campagne qui doit déboucher sur une mission durant l'été, une opération de blocage a été menée, le 12 mai, dans le port de Catane, en Sicile. Une poignée de militants identitaires, venus de différents pays d'Europe, ont tenté d'empêcher le départ de L'Aquarius, le navire de sauvetage des migrants affrété par les associations SOS Méditerranée et Médecins sans frontières. En vain. Les gardes-côtes italiens ont bloqué leur action, raconte Libération.

Quelles sont les réactions ?

Cette campagne de crowdfunding en a choqué plus d'un sur les réseaux sociaux et dans le milieu associatif. Dans le Guardian (en anglais), Simon Murdoch, membre de l'association londonienne Hope Not Hate qui surveille le mouvement identitaire, a condamné l'action des quatre militants et cette initiative en ligne. "Ces actions sont épouvantables. Malheureusement, elles ne nous choquent plus. Le fait que ces activistes d'extrême droite cherchent à empêcher des missions humanitaires ou d'aider les personnes parmi les plus vulnérables du monde, dont des femmes et des enfants qui risquent de se noyer, en dit long sur eux et sur leur niveau de compassion", réagit-il.

Interrogés par Libération, les associations SOS Méditerranée et Médecins sans frontières préfèrent, elles, le mépris. "Les deux disent ne pas vouloir accorder d'importance aux projets des identitaires", écrit le quotidien. MSF rappelle d'ailleurs que l'action du 12 mai n'a pas empêché L'Aquarius de partir en mer pour sauver des migrants.

Est-il possible d'empêcher les identitaires d'agir ? 

En France, la mobilisation s'organise pour appeler le service de payement en ligne Paypal, figurant parmi les options possibles pour donner à Defend Europe, à prendre position. Sur Facebook, le Bureau d'accueil et d'accompagnement des migrants (BAAM) a ainsi publié un message type à envoyer au service pour faire pression. 

Contacté par un journaliste de Buzzfeed, Paypal précise ainsi que sa politique "est d’interdire que nos services soient utilisés pour accepter des paiements ou des dons pour des organisations dont les activités prônent la haine, la violence ou l’intolérance raciale" mais qu'il s'"interdit en revanche de faire un quelconque commentaire sur un compte PayPal spécifique".

Mais pour l'instant, aucune action judiciaire n'a été prise pour empêcher les identitaires d'agir. Pourtant, entraver les opérations de sauvetage pourrait s'apparenter à "une mise en danger de la vie d'autrui, un obstacle à l’obligation internationale de sauvegarde de la vie humaine en mer et une entrave à la liberté de navigation", rappelle le professeur de droit Patrick Chaumette dans Libération