CRISE DE LA DETTE – Le plan de la Banque centrale européenne (BCE) pour sortir de la crise a rassuré les Bourses européennes et satisfait la plupart des dirigeants de l'Union. Mais pas tous. Angela Merkel, qui a soutenu le programme anti-crise de Mario Draghi contre l'avis de la Bundesbank, la Banque centrale allemande, fait profil bas. Et "la presse allemande devient dingue". C'est le rédacteur en chef du service économie du quotidien Handelsblatt qui a fait ce constat sur Twitter, jeudi 6 septembre.

 

 

La Bundesbank sur son lit de mort

Son propre journal économique a qualifié la Bundesbank de "23e roue du carrosse" (article en allemand), alors que son président était le seul à s'opposer au rachat de dette souveraine. Le quotidien conservateur Die Welt soupçonne même les Bourses européennes de "danser sur la tombe de la Banque centrale allemande". "Deux règles ont déjà été transgressées : l'interdiction inscrite dans les traités de renflouer un pays membre, et maintenant l'interdiction à la BCE de financer la dette d'un Etat", déplore le Frankfurter Allgemeine Zeitung, proche des milieux d'affaires.

La BCE "récompense la mauvaise gestion", selon le Süddeutsche Zeitung, et signe "un chèque en blanc" et "une aide sans fin pour les pays en crise", titre le quotidien Bild, premier tirage du pays, en avertissant que la politique du patron italien de la BCE pourrait mettre l'euro "kaputt". "La boîte de Pandore a été définitivement ouverte au profit des pays criblés de dettes", se lamente le quotidien conservateur Münchner Merkur, qui craint une politique "dangereuse" pour l'inflation.

Angela Merkel dépassée

Les éditorialistes conservateurs regrettent par ailleurs le silence d'Angela Merkel après les annonces de Mario Draghi, craignant qu'elle ne le paie au moment des élections législatives de 2013. Le quotidien de Cologne (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) Kölner Stadt-Anzeiger estime que toutes les mesures de sauvetage de l'euro ont été imposées à Angela Merkel, et pas imposées par elle. "Autant dire la vérité : notre gestion de la crise est tombée à l'eau (…), aucun pays n'a autant besoin d'une monnaie unique que l'Allemagne", commente-t-il. 

Des voix plus positives se sont fait entendre dans les journaux de centre-gauche. "Ce n'était certainement pas la voie la moins coûteuse, ni la plus rapide ou la plus démocratique. Mais compte tenu des institutions existantes, c'était peut-être la seule" pour sauver l'euro, écrit le quotidien berlinois Tagesspiegel.

Encore plus optimiste, le Financial Times Deutschland juge "intelligente et raisonnée" la politique du président de la BCE. "Sans le courage et la perspicacité de Mario Draghi, les jours de l'euro seraient comptés et avec lui, certainement ceux de l'Europe unie", estime le journal de centre-gauche Frankfurter Rundschau.