Jeune, tu es au chômage ? Retourne vivre chez tes parents. C'est en substance la conséquence d'une réforme annoncée par The Telegraph, jeudi 5 avril. Selon le quotidien britannique, les chômeurs de moins de 25 ans pourraient perdre leur aide au logement et donc être contraints d’aller vivre chez des proches. 

Derrière la mesure, une idée affleure : le gouvernement ne veut pas payer des jeunes à se tourner les pouces dans une chambre que les deniers publics contribuent à payer.

En ces temps de restrictions budgétaires, les gouvernements européens ne s'autorisent pas l'arme de la relance pour lutter contre le chômage. Leur stratégie consiste généralement plus à menacer de couper les aides. "Ils ont accepté l'idée que des gens travaillent de manière extrêmement précaire", selon Gérard Cornilleau, directeur adjoint au département des études à l’Observatoire français des conjonctures économiques. 

• Royaume-Uni : du travail gratuit  

Depuis son arrivée au 10 Downing Street, le Premier ministre, David Cameron, veut "mettre la Grande-Bretagne au travail" ("Get Britain working"). Le chômage touche 8,4% de la population active et la situation est particulièrement tendue pour les 16-24 ans, dont le taux de chômage a atteint un sommet historique, à 22,5%.

Mais le gouvernement, qui a multiplié les mesures (lien en anglais), marche sur des œufs. Son programme d’insertion des jeunes chômeurs a fait l'objet d'une controverse. Ils étaient incités à travailler bénévolement pour acquérir une expérience. Mais en cas d'abandon, leur allocation de 53,45 livres (65 euros) par semaine était suspendue. Ce qui a fait dire aux militants de la campagne Right to Work ("droit au travail") qu’il s’agissait de "travail forcé" et de "main d’œuvre gratuite" offerte par le gouvernement aux grandes entreprises. Ce dernier a fini par lever la menace de sanctions (lien en anglais) en cas d’abandon.

Mais le suivi des demandeurs d'emploi reste strict. Un chômeur peut perdre temporairement ses indemnités s'il ne se rend pas à une convocation, s'il a rejeté une offre d'emploi ou de formation "sans raison valable", ou s'il ne peut pas prouver qu'il a contacté assez d'employeurs.

• France : Sarkozy favorable à la formation obligatoire

En France, depuis la loi du 1er août 2008, un demandeur d’emploi ne peut théoriquement pas rejeter une offre d’emploi dite "raisonnable" plus de deux fois, sous peine d’être radié des listes de Pôle emploi pendant deux mois.

Néanmoins, ces radiations n’ont pas augmenté depuis l’application de la loi. Quelque 40 000 personnes ont été radiées en décembre, contre 50 000 en décembre 2007, rappelle Le Figaro. "C’est la menace qui compte, souligne l'économiste Gérard Cornilleau. Si la mesure est efficace, il n’y a pas beaucoup de personnes radiées."

Le président candidat Nicolas Sarkozy veut aller plus loin. Il a évoqué dans une interview au Figaro magazine sa volonté de faire en sorte que l’indemnisation ne soit pas "une allocation que l'on touche passivement". Il propose qu’un chômeur soit tenu, au bout de "quelques mois", de choisir une formation à l’issue de laquelle il devra accepter "la première offre d'emploi correspondant au métier pour lequel [il] aura été nouvellement formé"Et il l'a répété lors de la présentation de son projet jeudi 5 avril : il est prêt à consulter les Français par référendum sur le sujet.

• Allemagne : des "mini-jobs"

Le "modèle allemand", loué par Nicolas Sarkozy, "active" aussi son marché du travail. Depuis la réforme "Hartz IV", mise en œuvre en 2005, les chômeurs de longue durée touchent une allocation calculée sur la base de leurs besoins estimés. Le forfait est de 374 euros, auxquels s'ajoutent des allocations pour les enfants, le loyer et les factures courantes.

Cette allocation peut être réduite pour ceux qui refuseraient sans raison valable un emploi proposé, même s'il est dans une autre région ou à l'étranger, et s'il n'a rien à voir avec la qualification de la personne.

Les chômeurs allemands sont donc contraints d’accepter des "mini-jobs", payés entre 400 et 800 euros par mois.

Une tendance que l'on retrouve donc à travers différents pays européens. "L’activation du marché du travail est une affaire ancienne, qui revient régulièrement. Quand on est désemparé face à un taux de chômage, on est tenté d’en attribuer la responsabilité aux chômeurs",  poursuit Gérard Cornilleau. Un vrai levier contre le chômage ? Pas pour l'économiste. "La question de la motivation des chômeurs ne vaut que s’il y a un grand nombre d’offres d’emploi qui ne trouvent pas preneur. Ce n’est pas le cas aujourd’hui."