L’Europe accuse Gazprom d’abus de position dominante

Le géant russe de l'énergie Gazprom s'est vu adressé mercredi, par la Commission européenne, une accusation d’abus de position dominante, de surfacturations et d'entrave à la concurrence. "Infondé", répond le groupe gazier, "inadmissible" renchérit le gouvernement russe.

(L'Union européenne accuse le groupe russe Gazprom d'"abus de position dominante". © Reuters / Gleb Garanich)
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La Commission européenne a adressé officiellement au géant de l’énergie russe, le groupe Gazprom, une accusation d’abus de position dominante, de surfacturations et d'entrave à la concurrence, ce mercredi. La commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager a expliqué le même jour, lors d’une conférence de presse, que la position de monopole de la compagnie, fournisseur principal de gaz européen, lui a permis "de facturer des prix plus élevés dans certains pays sans craindre que (...) le gaz afflue en provenance de sources où les prix sont plus bas ". Cinq pays européens payent ainsi des "prix inéquitables ", affirme la commissaire, de 40% supérieurs à ceux pratiqués ailleurs. Il s’agit de la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne.

Gazprom risque 9 milliards d'euros d'amende

De plus, Gazprom aurait forcé plusieurs de ses clients européens à cloisonner leur marché, leur interdisant par exemple de revendre du gaz à d'autres pays, bloquant ainsi la concurrence transfrontière. Huit États membres de l’UE seraient concernés par ces pratiques : Bulgarie, République tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne et Slovaquie.

(La commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager ne voit pas l'accusation contre Gazprom comme "une affaire politique". © MaxPPP)

 

La communication des griefs de ce mercredi fait suite à une enquête de la Commission ouverte en septembre 2012. Gazprom risque une amende allant jusqu'à 10% de son chiffre d'affaires, soit plus de 9 milliards d'euros. L’entreprise dispose de 12 semaines pour répondre à la Commission, et peut demander à être entendue par l’UE.

 

L’entreprise publique russe a indiqué son objection aux "accusations infondées " dont elle est l’objet, affirmant qu’elle "adhère strictement à toutes les normes des lois internationales et des législations nationales des pays où elle fait des affaires ". Gazprom a dit espérer que l'Europe prenne en compte ses "droits et intérêts légitimes" .

"Pas une affaire politique"

Ces accusations européennes arrivent alors que les relations entre l’Union européenne et la Russie sont tendues, notamment du fait du conflit ukrainien. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a dénoncé des pratiques "inadmissibles " de l'UE. "L'ère de la politique soutenue par le Kremlin et du chantage économique touche à sa fin ", a pour sa part salué Dalia Grybauskaité, la présidente lituanienne. De son côté, la Commission se défend de vouloir faire de ce cas une "affaire politique ".

"Qu'ils le veuillent ou non, l'Union européenne et Gazprom sont condamnés à s'entendre" , analyse Valéri Nesterov, de la banque d'affaires russe Sberbank, dans un contexte où les importations de l’Europe vont encore augmenter. Celle-ci achète déjà 300 milliards de mètres cube de gaz russe chaque année, dont 125 milliards à Gazprom. La moitié de ces approvisionnements transite par l’Ukraine.

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