Le président de la banque Barclays, Marcus Agius, a annoncé sa démission lundi 2 juillet. Il tente ainsi d'apaiser le scandale sur des manipulations du taux interbancaire Libor par la banque britannique. Celle-ci va par ailleurs lancer un audit indépendant sur ses pratiques, qui doit conduire à la publication d'un nouveau code de conduite pour ses salariés. Retour sur cette affaire qui écorne sérieusement l'image et la crédibilité de la City.

• Le Libor, qu'est-ce que c'est ?

Concrètement, ce taux définit le prix auquel les banques se prêtent de l'argent, mais aussi indirectement ceux des crédits aux ménages et aux entreprises. C'est le taux interbancaire le plus important du monde. Il est établi quotidiennement par seize banques et sert de référence à plus de 350 000 milliards de dollars de produits financiers. Le même type de taux existe sur d’autres marchés, comme celui de la zone euro (Euribor).

• De quelle nature est la fraude ?

Ce taux aurait été régulièrement modifié pour servir les intérêts de quelques traders. Certains employés de Barclays et d'autres banques auraient ainsi fait pression sur leurs collègues qui déterminent le taux quotidien du Libor, de manière à faciliter leurs propres transactions. Objectif : augmenter leurs profits et leurs bonus.

Selon La Tribune, cette pratique était assez répandue et les confidences recueillies par la presse britannique auprès de traders anonymes montrent la complicité entre traders et "fixeurs" du taux. Dans un e-mail, l'un d'eux remercie notamment l'un de ses complices : "Je t'en dois une sérieuse", "la prochaine fois que l'on se voit, j'ouvre une bouteille de Bollinger [marque de champagne]", comme le rapporte le Guardian (article en anglais). Le gouvernement britannique a annoncé que le fonctionnement de ce taux allait être passé au crible par une instance indépendante.

• Quels établissements sont visés ?

En plus de Barclays, une vingtaine de banques sont mises en cause. Selon l'agence Reuters, Citigroup, HSBC et UBS vont être également examinées. La Royal Bank of Scotland est aussi impliquée dans le scandale. La banque, détenue à 82% par l'Etat à la suite d'une opération de sauvetage spectaculaire en 2008, a confirmé avoir licencié quatre de ses traders fin 2011.

• Que risquent les établissements impliqués ? 

La banque Barclays a annoncé le 27 juin qu'elle allait payer au total l'équivalent de 290 millions de livres, soit environ 360 millions d'euros, pour mettre fin à des enquêtes des régulateurs britannique et américain, dont 160 milliards de dollars (126 millions d'euros) au ministère de la Justice américaine. Dans un autre communiqué, l'autorité britannique des services financiers (FSA) précise avoir infligé à la banque une amende de 59,5 millions de livres (74 millions d'euros). La Royal Bank of Scotland pourrait également avoir à payer une amende de 150 millions de livres (186 millions d'euros).

• La réputation de la City entachée

Pierre angulaire de nombreuses transactions financières, le Libor voit sa réputation entachée, et la confiance qu'il inspirait sérieusement entamée. C'est également toute l'image de la City qui est atteinte. Cette nouvelle affaire ne fait que rajouter à l'impopularité du secteur bancaire britannique, régulièrement décrié pour les bonus astronomiques versés à ses dirigeants. A la Bourse de Londres, le secteur évoluait en dents de scie lundi 2 juillet. Mais les banques devraient rester sous pression en raison de l'incertitude sur l'ampleur des retombées et des coûts de cette affaire.