Une centaine de dessins du maître italien du clair-obscur, Michelangelo Merisi, dit Le Caravage, évalués à 700 millions d'euros. C'est la découverte annoncée jeudi 5 juillet par deux chercheurs italiens. Mais une semaine après, les doutes pèsent de plus en plus sur l'authenticité de ces œuvres. Retour sur une trouvaille présentée comme un petit miracle dans l'histoire de l'art… si elle était avérée. 

• Que disent les chercheurs à l'origine de la découverte ? 

Maurizio Bernardelli Curuz et Adriana Conconi Fedrigolli auraient retrouvé des dessins et des peintures du Caravage à Milan (Italie), dans le Fonds Simone Peterzano, une collection du château Sforzesco. Ce Fonds est bien connu des spécialistes du Caravage et porte le nom du peintre auprès duquel ce dernier est resté apprenti entre 1584 et 1588. 

Les deux experts racontent que leur découverte serait le fruit de deux ans d'études dans cette collection, et disent avoir mis au point une méthode pour trouver le "standard géométrique" du Caravage. Ils l'ont ensuite appliquée au millier de dessins du Fonds Peterzano, ce qu'ils expliquent dans une vidéo publiée sur YouTube et le site Giovane Caravaggio

"Nous avons pensé qu'il était impossible qu'il n'y ait aucun témoignage de l'activité du Caravage entre 1584 et 1588 dans l'atelier d'un peintre qui était à l'époque célèbre et recherché", raconte ainsi Maurizio Bernardelli Curuz, cité par Le Monde.fr (article abonnés). 

• Le corps scientifique très sceptique

Mais dans un article du Figaro publié jeudi 12 juillet, de nombreux spécialistes émettent des doutes. A commencer par Michel Hilaire, responsable du musée Fabre, à Montpellier. Selon lui, "Caravage savait dessiner, mais rien ne prouve que ces feuilles connues, conservées au sein du fonds de son maître milanais Simone Peterzano, soient de sa main".

En Italie, d'autres sont plus virulents, à l'image de Claudio Strinati, organisateur d'une exposition organisée à l'occasion des 400 ans de la mort du Caravage. "Avant, nous ne connaissions aucun dessin, et maintenant nous en aurions une centaine ? Il est clair que nous sommes sur un champ de mines", estime-t-il, soulignant l'absence de preuves. Peterzano a eu de nombreux élèves ; les dessins attribués au Caravage seraient donc "dus à plusieurs mains" selon lui. 

• Milan appelle à la prudence

La municipalité, propriétaire du château et du Fonds Peterzano, a été l'une des premières à émettre des doutes et à appeler à la prudence. "Nous serions très heureux d'avoir la confirmation que c'est vrai. Les modalités sont cependant étranges", avait ainsi déclaré Elena Conenna, porte-parole pour la Culture de la mairie de Milan. Les deux experts ne seraient "pas venus au cours des deux dernières années visiter le Fonds", mais ils se défendent et assurent dans le Corriere della sera avoir "visité le fonds à plusieurs reprises"… "en dehors des horaires de bureau"

• Un coup de pub ? 

Autre élément étrange : l'annonce des chercheurs a été faite quelques jours seulement avant la sortie de leurs deux e-books de 600 pages au sujet du Caravage sur le site Amazon. Les chercheurs sont donc accusés d'avoir voulu faire un coup marketing. Vrai ? Depuis mardi, les livres ne sont en tout cas plus à vendre sur la plate-forme, note 20minutes.fr

• Un site web peu sérieux

Dans une tribune virulente traduite lundi par Courrier International, un journaliste italien s'interroge donc sur l'empressement des médias. D'après lui, cette découverte n'est qu'un mensonge et aurait dû faire l'objet de vérifications. Il donne l'exemple du site internet et de la vidéo postée par les experts. "Aucune rédaction ne saurait prendre au sérieux un site du calibre de giovanecaravaggio.it  comme source d’information politique ou économique, a fortiori scientifique", estime le journaliste, qui moque une musique de fond "digne d’un thriller de série Z" et "une voix d’animateur de supermarché"