Cédric Herrou condamné avec sursis pour avoir aidé des migrants : "Je ne céderai pas à la menace, c'est mon devoir de continuer"

L'agriculteur militant Cédric Herrou, condamné à quatre mois de prison avec sursis pour avoir aidé des migrants, a déploré mardi la décision de la cour d'appel d'Aix-en-Provence. "Je vais continuer. C'est ma liberté dans un pays démocratique", a-t-il réagi.

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franceinfoRadio France

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L'agriculteur militant Cédric Herrou a été condamné à quatre mois de prison avec sursis, mardi 8 août, pour aide à l'immigration clandestine"J'ai l'impression que la justice est instrumentalisée par la politique", a-t-il  réagi sur franceinfo. Il explique qu'il va continuer malgré la menace de la prison parce que c'est sa "liberté" et son "devoir d'agir".  

franceinfo : Êtes-vous déçu par le verdict ?

Cédric Herrou : Plus choqué que déçu. On voit un peu les dérives. J'ai l'impression que la justice est instrumentalisée par la politique. Au départ de mes actions, j'avais vraiment confiance en la justice en me disant qu'elle allait être à l'écoute et comprendre. J'ai répondu à toutes les questions avec beaucoup d'honnêteté. Je pensais vraiment qu'elle allait aider ces gamins qui étaient là en perdition dans la vallée de la Roya et en France, qui ne sont pas pris en charge par l'Etat français comme ils devraient l'être. Ce n'est pas le cas du tout, en fait. On est en train de me menacer, une espèce de corruption par la menace, en me disant : "Herrou, si tu continues, on te met en prison". En disant aussi à tous les gens, tous les militants, tous les aidants : "Si vous aidez, vous finirez en prison comme Herrou". C'est assez scandaleux. Les gamins qui viennent d'Afrique ont des droits. Il y a une gestion complètement catastrophique de la part du gouvernement et de l'Europe des flux migratoires. Il faudrait vraiment que le ministre de l'Intérieur se réveille un peu parce que c'est un peu son devoir et ce n'est pas que le pouvoir. Le pouvoir mène à des devoirs. Il devrait prendre ce travail à bras le corps.

Pas de prison, c'est une condamnation avec sursis, sauf si vous récidivez. Allez-vous continuer à héberger des migrants ?

Ce n'est pas continuer. En ce moment même, j'ai 40 personnes à la maison. C'est interdit de jeter des mineurs isolés à la rue comme ça. C'est un devoir de protéger des mineurs isolés. C'est de l'assistance à personne en danger. On ne me condamne pas pour faire ce que je fais. Ils savent très bien la problématique à la frontière franco-italienne : il y a des gens qui passent, c'est une réalité. En fait, on me demande de me cacher pour continuer ça et surtout que j'arrête de communiquer. Non. J'héberge, je vais continuer. Quand je verrais des gamins au bord de la route, en danger, même s'ils sont morts, je m'arrêterai et je les mettrai dans ma bagnole.

Vous n'avez donc pas peur de la prison ?

C'est ma liberté dans un pays démocratique, dans un pays qui représente les droits de l'Homme, c'est mon devoir de continuer et ce n'est pas par la menace que je vais m'arrêter. Ma liberté ne s'arrêtera pas aux barreaux de leur prison. La liberté c'est bien plus vaste et plus grand que tout ça. C'est notre devoir d'agir quand il y a des carences de l'Etat. Et donc je le fais, j'agis et puis si je dois aller en prison, tant pis. Je finirai en prison libre et pas corrompu. Je ne céderai pas à la menace.

Cédric Herrou condamné avec sursis pour avoir aidé des migrants : "Je ne céderai pas à la menace, c'est mon devoir de continuer"

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L\'agriculteur militant Cedric Herrou devant la cour d\'apel d\'Aix-en Provence, mardi 8 août 2017. 
L'agriculteur militant Cedric Herrou devant la cour d'apel d'Aix-en Provence, mardi 8 août 2017.  (BORIS HORVAT / AFP)