Jusqu’où ira Viktor Orban, le premier ministre conservateur hongrois ? A la tête du pays depuis le 29 mai 2010 et fort d’une majorité des deux tiers au Parlement, il a fait voter plusieurs lois qui marquent un recul de la démocratie. Vendredi 30 décembre 2011, il est même entré en conflit ouvert avec le FMI (Fonds monétaire international) et la Commission Européenne.

Cette dernière a d’ailleurs décidé d’évaluer la conformité des dernières réformes politiques hongroises. Retour sur ces décisions litigieuses.

Décembre 2010 : une loi musèle les médias

Adoptée le 21 décembre 2010, la loi sur les médias prévoit des amendes pouvant aller jusqu’à 730 000 euros pour les chaînes de radio et de télévision si elles portent "atteinte à l’intérêt public, l’ordre public et la morale." La loi permet aussi de contraindre les journalistes à révéler leurs sources sur les questions relevant de la sécurité nationale.

De plus, le président de l’Autorité nationale des médias et des communications (NMHH), dont tous les membres sont proches du parti au pouvoir, est directement nommé par le Premier ministre.

Tollé dans la communauté internationale. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qualifie la loi de"menace pour la liberté de la presse". Le 4 janvier 2011, François Baroin, porte-parole du gouvernement français, estime sur France Inter que cette loi "est incompatible avec […] une certaine idée de la liberté de la presse, validée par tous les traités européens".

Finalement, la Hongrie, alors présidente de l’UE, recule et s'engage à faire appliquer la loi de manière "proportionnée", comme le rapporte Le Monde.

Avril 2011 : une nouvelle Constitution controversée

Adoptée le 18 avril 2011 pour une entrée en vigueur le 1er janvier 2012, la Constitution, ou Loi fondamentale de Hongrie "version Orban", modifie profondément le système politique et les bases de la législation du pays.

Ultra-conservatrice, voire anti-démocratique selon l’opposition et de nombreuses ONG, elle fait explicitement référence à Dieu et au christianisme, et entame l’indépendance de la justice.

"Elle affaiblit le pouvoir de la Cour constitutionnelle, ouvre la porte à l'interdiction de l'avortement, mélange nation politique et nation ethnique", note encore Le NouvelObs.com.

Parmi les mesures, l'une d'entre elles permet au Procureur général, un proche du chef de l’Etat, de porter une affaire devant le tribunal de son choix. Une autre restreint la liberté religieuse en ne reconnaissant que quatorze communautés religieuses, au lieu de plus de 300 auparavant. Seules ces quatorze communautés ont accès aux subventions publiques.

Dans une lettre, la Secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, critique le gouvernement de Viktor Orban pour "la destruction de plusieurs contrepoids et équilibres censés garantir l'indépendance des juges".

Décembre 2011 : l’opposition marginalisée au Parlement

Adopté jeudi 29 décembre 2011, une modification des règles du débat parlementaire minimise le  rôle de l'opposition. En effet, la majorité du président Orban s’arroge le droit de décider de modifier l'ordre du jour et de faire passer des lois très rapidement, sans vrai débat.

Au cours du vote, les partis de l’opposition, les socialistes (MSZP), le LMP (Vert-gauche) et le DK (nouveau parti de l'ancien Premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsany) ont quitté le Parlement. Ils ont annoncé que, dès 2012, leur activité se concentrerait dans des manifestations dans les rues de Budapest.

Dans la foulée, le Parlement hongrois a adopté une modification de la Constitution qui rend rétroactivement le Parti socialiste (MSZP) responsable des crimes commis entre 1945 et 1989 par l'ancien Parti communiste, dont il est issu. Le PS est qualifié "d'organisation criminelle", dont les dirigeants ont "une responsabilité qui ne se dissipera jamais". La loi stipule que les retraites des quelques survivants parmi les anciens dirigeants communistes pourraient être supprimées.

Vendredi 30 décembre : la fin de l’indépendance de la Banque centrale hongroise

C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Une loi adoptée le 30 décembre 2011 par le Parlement hongrois, prévoit de réformer la Banque centrale hongroise, lui faisant perdre une grande partie de son indépendance.

Elle retire à son président le pouvoir de nommer les administrateurs, au profit du chef de l'exécutif, Viktor Orban. Des banquiers centraux qui peuvent même renverser le parlement en cas de conflit sur le vote du budget. Une vraie mise sous tutelle qui n’est pas du goût de l’Union européenne.  

En raison de ce contentieux, la Commission européenne et le FMI ont décidé d'interrompre une mission en Hongrie, destinée à discuter d'une aide financière évaluée entre 15 et 20 milliards d'euros. "Une décision grave pour un pays en pleine crise économique", souligne LeNouvelObs.com.